Face aux lourdes conséquences des inondations de 2024, qui avaient causé des dizaines de morts et affecté près de 260 000 personnes à travers le pays, les autorités multiplient les mesures préventives afin d’éviter un nouveau drame durant l’hivernage 2026.
Le Premier ministre, Abdoulaye MAIGA, a présidé ce mardi 19 mai 2026 la deuxième réunion du Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes. Au cœur des échanges, l’état d’avancement du vaste plan national de prévention des inondations, doté d’un budget de plus de 4,071 milliards de FCFA.
Cette mobilisation intervient après les inondations exceptionnelles enregistrées en 2024, les plus importantes depuis 1967 selon les services météorologiques. Les fortes pluies avaient provoqué 649 cas d’inondation dans les 19 régions et le District de Bamako, ainsi que plus de 37 000 cas d’effondrement d’habitations. Le bilan officiel faisait état de 76 morts, 148 blessés et près de 260 000 sinistrés, dont une majorité de femmes et d’enfants. La région de Ségou figurait parmi les zones les plus touchées.
Pour éviter la répétition d’un tel scénario, le gouvernement affirme avoir déjà engagé une vingtaine d’activités prioritaires. Parmi les principales mesures figurent le lancement du curage des caniveaux et collecteurs à Bamako et dans plusieurs régions ; la libération des servitudes et des lits des marigots occupés illégalement ; l’activation du Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC) “en mode crise” du 1er juin au 30 novembre 2026 ; le prépositionnement de kits d’urgence et l’aménagement de sites d’accueil pour les sinistrés ; des campagnes de sensibilisation destinées aux populations sur les comportements à risque.
Le plan gouvernemental repose sur quatre axes majeurs. Il s’agit de la coordination institutionnelle, les mesures anticipatives, la gestion des urgences et la protection du système éducatif afin d’assurer la continuité des cours en période d’intempéries.
Le volet urbain occupe une place centrale dans ce dispositif, notamment à Bamako où plusieurs quartiers restent fortement exposés aux crues et aux débordements des réseaux d’évacuation.
Selon les données présentées au comité, cinq des onze marigots recensés dans la capitale ont déjà été dégagés, soit plus de 40 kilomètres traités. Les autorités prévoient également le curage de 241 kilomètres de caniveaux et de 85 kilomètres de collecteurs avant les grandes pluies.
Ces efforts s’inscrivent dans la continuité des opérations menées en 2025, au cours desquelles plus de 2,66 milliards de FCFA avaient été investis dans les travaux d’assainissement à Bamako. En parallèle, un financement additionnel de 31,5 milliards de FCFA, soutenu par la Banque mondiale, avait été mobilisé pour renforcer durablement les infrastructures urbaines.
Malgré ces avancées, plusieurs défis demeurent. De nombreux citoyens dénoncent le fait que les déchets retirés des caniveaux restent parfois longtemps entassés sur les routes, finissant par retourner dans les ouvrages d’assainissement après les premières pluies.
D’autres observateurs estiment également que la fermeture de certains caniveaux constituerait une solution plus durable et moins coûteuse que les opérations de curage répétées chaque année.
La sensibilisation des populations apparaît enfin comme un enjeu majeur. Les autorités sont appelées à intensifier les campagnes de communication afin de rappeler que le dépôt d’ordures dans les caniveaux met directement en danger des milliers de personnes pendant l’hivernage.
Lors de la réunion d’hier mardi, le Premier ministre a salué le travail accompli par les membres du comité tout en les exhortant à davantage de vigilance face aux risques annoncés par Mali-Météo, qui prévoit encore des activités pluvio-orageuses importantes et une poursuite de la montée des eaux sur plusieurs cours d’eau du pays.
PAR MODIBO KONÉ