Le Cluster Eau, Hygiène et Assainissement (WASH), réuni le 27 août 2025 à Bamako et en ligne, a dressé un tableau peu reluisant de la situation humanitaire au Mali. Les inondations de juillet et août ont particulièrement frappé les cercles de Koutiala et Bougouni, laissant 3 539 personnes sinistrées, dont 2 191 enfants. Rien qu’à Koutiala, 675 maisons se sont effondrées et 244 points d’eau ont été endommagés, exposant les populations à de graves risques sanitaires, notamment le choléra et le paludisme.
Selon le rapport présenté lors de cette rencontre, 5,39 millions de personnes sont affectées par les crises humanitaires en 2025. Sur ce chiffre, 3,26 millions sont dans le besoin, mais seulement 1,88 million sont ciblées par les interventions. Le document prévient que « le financement de la réponse humanitaire reste dramatiquement faible, avec seulement 23 % des fonds mobilisés, soit 10,6 millions de dollars sur les 46,4 millions requis ».
Comme en 2024, cette année les intempéries continuent de faire des victimes dans plusieurs localités du pays. Ainsi, selon la présentation du Cluster WASH, les inondations de juillet et août ont frappé particulièrement les régions de Koutiala et Bougouni, où « des événements climatiques extrêmes ayant causé des dégâts humains et matériels importants ».
Les évaluations multisectorielles font état de : 3 539 personnes sinistrées, dont 2 191 enfants, 675 maisons effondrées, 291 latrines endommagées et 244 points d’eau détruits rien qu’à Koutiala. Le rapport ajoute que « le marché de poisson et une partie du grand marché ont été inondés, entraînant des pertes importantes de vivres et de non-vivres y compris dans des pharmacies et boutiques ».
Cette abondance de la pluie n’est pas sans conséquence parce qu’elle favorise l’expansion de nombreuses maladies. Ainsi, la contamination de l’eau expose désormais les sinistrés à des risques accrus de maladies hydriques (choléra, diarrhée, paludisme).
Si des réponses d’urgence ont été enclenchées pour le relogement par les communautés, sensibilisation sur l’hygiène et l’appui psychosocial, les besoins restent colossaux. Le Cluster appelle à une mobilisation immédiate pour « 1 770 moustiquaires, 1 770 couvertures, 708 kits de dignité, 1593 paquets d’aquatabs, 750 litres d’eau de javel et des médicaments antipaludiques ».
Le document alerte que sans ces ressources, la crise sanitaire pourrait s’aggraver rapidement, alors qu’au-delà des inondations, les régions du Centre et du Nord font face à une situation explosive. Le cercle de Koro est une illustration où plus de 13 000 personnes réfugiées du Burkina Faso se sont installées sur des sites précaires.
Le Cluster note que sur ces sites « l’insuffisance d’eau est criante, notamment à Koro 2, Issa Dama et Djigodje Dolo, où une seule borne fontaine dessert plus de 1 000 personnes ». Cette situation pourrait être atténuée à travers la construction d’un château d’eau, la dotation en kits de stockage et d’assainissement, ainsi que des campagnes de sensibilisation à l’hygiène.
Le rapport indique qu’au 31 juillet 2025, 180 225 personnes ont eu accès à une eau durable, soit seulement 45 % de la cible prévue. Dans le domaine de l’hygiène, 88 924 personnes ont bénéficié d’un appui, mais cela ne représente que 21 % de la cible.
En tout, le Cluster note que « 5 555 personnes ont bénéficié d’une assistance EHA en juillet 2025, soit seulement 2 % du taux global de réalisation ». La répartition par domaine est dominée par l’eau (69 % des bénéficiaires), suivie de l’hygiène (29 %) et de l’assainissement (11 %).
Quant à la question du financement, qui revient toujours, il reste le maillon faible. Le Cluster WASH insiste : « au 26 août 2025, seulement 4 % des fonds requis ont été reçus selon le système FTS, contre 23 % selon les données consolidées du cluster ».
32 donateurs sont identifiés, dont la Fondation Patrip (12 %), le FHRAOC (11 %), Islamic Relief UK (11 %), BMZ (9 %), GIZ (7 %), et ECHO (6 %). Mais ces efforts demeurent insuffisants pour couvrir les besoins croissants.
Enfin, la réunion a restitué les recommandations du Forum humanitaire de l’AES, tenu à Bamako en août 2025. Le texte appelle à « mettre en place une réserve alimentaire régionale, créer un fonds humanitaire d’urgence et renforcer l’interaction civilo-militaire pour sécuriser les opérations ».
Il insiste également sur la nécessité de « mobiliser la diaspora à travers un fonds d’investissement et des mécanismes de transfert solidaire, afin de renforcer la redevabilité et la transparence des financements ».
PAR SIKOU BAH