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lundi 28 septembre 2020
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Transition: la charte de la discorde

Les rideaux sont tombés samedi dernier sur les journées de concertations nationales convoquées par le Comité national pour le Salut du peuple (CNSP) en vue de convenir de l’organisation de la Transition : la charte, feuille de route, la durée et l’architecture… Après trois jours d’empoignades, une feuille de route et une charte de la transition ont été adoptées « par acclamation » par une salle chauffée à blanc par les partisans orchestrés d’une transition militarisée. Se sentant floué et détesté de sa victoire conquise et acquise de haute lutte, le Mouvement du 5 juin, Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) rejette les conclusions des journées de concertation sur la transition et menace de reprendre le combat.

La Charte du CNSP, qui est passé comme lettre à la poste, prévoit une transition de 18 mois, conduite par un président de Transition (civil ou militaire) désigné par un comité lui-même établi par le CNSP et un Premier ministre (civil ou militaire), désigné par le président de Transition. La « charte de transition » adoptée ce samedi au terme de trois jours discussions réunissant la junte militaire et ses partisans excités, la classe politique et de la société civile y compris les représentants du M5-RFP et des groupes signataires est loin de faire l’unanimité des acteurs politiques et sociaux.

Divorce en direct
« Le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) constate, au terme des concertations nationales des 10, 11 et 12 septembre 2020 sur la Transition, que le document final lu lors de la cérémonie de clôture n’était pas conforme aux délibérations issues des travaux », a indiqué le communiqué du M5. L’ex-contestation qui se considérait comme partenaire stratégique reproche à la junte d’avoir tripatouillé les conclusions des concertations « notamment sur les points suivants : la reconnaissance du rôle du M5-RFP et des martyrs dans la lutte du Peuple malien pour le changement ; le choix majoritaire d’une transition dirigée par une personnalité civile ;
– le choix d’un Premier ministre civil. »
Le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) accuse le Comité national pour le salut du peuple d’avoir, par fait de prince, introduit dans la charte ses propres desiderata qui n’ont jamais été soumis à débats : les prérogatives du Vice-président de la transition ; la composition et le mode de désignation des membres du collège de désignation du Président de la transition ; l’acte fixant la clé de répartition entre les composantes du Conseil National de Transition ».
Au bénéfice de plusieurs observations pertinentes, en tout cas, jusqu’ici incontestées, avant de rejeter la Charte, le M5-RFP dénonce et condamne la volonté d’accaparement et de confiscation du pouvoir de la junte, les intimidations, les pratiques antidémocratiques et déloyales dignes d’une autre époque contre lesquelles la lutte pour le changement et la refondation a été enclenchée.

Quels griefs ?
Dès la clôture ce samedi 12 septembre 2020 des Journées de concertations nationales, le M5-RFP, par la voix de Sy Kadiatou Sow, s’était insurgé contre “la volonté de confiscation du pouvoir par le CNSP et ceux qui le soutiennent” et dénoncé un charcutage du rapport général qui devait être adopté à l’issue des Journées de concertation nationale sur la transition dans notre pays.
Ce dimanche matin, le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) rejetant « le document final lu lors de la cérémonie de clôture » cite notamment l’absence de reconnaissance de son rôle et de celui des « martyrs dans la lutte du peuple malien pour le changement », ainsi que du « choix majoritaire d’une transition dirigée par une personnalité civile ».
Mais au-delà de cet orgueil légitime en tout cas légitimé par le CNSP lui-même qui a déballé le tapis devant le M5-RFP et s’est plié à ses caprices en le recevant nuitamment plusieurs fois, la question est quels sont les griefs formulés à l’encontre de cette fameuse charte. Pourquoi la Charte de la transition lue à la fin des travaux suscite tant de levées de boucliers ?
Le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) est-il dans un combat d’arrière-garde pour des places ou le Mali a-t-il encore été floué ? La politique, ce n’est pas que du sacerdoce. Bien évidemment, le M5-RFP n’a jamais fait mystère de son ambition de codiriger la Transition avec la Junte. Mais les critiques contre les conclusions des concertations nationales ne sont pas portées que par le seul M5-RFP. Beaucoup pensent en effet que la Charte de Transition contient beaucoup d’insuffisances et de contradictions.

Deux exemples :
1.La charte prévoit que le président de transition doit être désigné par “un collège de désignation mis en place par le CNSP” mais elle est muette sur la composition de ce collège. Qui et qui en sont membres ? La junte pense-t-elle publier la liste de ses membres très bientôt ? Ou bien, comme celle du CNSP, va-t-elle rester secrète ?
La Charte de la transition proposée par le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) et adoptée par acclamation avant-hier samedi 12 septembre 2020 prévoit la mise en place d’un Conseil national de transition (CNT, organe législatif) composé de 121 membres. Or, rien dans la Charte ne précise qui va les désigner et quelle sera la clé de répartition entre militaires et civils.

2.Le tout premier des critères retenus par la charte de la transition présentée par le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) pour prétendre à tous les postes nommés des organes de la transition est : “être de nationalité malienne d’origine”.
C’est quoi le projet ? Exclure pour refonder, comme credo du nouveau Mali ? La chasse aux bi et tri nationaux ? À moins que ce ne soit un apartheid viscéral dirigé contre nos compatriotes de la Diaspora. Voilà qui mérite la première place du Grand bêtisier de 2020 ! Après les ravages que l’ivoirité a produits, voici que des rapaces guidés par instincts nécrophagiques glissent la malianité devant notre junte. Mais ces messieurs, copier-coller ne savent-ils pas que tout le Mali a la double nationalité. Nous sommes de père, de mère, de grands parents du Sénégal, de la Mauritanie, de la Guinée, de Côte d’Ivoire, de France, d’Italie…
Qu’on évite à notre pays ce nationalisme situationniste, ennemi de la liberté, et marraine du populisme qui a fait du carnage ailleurs. Le Mali est un citoyen du monde.




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