La crise du carburant qui a frappé notre pays entre septembre et décembre a agi comme un indicateur brutal des fragilités structurelles de l’économie nationale. Pénuries prolongées, spéculation effrénée, paralysie partielle des transports et asphyxie des activités productives ont mis l’État face à l’une de ses responsabilités régaliennes majeures : garantir l’approvisionnement correct du pays des biens stratégiques. Dans ce contexte tendu, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Moussa Alassane Diallo (M.A.D), s’est imposé dans l’opinion comme un acteur majeur de la riposte publique, au point d’être affublé du surnom de « l’Homme de la Résilience ».

Objectivement, son action s’est distinguée par une présence constante sur le terrain et une approche pragmatique de la gestion de crise. Coordination avec les opérateurs pétroliers, dialogue avec les transporteurs, renforcement des contrôles contre la spéculation et communication plus régulière avec l’opinion : le ministère du Commerce est apparu comme l’un des rares pôles de pilotage visibles dans la tempête. Dans un contexte de sanctions, de contraintes logistiques et de pression sur les finances publiques, la remise progressive du carburant sur le marché a été perçue comme un soulagement concret par les Maliens, bien au-delà des discours.
Cependant, ériger le ministre du Commerce et de l’Industrie en figure quasi salvatrice de la résilience nationale comporte un risque analytique : celui de confondre gestion d’urgence et solution structurelle. La crise du carburant n’est pas seulement le fruit de circonstances conjoncturelles ; elle est aussi le symptôme d’une dépendance excessive aux importations, d’une faible capacité de stockage stratégique et d’une régulation encore fragile des circuits de distribution. À ce titre, le mérite du ministre est réel dans la gestion du choc, mais il ne saurait masquer les insuffisances systémiques de l’appareil économique même de notre pays.
La notion de « résilience », souvent invoquée, mérite, elle aussi, d’être interrogée. La résilience ne peut se réduire à la capacité de survivre aux crises à répétition ; elle suppose aussi l’aptitude à en tirer des réformes durables. Aussi, l’épreuve décisive pour Moussa Alassane Diallo devrait se situer désormais dans l’après-crise : transformer l’expérience acquise en politiques publiques robustes, capables de prévenir plutôt que de réparer. Cela implique une réforme profonde des mécanismes d’approvisionnement, un encadrement plus rigoureux des prix, et une meilleure articulation entre souveraineté économique et intégration régionale.
Le statut d’« homme de la solution » ne sera durable que s’il s’accompagne d’une vision à moyen et long terme. M.A.D est aujourd’hui jugé sur sa capacité à éteindre l’incendie ; demain, il le sera sur son aptitude à reconstruire la maison. C’est à cette aune que l’histoire politique et économique du Mali évaluera, au-delà de la crise,

l’action de Moussa Alassane Diallo.

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