Le message de vœux du ministre de l’Énergie et de l’Eau, Boubacar Mao Diané, se veut à la fois bilan, plaidoyer et promesse. Pris à froid, il révèle un discours maîtrisé, politiquement aligné, mais encore prisonnier des limites structurelles d’un secteur qui demeure l’un des talons d’Achille de notre pays.
Sur le bilan 2025, le ministre Diané adopte une ligne défensive mais assumée. Il reconnaît une amélioration notable de la desserte électrique après les crises sévères de 2023-2024, tout en admettant une rechute récente liée, ces derniers mois, aux perturbations d’approvisionnement en hydrocarbures. Cette lucidité est un point fort : elle évite l’autosatisfaction béate, comme on le voit souvent dans la rhétorique populiste.
Toutefois, le discours reste flou sur les indicateurs concrets (taux de couverture, durée des coupures, coût réel pour les ménages). L’amélioration évoquée est surtout relative, ressentie différemment selon les zones, les communes, les régions et les catégories sociales. Pour beaucoup de Maliens, l’électricité demeure encore instable, chère et imprévisible.
Sur les pistes de solutions, le ministre inscrit son action dans une logique cohérente sur le plan stratégique et de réformes structurelles : Plan Unique d’amélioration de la desserte, diversification des sources d’énergie, investissements structurants, montée en puissance des énergies renouvelables et amélioration de la gouvernance du secteur. Techniquement, le diagnostic est pertinent. La dépendance aux hydrocarbures importés est identifiée comme le nœud gordien stratégique, tout comme la faiblesse des capacités nationales de production. Les initiatives solaires dans les hôpitaux et les forages constituent des réponses concrètes, ciblées et socialement utiles. Mais le discours reste très institutionnel, centré sur l’effort de l’État et la mobilisation patriotique, sans aborder frontalement les questions sensibles : performance d’EDM-SA, pertes techniques et commerciales, tarification, corruption, inefficience managériale.
Quant à la souveraineté énergétique, le discours nourrit davantage une ambition qu’une certitude. La vision est posée, notamment à travers l’alignement sur les orientations présidentielles : diversification, capacités nationales, gouvernance durable. Mais la souveraineté ne se décrète pas, surtout en matière énergétique. Elle exige du temps, des financements massifs, une stabilité sécuritaire, une ingénierie locale renforcée et une rupture avec certaines pratiques anciennes. À court terme, 2026 sera davantage une année de transition que d’aboutissement.
In fine ce discours peut raisonnablement redonner espoir, mais pas encore fonder un rêve abouti. Il trace une direction crédible, sans garantir le résultat. Les Maliens jugeront moins les intentions que la constance des actes, la réduction effective des délestages et l’accès équitable à l’eau et à l’électricité. En matière d’énergie, la souveraineté commence là où les promesses cessent d’être répétées pour devenir mesurables.
An be ka douaw ke.
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