La cérémonie de présentation des vœux de Nouvel An 2026 des Forces vives de la Nation au président de la Transition ce lundi 12 janvier 2026 n’a pas été qu’un simple rendez-vous protocolaire. Elle s’est imposée comme un moment politique révélateur, à la fois miroir des attentes nationales et tribune d’affirmation stratégique pour le Général d’Armée Assimi Goïta. Dans un contexte historique particulier, cette séquence solennelle a mis en lumière les acquis revendiqués, les lignes idéologiques réaffirmées et, surtout, les promesses implicites d’actions à l’horizon 2027.
Les interventions des Forces vives ont dessiné un consensus patriotique structuré autour de trois piliers : la souveraineté, la cohésion sociale et la refondation humaine du Mali. Les familles fondatrices de Bamako, par la voix de Mamoutou Niaré, ont acté leur soutien indéfectible à la Transition, saluant des symboles forts (Pupilles de la Nation, Année de la Culture, retour de Kidal) tout en déplaçant le curseur vers l’urgence éducative. Le message est clair : la souveraineté militaire et territoriale doit désormais produire une souveraineté intellectuelle et sociale durable.
Les autorités religieuses musulmanes et chrétiennes ont, quant à elles, rappelé une vérité fondamentale : aucune refondation n’est viable sans paix intérieure. En rejetant toute instrumentalisation de l’islam et en appelant à la vérité, à la justice et à la fraternité, le HCIM et l’Église catholique ont posé les jalons d’une transition morale attendue, complément indispensable de l’effort sécuritaire.
Face à ces attentes, le Président de la Transition a choisi la continuité stratégique plutôt que l’inflexion. En inscrivant son propos dans la Vision « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma », le général d’armée Assimi Goïta assume une trajectoire longue, quasi civilisationnelle, et justifie la Transition par l’existence d’une guerre multidimensionnelle imposée à notre pays. La rhétorique est maîtrisée : sécurisation totale du territoire, montée en puissance des FAMa, résilience populaire et rupture avec les dépendances structurelles.
Mais c’est dans les perspectives qu’apparaissent les véritables enjeux. En évoquant la souveraineté énergétique et minière, les réformes économiques et l’ouverture au dialogue sous condition de respect de l’intégrité territoriale, de l’unité nationale et de la laïcité de la République, le chef de l’État trace implicitement la feuille de route vers 2027. Cette échéance, non explicitement citée, devient pourtant centrale : il ne s’agira plus de conquérir, mais de gouverner ; plus de résister, mais de transformer.
La promesse est ambitieuse, mais risquée. Car la cohérence du projet « Mali Kura » sera jugée non sur la force du récit souverainiste, mais sur sa traduction concrète : accès à l’électricité, stabilisation du coût de la vie, création d’emplois, école performante, gestion transparente des ressources minières. La souveraineté énergétique ne peut rester un horizon discursif dans un pays miné par les délestages. La souveraineté minière ne peut convaincre sans redistribution visible.
À l’approche de 2027, le président Assimi Goïta est désormais attendu sur un tournant décisif : transformer la légitimité sécuritaire en légitimité sociale et institutionnelle. L’histoire récente du Mali a montré que les victoires militaires, aussi importantes soient-elles, ne suffisent pas à stabiliser un État.
Les vœux de 2026 ont donc valeur d’avertissement autant que d’adhésion. Le peuple malien semble prêt à accompagner la Transition jusqu’au bout, mais à la condition claire : que le Mali souverain proclamé devienne enfin le Mali vivable espéré. C’est à cette épreuve que le pouvoir sera jugé en 2027.

 

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