La levée du mot d’ordre de grève à l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP), intervenue le 9 janvier 2026, met provisoirement un terme à une crise sociale profonde, mais elle expose surtout, sans fard, les fragilités structurelles d’un pilier stratégique de l’État : son agence de presse nationale. L’accord arraché au forceps entre le comité syndical et les autorités, sous médiation ministérielle, est moins une victoire définitive qu’un cessez-le-feu social obtenu sous la pression d’un risque de paralysie totale.
Sur la forme, le protocole d’accord traduit un effort réel de compromis. Le paiement des salaires de novembre et décembre 2025, le règlement échelonné des indemnités de retraite, la fixation d’un calendrier crédible pour le reversement des droits INPS et la promesse de régulariser les paiements mensuels au plus tard le 10 constituent des avancées concrètes. Le passage d’un plan de remboursement INPS étalé sur… 80 ans à un échéancier de cinq ans est à lui seul un aveu : la situation financière et administrative de l’AMAP était devenue indéfendable.
Mais sur le fond, cet accord révèle une réalité plus inquiétante. Comment une entreprise publique stratégique peut-elle laisser ses travailleurs sans assurance maladie pendant plus de trois ans ? Comment justifier un arriéré de plus de 400 millions de francs CFA vis-à-vis de l’INPS, au point de priver les agents de droits sociaux élémentaires ? Ces faits traduisent une gestion déficiente, marquée par l’accumulation de dettes sociales, le report systématique des engagements et une gouvernance incapable d’anticiper.

Le plus préoccupant réside dans les concessions consenties par les travailleurs eux-mêmes. La renonciation par les agents en activité au rappel des augmentations indiciaires entre 2021 et 2025, tout comme l’abandon des rappels de janvier et février 2026, illustre un sacrifice social lourd, consenti au nom de la stabilité de l’outil de travail. Ce choix responsable, validé en assemblée générale, honore les agents, mais interpelle l’État-actionnaire, qui ne peut durablement fonder l’équilibre de ses structures sur la résignation des travailleurs.
La levée de la grève ne saurait donc clore le débat. Elle engage désormais la direction générale et les autorités de tutelle à une obligation de résultats et de crédibilité. Le moindre manquement au protocole relancerait, à juste titre, la conflictualité sociale. Plus largement, l’affaire AMAP pose une question centrale : quelle place réelle l’État accorde-t-il à l’information publique, à ceux qui la produisent et à la dignité sociale de ses agents ? Sans réforme de fond de la gouvernance et du financement, la paix sociale obtenue aujourd’hui restera fragile, et l’alerte lancée par cette grève n’aura servi à rien.

PAR SIKOU BAH

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