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samedi 27 novembre 2021
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Sans Tabou: Moribabougou, la guerre des imams

Pour suppléer lors de certaines prières aux carences cultuelles de leur imam attitré, les fidèles de la Mosquée située dans le secteur derrière les rails du quartier de Moribabougou avaient opté pour la désignation d’un second imam. Ce qui a poussé le premier à ameuter une frange de partisans radicalisés, chauffés à blanc par un élu municipal avec, dit-on la complicité du commissaire, en dépit des mises en garde de la justice !

Une situation dangereuse qui risque de s’achever en conflit armé avec un risque élevé de mort d’homme. Voilà aujourd’hui la crainte nourrie par nombre de résidents dans le voisinage de la mosquée du secteur derrière les rails. La direction du culte, au sein de la mosquée, a en effet dégénéré en affrontements, ce vendredi 19 novembre, quand les fils de l’imam et des badauds, menés par un élu municipal, Pape THIAM, ont pris d’assaut les lieux pour s’adonner à un saccage où portes et fenêtres ont volé en éclat.
Le fait est que face aux nombreuses lacunes de l’imam Moussa D., les responsables de la mosquée organisés en comité de gestion comme partout c’est le cas, ainsi que les notabilités, ont décidé qu’il fallait lui adjoindre un second imam, en charge d’officier la prière hebdomadaire du vendredi, ainsi que les prières de l’aube et les deux dernières du soir où il faut articuler à haute voix.
Ce sont ces moments qui ont permis de savoir que l’actuel Imam avait de sérieuses lacunes, d’autant qu’il ne pouvait également faire le sermon du vendredi en arabe et le traduire ensuite en langue nationale, comme nombre de fidèles le souhaitaient. D’ailleurs, le recours à un tiers imam, pour cela, est également une pratique courante dans plusieurs mosquées et elle n’entrave en rien les responsabilités confiées au premier imam, considéré comme le véritable directeur titulaire du culte au sein de la mosquée concernée.
Mais, vu la propension à la violence de l’imam, de ses fils et donc de ses partisans, le comité a porté l’affaire devant les autorités, notamment la Procureure de la République près le Tribunal de Grande Instance de la Commune I, laquelle confiera l’affaire au Camp I de la Gendarmerie pour complément d’enquête. En effet, la magistrate avait noté que le Commissariat du quartier de Moribabougou, saisi de l’affaire, n’avait pris aucune disposition pour contenir les violences. Pis, saisi par sa hiérarchie, le commissaire, dont la complicité avec l’édile ne semblait plus faire l’ombre d’un doute, avait répondu qu’il ne voulait pas exposer ses éléments, refusant d’assumer son devoir de maintien d’ordre.
Après l’audition des deux parties par la Gendarmerie, la Procureure fera une mise au point. Elle rappellera que le titre de propriété de la parcelle 160-D sur laquelle est bâtie la mosquée appartient bien à M. SIDIBE. Elle fera remarquer que donc, même si une mosquée n’est pas construite à titre d’appartenance personnelle par son promoteur, elle ne relève cependant pas du ressort public, car le caractère privé de la propriété est juridiquement établi sur la base d’un titre foncier dûment répertorié, le TF N°6090.
Pour la Procureure, cette situation confère donc à M. SIDIBE et au comité de gestion désigné de la mosquée qui le soutient, la possibilité de décider de l’administration du lieu du culte et même de désigner un imam compétent, d’autant plus qu’il est avéré, souligne la magistrate, que Moussa D. est incapable d’assurer certaines activités importantes du service.
D’ailleurs, les investigations conduites ont révélé que les carences notoires de Moussa D. avaient été déjà dénoncées par le Grand Imam de Moribabougou, B. CISSE, renforcé dans ce constat par le Président de l’UMAMA lui-même. Mieux, cette haute instance musulmane nationale, en charge des questions de la direction du culte dans les différentes mosquées du pays avait même déclaré devant témoins et Moussa D. était présent, que ce dernier ne disposait d’aucune compétence ni ne remplissait aucun des critères exigés pour officier en tant qu’imam.
Tout cela a donc conduit la Procureure de la Commune I à ordonner la réouverture de la mosquée pour coïncider avec la célébration du Maouloud passé, tout en intimant de sévères mises en garde contre toute tentative de troubles autour de sa décision.
Un avertissement qui sera respecté pendant environ un mois, jusqu’au décès soudain de la Procureure de la Commune I. Cette triste situation semble avoir décuplé les ardeurs belliqueuses de l’imam et de l’élu local Pape THIAM qui ont battu le rappel de leurs partisans pour reprendre les hostilités. C’est donc ce vendredi 19 novembre que, munis de gourdins et autres barres de fer, ils feront une descente musclée dans la mosquée pour se livrer à un saccage en règle des lieux, brisant vitres, fenêtres et portes arrachées de leurs gonds, les ampoules cassées, etc. Envahissant la mosquée et faisant fuir les fidèles, ils iront quérir l’Imam Moussa D. pour venir officier leur prière du jour. Depuis, l’imam Moussa D. et ses partisans occupent triomphalement les lieux.
Le comité de gestion et les notabilités, face à cette furie, ont décidé de se tourner de nouveau vers le Tribunal de la Commune I. Pour eux, l’administration est une continuité et même si la regrettée Procureure n’est plus, sa décision devait être poursuivie par ses collègues magistrats toujours en place, en respect la mémoire de la défunte.
Les fidèles s’interrogent face à l’inaction des autorités compétentes. En effet, ni la justice, ni la Police, la Préfecture et même la Mairie ne sont guère intervenues pour empêcher le saccage du vendredi 19, alors que toutes ces autorités avaient été prévenues de la situation et de la possibilité de violences. La preuve était les Policiers en faction à plusieurs centaines de mètres de la mosquée qui ont assisté aux casses sans intervenir, assurant n’avoir pas reçu l’ordre de leur commissaire.
Les victimes d’une telle collusion administrative ayant subi ces violences n’entendent pas laisser les choses en l’état. Pour l’heure, elles ont choisi de privilégier les voies légales, en saisissant les autorités indiquées et jusqu’aux ministres de l’Administration et du Culte. Mais jusqu’à quand ?

PAR MODIBO KONÉ




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