En 2025, le Mali a franchi un tournant historique : par la révision de la charte de transition et l’octroi d’un mandat renouvelable de cinq ans à son chef de l’État, le président de la transition, le Général d’armée Assimi Goïta, les autorités ont redéfini les règles du pouvoir. Cet événement, tant politique que symbolique, bouleverse les perspectives nationales et impose une réalité nouvelle à la société malienne.
En avril 2025, un forum politique réunissant des délégués des forces vives de la nation a proposé de transformer le régime de transition en une présidence pérenne pour le président Assimi Goïta, démantelant le calendrier prévu pour le retour à un ordre constitutionnel normal. Peu après, le gouvernement a officiellement dissous toutes les formations politiques, les rendant inopérantes. À l’issue d’un processus législatif rondement mené, le 12 juin 2025, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi conférant à Assimi un mandat de cinq ans renouvelable de façon indéfinie, jusqu’à ce que le pays soit jugé « pacifié ».
Une inflexion institutionnelle majeure
Ce changement de cap n’est pas un simple ajustement institutionnel : c’est un véritable réajustement du contrat social entre Maliens et pouvoir de transition. Plusieurs promesses clés (transition politique civile, retour rapide aux élections, alternance) sont abandonnées. Or, le peuple malien a connu un long cycle de crises, d’espoirs républicains, de promesses non tenues.
Par cette nouvelle charte, l’actuel régime instaure une temporalité longue, remodelant l’idée même de transition. Ce glissement institutionnel pourrait redéfinir ce que signifie la légitimité dans notre pays, avec des conséquences profondes sur la gouvernance, les libertés politiques, la participation citoyenne. L’annonce de la prolongation de la transition a provoqué des réactions sans précédent. Début mai 2025, des centaines de manifestants ont défilé dans les rues de Bamako, brandissant drapeaux et slogans, dénonçant ce qu’ils qualifient de “putsch institutionnel”. Ces mobilisations traduisent une lassitude, un sentiment de trahison — non seulement pour les partis dissous, mais pour l’idée même d’un État démocratique. Un tournant politique s’opère, faisant peser sur le pouvoir la nécessité d’associer les Maliens aux décisions structurantes.
Face aux contestations, les autorités n’ont pas reculé. La dissolution des partis a été confirmée, l’espace politique restreint. L’option choisie par la transition : consolider le pouvoir, réduire les risques d’opposition, contrôler le temps politique.
Mais ce verrouillage intervient dans un contexte plus large de crise sécuritaire : les groupes armés terroristes ont intensifié leurs offensives, multipliant attaques et blocus, fragilisant la sécurité. Dans ces conditions, la prorogation du mandat est apparue à certains un pari sur la stabilité, à d’autres un risque de délégitimation.
Un moment d’histoire mais un pari sur l’avenir
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi cette adoption de la nouvelle charte constitue l’événement marquant de l’année :
-Impact institutionnel profond : ce n’est pas un incident, c’est la refonte profonde du régime politique. L’architecture du pouvoir, la durée, les règles du jeu, tout change.
-Conséquences sur la vie démocratique : en suspendant les partis, en repoussant les élections, c’est l’accès à la représentation populaire qui est mis en pause potentiellement pour des années durant.
-Résonance symbolique : pour un pays longtemps bercé par l’idée de démocratie comme socle de la gouvernance, de retour à la paix et à la normalité, ce choix bouscule les espérances. Il interroge la légitimité, la souveraineté, la place des citoyens.
-Risque stratégique : dans un contexte de guerre, d’insécurité, de pression terroriste, la transition mise sur la continuité mais s’expose à la fragilité, au ressentiment, à la montée d’un mécontentement populaire latent.
-Signal pour l’avenir : ce changement redéfinit l’agenda national pas seulement de la transition, mais de l’État, de la gouvernance, de la société civile, de la jeunesse, des libertés.
L’adoption de la nouvelle charte et la prorogation du mandat de président Assimi Goïta ne sont pas une fin en soi. Elles sont un choix stratégique peut-être dicté par les circonstances, par le contexte sécuritaire, par un vouloir de continuité. Mais ce choix engage notre pays dans un chemin exigeant : stabilité, développement, inclusion, légitimité.
Si la transition parvient à restaurer la sécurité, à améliorer le quotidien, à associer les Maliens, cette période pourrait devenir un palier vers un renouveau contrôlé. Mais si les promesses ne sont pas tenues (si la crise sociale s’accentue, si la population se sent exclue, si l’insécurité persiste) alors le risque est celui de la désillusion, de la radicalisation, de la remise en cause totale du pacte.
À l’aube des prochains mois, l’adoption de la nouvelle charte de transition et la prorogation de la présidence fixent un cadre politique inédit. C’est l’événement le plus structurant de 2025 parce qu’il transforme l’État, modifie la légitimité, redessine l’horizon national. Pour notre pays, 2025 n’est pas simplement une année de plus : c’est l’année d’un pari audacieux, d’une bascule, peut-être d’un tournant décisif. Reste à voir si ce pari sera celui de la reconstruction, de la stabilité, de la refondation ou celui d’un avenir incertain, secoué par les frustrations, les crises, les contestations. Dans les deux cas, le Mali de demain se construira, en grande partie, sur ce qui a été décidé ou imposé en 2025.
LA REDACTION