Libreville, le ton est donné et le message ne souffre d’aucune ambiguïté. En recadrant un journaliste de France 24 venu pointer du doigt l’absence d’élections au sein de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a brisé un tabou diplomatique. Sa déclaration, incisive et décomplexée, marque un tournant géopolitique majeur : l’Afrique des transitions refuse désormais les injonctions extérieures et exige le respect absolu de sa souveraineté.

Derrière la formule choc « foutez-leur la paix », l’analyse du chef de l’État gabonais repose sur une lecture pragmatique de la réalité du terrain sahélien. Pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, l’urgence absolue n’est pas l’organisation de scrutins de façade calqués sur des standards occidentaux, mais la survie même de leurs États face à l’agression djihadiste. Oligui Nguema rappelle une vérité comptable et militaire : la guerre imposée par les groupes terroristes sature les budgets nationaux. Prôner la démocratie formelle alors que des populations entières subissent des massacres et des blocus logistiques relève d’un aveuglement idéologique. La priorité de l’AES est de libérer le territoire pour pouvoir réorienter l’argent de l’armement vers le développement.
L’enquête journalistique sur ce changement de paradigme révèle un isolement croissant des positions françaises sur le continent. En affirmant que « prendre de haut » ces États « ne marche plus », le président gabonais acte la mort de la diplomatie de la leçon. Cette sortie est d’autant plus stratégique qu’elle intervient alors que le Gabon s’apprête à négocier de nouveaux accords avec des partenaires comme Eramet et qu’une visite d’État à Paris se profile.
Oligui Nguema renvoie la gestion de la crise sahélienne à l’Union africaine et aux Africains eux-mêmes, capables de dialoguer d’égal à égal sans ingérence néocoloniale. En protégeant politiquement l’AES des critiques occidentales, Libreville valide la légitimité des transitions militaires à imposer leur propre calendrier de normalisation sécuritaire. Le message adressé à Paris est limpide : l’ère de l’ingérence est révolue, place à l’accompagnement respectueux.

PAR MODIBO KONÉ

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