C’est par un courrier officiel, daté du 15 juin 2026 et adressé à la Direction générale de la société ATS, son partenaire commercial local, qu’Air France a annoncé la fermeture de sa représentation au Mali. Le document, signé par Awa Traoré DIAKITÉ, directrice pays d’Air France au Mali, précise que « la représentation locale d’Air France au Mali cessera ses activités à compter du 30 juin 2026 ».

Dans cette correspondance, la compagnie aérienne française exprime sa gratitude envers ses partenaires maliens pour la qualité des relations entretenues au fil des années. La lettre souligne que « la confiance, le professionnalisme et l’engagement » des partenaires locaux « ont constitué des éléments essentiels au développement de partenariats solides et constructifs ».
Air France y évoque également « le meilleur souvenir des échanges et des actions menées ensemble, dans un esprit de coopération mutuelle ».
Cette fermeture administrative ne constitue pas une surprise pour les observateurs du secteur aérien sahélien. Elle s’inscrit dans la continuité d’un processus de désengagement opérationnel entamé depuis près de trois ans à cause des relations tendues entre les deux pays. Avant la suspension de ses vols, Air France assurait une desserte conséquente vers la sous-région : sept liaisons hebdomadaires vers Bamako, contre cinq vers Ouagadougou et quatre vers Niamey, faisant du Mali la destination la mieux desservie de la compagnie dans la zone.
En Janvier 2022, une première suspension des vols intervient dans le sillage des sanctions économiques et diplomatiques infligées au Mali par la CEDEAO.
Ce dispositif a été brutalement interrompu le 7 août 2023, lorsque la compagnie a annoncé la suspension immédiate de ses vols vers Bamako, Ouagadougou et Niamey.
Cette décision faisait suite à la fermeture de l’espace aérien du Niger, décrétée par les autorités nigériennes après le coup d’État du 26 juillet 2023.
Une porte-parole d’Air France avait alors évoqué auprès de l’agence Reuters l’impossibilité de continuer à desservir l’aéroport Niamey-Diori Hamani « jusqu’à nouvel ordre », tandis que les vols vers Bamako et Ouagadougou avaient d’abord été suspendus jusqu’au 11 août, avant d’être prolongés jusqu’au 18 août.
Ce qui devait initialement constituer une mesure conservatoire de courte durée s’est progressivement transformé en arrêt durable, dans un contexte de dégradation continue de la situation sécuritaire et géopolitique au Sahel.
En effet, à l’expiration du délai annoncé en août 2023, Air France a sollicité les autorités maliennes pour reprendre ses rotations. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye DIOP, a annoncé le rejet de cette demande et l’annulation de l’autorisation d’exploitation d’Air France, précisant qu’Air France devrait déposer un nouveau dossier pour opérer sur le territoire malien.
Le ministre a ajouté que le créneau laissé vacant serait redistribué à d’autres transporteurs intéressés par la destination.
A l’époque, le ministre DIOP avait dénoncé la politisation de cette affaire par les autorités françaises, en ordonnant la suspension des vols Air France vers Bamako.
Sur le plan financier, cette interruption prolongée des vols a eu un impact mesurable sur les comptes du groupe Air France-KLM. Le manque à gagner lié à l’arrêt des dessertes sahéliennes avait été estimé à environ 65 millions d’euros, soit plus de 42 milliards de FCFA, pour la compagnie française, illustrant le poids économique que représentait, jusqu’alors, ce corridor aérien entre Paris et les capitales du Sahel central.

PAR SIKOU BAH

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *