Avec une baisse de 34 % de ses productions cotonnières comparativement à la campagne précédente, notre pays pourrait céder sa première place au Benin, selon les prévisions du Comité de Pilotage du Programme Régional de Production Intégrée du Coton en Afrique (PR-PICA).
Les prévisions pour la campagne 2025-2026 annoncent une production totale de coton graine de plus de 2,18 millions de tonnes pour l’ensemble de la zone contre 2,3 millions de tonnes lors de la campagne précédente, soit une baisse de 5,22 %.
Si les tendances des évaluations des pays se maintenaient, notre pays cédera sa première place à son concurrent direct, le Bénin, qui table sur une production attendue de 647 290 tonnes. Il est suivi par le Mali avec une production attendue de 433 700 tonnes. Comparativement à la campagne 2024-2025 (656 751 tonnes), notre pays fait une chute de 34% de ses productions cotonnières, selon les prévisions du PR-PICA.
Ce résultat est aussi en baisse par rapport à l’ambition affichée par les responsables du département de l’agriculture. En effet, pour cette campagne, l’objectif est d’atteindre 682 000 tonnes de coton graine. Presqu’à l’heure du bilan, le pays est loin du compte, malgré les assurances données et les mesures annoncées.
Pour autant, le pays mobilise le plus grand nombre de producteurs (203 874) et les plus vastes superficies avec 533 779 hectares réalisés. En dépit de ces potentialités, le rendement du coton graine estimé à 813kg/ha est l’un des faibles de la zone. Le Cameroun affiche la meilleure performance prévisionnelle en rendement avec 1 424 kg/ha.
Déjà en novembre, PR-PICA (du Programme Régional de Production Intégrée du Coton en Afrique) annonçait la baisse de production de notre pays. Cette contre performance attendue peut être attribuée aux conditions climatiques peu clémentes observées dans l’ensemble des pays producteurs de l’UEMOA durant les mois de septembre et octobre, qui correspondent à la phase de maturation des capsules du coton, une phase déterminante pour la productivité.
« Dans la plupart des pays, il a été noté une rareté des pluies, notamment dans les zones sèches et médianes, annonçant la fin de la saison pluvieuse. Cette situation pourrait avoir un impact négatif sur le développement des semis tardifs, avec pour conséquence une faible productivité », soulignait le PR-PICA en ce qui concerne le mois d’octobre 2025.
Au-delà de ces facteurs, la campagne a démarré avec des difficultés d’approvisionnement en intrants, mais aussi de paiement de l’argent des producteurs. Cette situation a poussé certains paysans à revoir leur ambition.
À l’époque, un producteur joint par Info Matin expliquait : « sans engrais, il est impossible de suivre une campagne cotonnière. Ici, à Koutiala, j’étais obligé de payer 15 sacs d’engrais à 26 000 FCFA par unité dans le souci de démarrer la campagne. Un prix qui me revient très cher. Mais que faire à défaut d’avoir des engrais subventionnés par l’Etat », soulignant qu’enfouir l’engrais dans un champ doit obéir à des exigences.
A cause de cette situation, explique-t-il, de nombreux cultivateurs de coton se sont retournés vers la culture vivrière comme le maïs, le mil, entre autres. « Au moins, ils auront de quoi subvenir à la charge alimentaire de leur famille et vendre l’excédent », ajoute notre interlocuteur, avant de pester : « on ne peut pas comprendre que des responsables de la CMDT peinent à trouver de solutions permettant aux cotonculteurs d’avoir leur argent à temps. »
Par ailleurs, côté prix d’achat, les producteurs bénéficient de tarifs allant de 280 à 350 FCFA/kg pour le coton de premier choix. Le Sénégal propose le prix le plus élevé (350 FCFA/kg), tandis que le Bénin, le Mali, le Tchad et le Togo se stabilisent autour de 280 à 300 FCFA/kg. Conformément aux déclarations de lancement de campagne, le prix de 300 FCFA/kg est maintenu par notre pays.
L’un des points forts de cette campagne est la maîtrise des infestations de jassides. Les recommandations du PR-PICA, notamment le traitement des semences avec le Thiaméthoxame ou l’Imidaclopride et la diversification des insecticides, ont été largement suivies. Les pays membres s’engagent à maintenir cette vigilance pour la campagne 2026/2027 en intégrant ces protocoles dans leurs appels d’offres.
À noter que le Burkina Faso (336 812 tonnes) arrive 3ᵉ position, suivi de la Côte d’Ivoire (317 000 tonnes) et du Cameroun (281 500 tonnes) …

PAR SIKOU BAH

 

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