La première session ordinaire de la chambre criminelle du tribunal de grande instance (TGI) de la commune IV du district de Bamako est ouverte depuis hier en présence du ministre de la justice, des droits de l’homme Mamoudou KASSOGUE. C’était en présence d’un parterre de hautes personnalités, dont le Secrétaire Général du ministère ; le Gouverneur du District de Bamako.

C’est sous le signe de l’engagement et de la reconnaissance infinie que le Tribunal de la Commune IV, par la voix de son président, Niambe Michel KENE, a lancé ces travaux très attendus, qui marqueront sans nul doute un pas décisif vers une justice plus efficace et plus proche des citoyens de Bamako.
Au total, huit affaires impliquant 12 détenus sont au rôle. Les infractions retenues contre eux sont celles d’assassinat, de meurtre, de coups mortels, de pédophilie, de viol, de vol qualifié, d’association de malfaiteurs, de détention illégale d’arme à feu, d’enlèvement de personne et séquestration et de faux et usages de faux.
Dans son propos, le Président du Tribunal a qualifié la date du 19 mai 2026 d’« historique pour la justice malienne en général, et le Tribunal de Grande Instance de la Commune IV en particulier ».
L’événement marque, en effet, le coup d’envoi opérationnel de la Chambre criminelle au niveau de cette juridiction. Cette structure, issue des innovations majeures du nouveau Code de procédure pénale, vise à moderniser, rapprocher et accélérer le traitement des affaires criminelles dans le pays, répondant ainsi à une forte attente des justiciables.
« Votre présence à la cérémonie d’ouverture de cette session, au-delà du caractère historique, constitue une source de motivation et d’encouragement que nous apprécions à sa juste valeur et qui honore particulièrement notre juridiction », a-t-il indiqué, tout en saluant la présence des chefs des services centraux, du Premier Président et du Procureur Général près la Cour d’Appel de Bamako, ainsi que des Officiers de police judiciaire (OPJ).

Pour le système de justice pénale, cette session n’est pas une simple formalité administrative, mais un tournant symbolique fort que « la mémoire collective retiendra », a souligné le chef de la juridiction.
Pour sa part, le procureur, Idrissa Hamidou TOURÉ, rappelle que le pouvoir judiciaire a été mandaté d’établir la frontière entre le juste et l’injuste.
Il ressort de son propos que suite à la réforme de 2022, la création d’instances criminelles au niveau des tribunaux de grande instance vise à rapprocher la justice des citoyens et à rendre le traitement des affaires plus efficace.
« La justice doit corriger les inégalités, combler les handicaps et sanctionner avec l’impartialité et la rigueur, en mettant à l’épreuve les faits et les preuves », a-t-il déclaré.
Selon lui, cela passe par le respect des délais et l’efficacité des procédures.
« Le président du tribunal ne doit pas seulement trancher les litiges, mais veiller à éviter les lenteurs », a-t-il conseillé.
Pour lui, il est nécessaire d’améliorer la qualité des enquêtes policières et la ponctualité de l’instruction pour réduire les détentions provisoires excessives.
Il a exhorté au procès équitable, tout en garantissant les droits de la défense (présomption d’innocence inviolable) et ceux des victimes.
Selon le procureur TOURÉ, la hausse de la délinquance s’explique en partie par la démission des chefs de famille face à leur rôle éducatif. Cette carence favorise l’oisiveté, la misère et l’ignorance.
De nos jours, a-t-il déploré, la situation dans les maisons d’arrêt est préoccupante.
« Beaucoup de détenus sont abandonnés par leur famille, manquant parfois du strict minimum (comme des vêtements), ce qui nécessite une meilleure prise en charge sociale et institutionnelle », a-t-il révélé.
Le procureur a également insisté sur le fait que la détention provisoire ne doit pas être un réflexe systématique.
Pour éviter la « médiocrité judiciaire », le juge doit convaincre par la qualité de son raisonnement et la maîtrise de son dossier plutôt que par la simple autorité. Enfin, l’indépendance de la justice exige de la part du magistrat du courage, de la compétence et une résistance aux pressions politiques.

Pour sa part, le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Mali, Souleymane SOUMOUNTERA, a souligné avec force que cette ouverture n’est pas une simple formalité inscrite au calendrier judiciaire, mais un événement historique et mémorable marquant une étape symbolique importante (liée à la modernisation et à la permanence des sessions criminelles au Mali).

Par Abdoulaye OUATTARA

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