Le président algérien Abdelmadjid Tebboune s’est exprimé ce lundi 27 juillet sur les relations de son pays avec le Mali, à l’occasion de son entrevue périodique avec les médias nationaux. Dans ses réponses, le président rassure la loyauté de son pays envers le Mali, en tendant ses mains aux autorités de notre pays dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, dont il se targue d’être le champion en Afrique.
Face aux médias algériens, le président Abdelmadjid Tebboune a abordé les tensions diplomatiques des derniers mois avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) singulierement avec le Mali, la question du terrorisme dans la région et le projet de gazoduc transsaharien (TSGP).
Sans filtre, le chef de l’État a d’abord tenu à rassurer sur les intentions de son pays vis-à-vis de ses voisins : « Il y a des changements au Mali et chaque responsable a ses propres idées. En ce qui nous concerne, on ne fera de mal à aucun voisin, ni le Mali, ni le Niger, ni la Libye, ni la Mauritanie, ni le Tchad, même si on n’a pas de frontières avec ce pays. »
Sur le fond des relations avec Bamako, le président algérien a rappelé le rôle que l’Algérie a pu jouer par le passé dans la médiation des conflits maliens. D’ailleurs, le dernier accord signé en 2015 en Algérie, après 8 mois de round, a été dénoncé par la transition. En lieu et place, le président Assimi Goïta a opté pour un processus exclusivement inter-maliens.
Sur les relations entre l’Algérie et le Mali, Tebboune accuse des États de vouloir créer des ennuis. « Concernant le Mali, on intervenait à leur demande dans les problèmes et conflits tribaux, mais il y a ceux qui ne veulent pas que l’Algérie ait de l’influence, alors que leur pays est en ruines. Ils disent aux Maliens que l’Algérie s’ingère dans vos affaires, alors qu’on ne s’ingère jamais dans les affaires des autres, du moment qu’on refuse qu’on s’immisce dans nos propres affaires», a-t-il déclaré.
Les propos conciliants tenus par Abdelmadjid Tebboune interviennent après plus d’un an de vive crispation diplomatique entre les deux pays. L’élément déclencheur remonte à la nuit du 31 mars au 1ᵉʳ avril 2025 : un drone armé de fabrication turque appartenant aux Forces armées maliennes (FAMa) est détruit par l’armée algérienne à proximité de la localité frontalière de Tinzaouaten.
Les deux capitales livrent d’emblée des versions opposées des faits. Alger affirme que l’appareil a pénétré son espace aérien sur une distance de 1,6 à 2 kilomètres et parle d’une « manœuvre d’hostilité caractérisée » ; Bamako soutient au contraire que l’épave a été localisée à 9,5 kilomètres au sud de la frontière, en territoire malien, et dénonce une « agression flagrante ».
L’incident dégénère rapidement en crise diplomatique régionale. Le Mali convoque l’ambassadeur algérien, rappelle son propre représentant à Alger et se retire du Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc), mécanisme antiterroriste régional associant l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger. Le Mali va plus loin en saisissant la Cour internationale de Justice au sujet de la destruction du drone.
Le président Tebboune a été plus direct encore s’agissant de ceux qu’il accuse d’attiser les tensions entre les deux pays. Au contraire, ceux qui accusent l’Algérie d’intervenir dans leurs affaires intérieures sont manipulés, ajoutant que ce sont eux qui essaient d’isoler le Mali de l’Algérie pour qu’il devienne une proie facile.
« Notre voisinage avec le Mali n’a que des choses extrêmement positives, et ce pour les deux pays. On lutte ensemble contre l’immigration clandestine, mais on n’intervient pas dans les affaires maliennes. Si les Maliens ont besoin de nous, on est à leurs côtés, mais il faut faire attention à ceux qui sèment la zizanie. Nous ne sommes pas des ennemis, pas même des adversaires. Il y a un peuple avec lequel on est voisin, depuis des siècles, et il n’y a pas de raisons pour que ça change», tend la main le président Tebboune au Mali.
Le chef de l’État a par ailleurs relativisé les tensions diplomatiques en évoquant la complexité des rapports de voisinage sur le continent : « La géopolitique est difficile, ce n’est pas une science exacte. Une chose est certaine, on n’a jamais fait de mal à personne, alors que des voisins nous ont attaqués juste après notre indépendance. Si on ne fait de bien, on ne fait de mal, on est connu pour ça, et ça dérange. »
Interrogé sur le projet de gazoduc transsaharien (TSGP), destiné à relier les gisements gaziers du Nigeria à l’Algérie en traversant le Niger, Abdelmadjid Tebboune a précisé la logique du projet pour l’Algérie elle-même : « Si on fait le Gazoduc Transsaharien, c’est pour aider le Nigeria à vendre son gaz à l’Europe. On a notre propre gaz et près de 90 % de nos habitants sont branchés au gaz de ville. Le Niger peut, par contre, en profiter, selon l’accord qui sera signé. »
Le président a présenté cette initiative comme une contribution au développement régional, tout en écartant toute posture de bienfaisance désintéressée : « On veut que l’Afrique se développe et atteigne le niveau de l’Europe. On n’est pas de bons Samaritains, mais il y a des peuples qu’on aime, qu’on veut aider. Aujourd’hui, on donne 8 000 bourses aux jeunes africains pour être demain dans l’encadrement de l’Afrique dans tous les domaines et il ne peuvent fausser cela. »
Ce projet, évoqué depuis une quinzaine d’années, a connu une relance concrète début 2026 : reçu à Alger en février par le président Tebboune, le chef de la transition nigérienne Abdourahamane Tiani avait acté avec lui le lancement des travaux de construction sur le territoire nigérien, confiés au groupe algérien Sonatrach, après plusieurs mois de brouille diplomatique entre Alger et les pays de l’AES.
Sur la question sécuritaire, le président algérien a plaidé pour une refonte de l’approche continentale du terrorisme dans le cadre de l’Union africaine. Il a affirmé que le phénomène jihadiste au Sahel n’était pas endogène, mais la conséquence de l’action de puissances extérieures : « le terrorisme n’est pas un héritage de l’Afrique », l’attribuant à ceux-là mêmes qui, selon lui, prétendent aujourd’hui aider le Mali à le combattre. Il a également désigné ces mêmes acteurs comme responsables de la chute de la Libye et de la propagation de l’instabilité dans la région du Sahel.
Le chef de l’État a enfin revendiqué le rôle historique de l’Algérie dans la lutte antiterroriste sur le continent : « L’Algérie est un pionnier dans la lutte contre le terrorisme. Ceux qui soutiennent Daech ne peuvent pas nous faire croire qu’ils combattent le terrorisme. »
PAR SIKOU BAH