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MALI : le refus de la soumission

De Modibo Kéita à Assimi Goïta, en passant par les parenthèses douloureuses du CMLN de 1968 à 1978, et de l’UDPM de 1978 à 1991, le peuple résilient du Mali, après avoir goûté à la

De Modibo Kéita à Assimi Goïta, en passant par les parenthèses douloureuses du CMLN de 1968 à 1978, et de l’UDPM de 1978 à 1991, le peuple résilient du Mali, après avoir goûté à la démocratie frelatée des présidents issus du mouvement dit démocratique de 1992 à 2020, n’a abandonné ni son rêve de grandeur hérité de Kurukanfuga, ni sa vocation de réaliser l’unité africaine inspirée par le président Modibo Kéita. C’est pourquoi, en réhabilitant la doctrine souverainiste de Modibo et en s’appuyant résolument sur la volonté du peuple malien, Assimi a gagné les cœurs et les esprits, au grand dam de la France et de ses suppôts.

MODIBO KEITA, LE CHAMPION DE L’UNITE AFRICAINE 

L’histoire du Président Modibo Kéita ne commence pas avec le Mali indépendant et son riche parcours ne pouvait que le conduire à la gestion des affaires publiques. Brillant élève et major de sa promotion au sein de la célèbre Ecole Normale William-Ponty, il en sort instituteur en 1936 et exerce cette noble fonction sous l’aile protectrice de Mamadou Konaté, figure emblématique de la vie politique du Soudan français. Modibo Keïta co-fonde en 1946 l’Union Soudanaise (US-RDA), branche locale du Rassemblement Démocratique Africain (RDA). Élu député du Soudan français à l’Assemblée Nationale, il en devient l’un des vice-présidents et occupe des fonctions ministérielles sous la 4ème République. Il devient également maire de Bamako, président du Conseil du Soudan français, puis chef du gouvernement de la Fédération du Mali en 1959. Après l’éclatement de celle-ci, il proclame l’indépendance et la première Constitution de la République du Mali le 22 septembre 1960. En arrivant au pouvoir, Modibo Kéita était loin d’être un dilettante ; c’était un homme d’Etat accompli et rompu aux arcanes de la politique, contrairement aux autostoppeurs politiques qui vont lui succéder. Père fondateur du Mouvement des «Non-alignés», il s’oppose à la «Françafrique», instaure un régime socialiste axé sur la souveraineté nationale, adopte le franc malien en 1962. Il participe activement à la fondation de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963. La première Constitution du Mali énonçait déjà dans son préambule la volonté politique et morale de réaliser l’unité africaine, pendant que l’article 48 prévoyait la possibilité d’un « abandon partiel ou total de souveraineté en vue de réaliser l’unité africaine. » Le 19 novembre 1968, le grand homme est renversé par un coup d’État militaire puis incarcéré à Kidal, avant d’être transféré à Bamako où il meurt le 16 mai 1977 dans des conditions non élucidées, livrant le Mali à des prédateurs locaux et internationaux durant plus de cinquante ans. On avait cru le flambeau éteint jusqu’à l’arrivée d’Assimi Goïta.

ASSIMI GOÏTA, LE COMBATTANT DE LA SOUVERAINETE

L’arrivée des militaires au pouvoir le 18 août 2020 à la suite de mouvements sociaux persistants, ressemble à un véritable pied de nez de l’histoire. En effet, si tous les contestataires attendaient la chute d’IBK, chaque groupe de la galaxie politico-religieuse avait son schéma de succession, sans oublier celui de la France. Alors, quand de jeunes officiers militaires non attendus au rassemblement font irruption sur la scène, en invitant IBK sous bonne escorte sur les hauteurs de Kati, ils créent l’émoi dans la vallée sur les bords du Djoliba. Les politico-religieux tentent de reprendre la main mais les militaires restent fermes. La CEDEAO appelée en renfort est douchée par IBK lui-même qui fait preuve de dépassement, profitant de l’occasion pour régler des comptes avec ceux qu’il considère comme ses vrais tombeurs. Le peuple fatigué de la perfidie des hommes politiques, a sagement choisi de se ranger du côté des militaires, devant la perte de près de deux tiers du territoire national malgré la présence des forces étrangères qui ont joué le pourrissement sur le terrain, et face aux dérives de la CEDEAO instrumentalisée par la France. Le Mali a fait une première sortie de route en 1968, qui a vu se succéder au pouvoir des dirigeants pour la plupart incompétents et corrompus, plutôt intéressés par les fastes du pouvoir et par les appréciations d’une certaine communauté internationale, conduisant le pays au purgatoire. Assimi Goïta est d’abord un homme de terrain. Ni hésitant, ni frileux, bien au fait des enjeux sécuritaires du moment et de l’état réel du rapport des forces au Mali et au plan mondial, il a choisi de couper tout lien de subordination avec la France, la CEDEAO et la galaxie politico-religieuse du pays, diversifiant les partenariats, notamment avec la Russie. En empruntant la voie de la souveraineté préconisée par Modibo Kéita, il apparaît plus que jamais comme son fils spirituel. L’article 34 de la Constitution du 22 juillet 2023 consacre cet élan de reprise en main et annonce la fin de l’ordre colonial.

La rupture avec la « Françafrique » comme Modibo l’avait fait, prouve qu’Assimi Goïta a du courage, du caractère et le sens de l’engagement. On sait surtout qu’il aime profondément son pays et qu’il tient de Modibo Kéita. Ainsi, de la racine de l’arbre planté à Kurukanfuga en 1235, aux nouvelles feuilles poussées sous la 4ème République, en passant par la proclamation de l’indépendance en 1960, la sève vivifiante des temps continue à monter. Honneur et gloire à tous ceux qui sont morts pour la libération et la dignité du Mali !

Mahamadou Camara

Email : mahacam55mc@gmail.com

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