Au Mali, l’exportation en 2024 a été dominée par l’or non monétaire avec 79,9% du total, suivi du coton fibre avec 6,9% et les animaux vivants avec 3,4%. C’est ce qui ressort de la Balance des paiements et position extérieure globale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Derrière ces chiffres se cache une réalité préoccupante : le Mali continue d’exporter l’essentiel de ses richesses à l’état brut, créant notamment du manque à gagner et au détriment de la création d’emplois et d’opportunités pour la population.
Dans son rapport, la BCEAO soutient que les exploitations d’or non monétaire (industries et orpaillage) se sont repliées de 137,5 milliards (4,9%) en 2024 en s’établissant à 2.652,2 milliards, en raison de la baisse de la production des sociétés industrielles, partiellement atténuée par la hausse record des cours sur le marché international pour la troisième année consécutive (la barre des 2500 dollards l’once étant franchie).
En effet, le rapport de la BCEAO explique que les incertitudes liées aux conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, les tensions géopolitiques et le resserrement des conditions de financement ont entrainé une hausse du prix moyen de vente obtenu par les sociétés industrielles du secteur, qui est ressorti à 46.128 F CFA/g en 2024 contre 37.828 F CFA/g en 2023, pour l’or industriel. Les volumes d’or exportés, selon la BCEAO, par ces sociétés ont enregistré une diminution (14. 685,8 Kg ou 22,1%) pour atteindre 51.796,9 kilogrammes en 2024.
S’agissant de coton fibre, le rapport de la BCEAO a signalé que les exportations de fibre de coton, pour leur part, se sont chiffrées à 227,9 milliards en 2024, avant d’ajouter que ces chiffres étaient en hausse de 31,0 milliards ou 15,7% par rapport aux réalisations de l’année précédente.
Selon la BCEAO, ce niveau découle de l’accroissement de 18,8% du prix moyen de vente obtenu par la compagnie malienne de développement des Textiles (CMDT), soit 1.106, 9 F CFA/kg en 2024, après 931,4 FCFA/kg en 2023, en lien avec la hausse des cours du coton sur les marchés internationaux, et l’augmentation de 11,6% du volume exportable (582.538 tonnes de coton graine produit lors de la campagne 2023-2024 contre 389.750 tonnes en 2022-2023.
Le rapport de la BCEAO précise qu’en raison des retards accusés dans l’évacuation, 33.603 tonnes de stock de cette campagne n’ont pas pu être embarquées et exportées durant l’année 2024. Par ailleurs, cette performance de la filière s’explique aussi par l’anticipation enregistrée dans la mise à disposition des intrants auprès des producteurs, indique le document.
Évoquant les exportations d’animaux vivants, elles sont ressorties, selon la BCEAO, à 113,4 milliards en 2024, après 96,0 milliards en 2023, en hausse de 17,4 milliards (18,1%), en lien avec la dynamique observée depuis la levée de l’interdiction d’exploitation de bétail à partir du troisième trimestre de l’année 2022. La Balance des paiements et position extérieure globale de la BCEAO révèle que ces exportations sont constituées essentiellement de bovins et d’ovins à destination des pays de la sous-région.
Concernant les exportations d’engrais, elles ont représenté 0,7% des exportations totales et se sont établies à 21,7 milliards, après 37,6 milliards en 2023 (-42, 3%), en raison d’une demande locale plus importante, selon le rapport de la BCEAO.
La BCEAO a souligné que ces exportations d’engrais ont été effectuées à destination des pays de la sous-région, notamment du Burkina Faso et de la Guinée Conakry. Le document ajoute que les exportations de combustibles minéraux, d’un montant de 63,0 milliards en 2024, sont relatives aux réexportations de kérosène destinées à l’avitaillement d’aéronefs qui desservent le Mali.
En fin, la Balance des paiements et position extérieure globale de la BCEAO prouve que les autres produits d’exportation, avec une baisse de 13,7 milliards (-6,8%) par rapport à 2023, sont ressortis à 188, 4 milliards en 2024.
A l’analyse, les données 2024 de la Balance des paiements de la BCEAO confirment que les exportations restent massivement dominées par des produits bruts ou faiblement transformés. Si cette configuration permet d’assurer des recettes en devises à court terme, elle entraîne cependant des coûts économiques importants à moyen et long terme, notamment en matière de croissance, d’emplois et de souveraineté économique.
L’or non monétaire, qui représente près de 80 % des exportations totales du Mali en 2024, constitue la principale source de devises du pays. Toutefois, son exportation sous forme brute ou semi-brute comporte plusieurs conséquences économiques négatives.
D’abord, la valeur ajoutée locale reste limitée. La majorité de l’or est extraite puis exportée sans transformation industrielle significative (raffinage avancé, bijouterie, transformation technologique). Cela prive l’économie malienne de revenus supplémentaires, d’emplois qualifiés et de savoir-faire industriel.
Quant aux animaux exportés vivants, le pays assiste à une perte de transformation et d’industrialisation locale. Si elle génère des revenus immédiats pour les éleveurs et les commerçants, elle entraîne plusieurs désavantages économiques.
En exportant le bétail vivant, le Mali renonce à toute la chaîne de valeur locale : abattage industriel, transformation de la viande, conservation, conditionnement, cuir et sous-produits. Ces activités pourraient pourtant créer des milliers d’emplois, renforcer l’industrie agroalimentaire et augmenter significativement les recettes fiscales.
Idem pour le coton fibre, pour autant le 2ᵉ produit d’exportation du Mali après l’or. Malgré les performances enregistrées en 2024, l’exportation de coton à l’état de fibre révèle aussi une faible intégration industrielle. Comme les deux cas évoqués, en exportant majoritairement du coton non transformé, le pays perd l’opportunité de développer une industrie textile nationale (filature, tissage, confection).

PAR SABA BALLO

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