En 2025, notre pays a été confronté à de multiples défis sécuritaires, humanitaires, économiques mais aucun n’a autant perturbé le quotidien des Maliens que le blocus de carburant imposé par le groupe djihadiste Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM). En bloquant les importations de pétrole, les terroristes ont déclenché une crise aussi brutale qu’inhabituelle : pénuries, paralysie des transports, fermeture des écoles, flambée des prix, fragilisation de l’économie. Cette crise, plus qu’un simple choc ponctuel, a cristallisé les fragilités de l’État et impose un défi colossal à la résilience nationale.

La transition, cible des terroristes

À partir de septembre 2025, JNIM a clairement annoncé l’instauration d’un blocus sur les livraisons de carburant à notre pays en particulier vers la capitale Bamako. Le groupe terroriste a pris pour cible les convois de camions citernes en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, détruisant des centaines de camions, incendiant ceux qui tentaient de passer, et désormais contrôlant les grands axes routiers menant au pays. Ce blocus ne relève pas d’un incident isolé, mais d’une stratégie de « guerre économique » dont l’objectif est clair : asphyxier l’État malien, frapper le moral des populations, affaiblir les institutions en paralysant services et chaines d’approvisionnement. In fine renverser le processus de transition en cours.

Les effets de la pénurie de carburant ont été ressentis immédiatement et massivement dans tout le pays :
-Transport paralysé : les longues files d’attente devant les stations service sont devenues la norme, des automobilistes abandonnant leurs véhicules, les transports publics réduits à la portion congrue, les ambulances souvent bloquées ou contraintes de repenser leurs circuits.
-Économie en panne : puisque notre pays est enclavé et dépend largement des importations, le carburant est vital pour les transports de marchandises, l’agriculture, les commerces, le fonctionnement des usines. En l’absence de carburant, les chaînes logistiques se sont cassées : les produits manquaient, les prix ont flambé, les marchés se sont essoufflés.
-Éducation suspendue : face à l’impossibilité de transporter élèves et enseignants, le gouvernement avait annoncé la fermeture de tous les établissements scolaires et universitaires pour au moins deux semaines entre fin octobre et début novembre 2025.
-Perturbation des services publics : l’électricité, les transports en commun, le ravitaillement des villes, tout a vacillé. Les coupures d’électricité se sont multipliées, certaines communes se sont retrouvées isolées, les déplacements ont été réduits, la vie publique fortement ralentit.
Dans ces conditions, c’est toute la vie nationale (économique, sociale, éducative) qui s’est retrouvée mise en suspens.

Un Blocus sélectif

Depuis septembre dernier, notre pays fait face à une crise persistante d’approvisionnement en carburant, conséquence directe des actions terroristes visant les axes logistiques et les convois d’hydrocarbures. Le JNIM, en multipliant les attaques contre les camions-citernes et en instaurant des blocus ciblés dans certaines localités, a clairement identifié le carburant comme un nerf vital de l’État et de l’économie malienne. Si ce groupe terroriste opère aujourd’hui au-delà des frontières nationales, une question s’impose : pourquoi notre pays semble-t-il être la cible prioritaire de cette stratégie ?
La réponse est d’abord politique et stratégique. Notre pays est engagé depuis plusieurs années dans une reconquête affirmée de sa souveraineté sécuritaire et économique. En s’attaquant aux hydrocarbures, les groupes terroristes cherchent moins à contrôler un territoire qu’à asphyxier l’État, perturber la mobilité des Forces armées, paralyser l’économie et installer un mécontentement social. Le carburant devient ainsi une arme indirecte, mais redoutablement efficace.
Ensuite, la configuration géographique et logistique du Mali, pays enclavé et dépendant de corridors précis pour ses importations, expose davantage ses chaînes d’approvisionnement. Là où d’autres États disposent de multiples alternatives maritimes ou industrielles, notre pays reste vulnérable aux attaques ciblées sur quelques axes clés, ce que les groupes armés exploitent méthodiquement.
Enfin, notre pays paie aussi le prix de son rôle central dans la lutte antiterroriste au Sahel. En nous frappant nous seuls, les terroristes cherchent à envoyer un message régional : toute politique de rupture et de résistance aura un coût.
Mais cette stratégie révèle aussi leurs limites. En ciblant l’économie, ils confirment leur incapacité à affronter l’État sur le terrain militaire. Pour nous, l’enjeu est désormais clair : sécuriser durablement les corridors énergétiques, diversifier les sources d’approvisionnement et transformer cette épreuve en levier de résilience nationale. La crise du carburant est un défi, mais aussi un test de solidité pour un pays déterminé à ne plus céder.

Choc sur le moral
collectif

Mais la crise du carburant ne s’est pas seulement mesurée en prix, files d’attente ou coupures : elle a porté un coup au moral collectif. Pour des millions de Maliens, c’est l’idée même de stabilité (sociale, économique, institutionnelle) qui vacille. Le sentiment d’insécurité, déjà lourd, s’est mêlé à la précarité quotidienne ; l’espoir d’un retour à la normale s’est éloigné.
De nombreux ménages, contraints de marcher des kilomètres, de reporter des soins, de sacrifier des études, ont ressenti que les promesses de relance, de redressement, s’éloignaient. L’impact sur la dignité quotidienne, sur le sentiment d’appartenance à un État protecteur, s’est avéré peut être plus profond que l’impact économique à court terme.

Cette crise du carburant, provoquée par la violence, mais rendue catastrophique par l’organisation économique du pays, a mis en lumière des fragilités profondes :
-Le monopole des routes sur l’approvisionnement énergétique : l’enclavement du pays le rend extrêmement vulnérable dès qu’une route vitale est bloquée.
-L’absence de stockage national stratégique : en 2025, notre pays a payé le prix fort de ne pas disposer de réserves suffisantes pour tenir plusieurs mois sans importations.
-Une dépendance aux importations pour l’énergie, le transport, l’industrie ce qui a rendu tout choc externe presque immédiatement destructeur.
-Un tissu social et institutionnel fragile, peu résilient face à un choc multidimensionnel mêlant insécurité, logistique et économie.
Autrement dit, la crise a agi comme une radiographie douloureuse du pays : révélant à la fois les fragilités et la vulnérabilité systémique.

Bien que le pays reste confronté à des attaques djihadistes, des violences armées, des déplacements de population ou des crises humanitaires chroniques, aucune crise n’a eu, en 2025, un impact aussi direct, durable et transversal sur la vie quotidienne que la crise du carburant. En effet, c’est la crise de presque tous les citoyens ruraux comme urbains, riches comme pauvres car le carburant touche tous les aspects de la vie : transport, travail, alimentation, éducation, soins.
-Elle a transformé le mois en mois pas seulement un pic, mais un état prolongé de pénurie, de coupures, d’incertitudes.
-Elle a posé un défi existentiel au pays : plus qu’un danger extérieur, c’est la capacité du pays à résister, à organiser des plans de secours, à anticiper les chocs qui est mise à l’épreuve.
-Elle a installé un climat de peur, de fragilité, d’injustice : la violence n’est plus lointaine, elle envahit les aspects les plus ordinaires de la vie.
En ce sens, la crise du carburant est une fracture dans le temps, dans l’économie, dans la confiance. La marque laissée sur 2025 est profonde, large, multiple.

Appel à la résilience

Pour éviter que notre pays ne sombre dans l’asphyxie, la réaction doit être à la hauteur. Il faudrait :
-Constituer des réserves stratégiques de carburant et d’énergie, pour amortir les chocs.
-Diversifier les modes de transport, les sources d’énergie, les chaînes logistiques réduire la dépendance à un unique corridor ou un seul type d’importation.
-Renforcer la sécurité des axes routiers, des convois, des infrastructures de transport à travers une coopération civilo militaire, des contrôles stricts, des escortes efficaces.
-Soutenir l’économie locale, la production nationale, les circuits courts : rendre le pays moins vulnérable aux ruptures extérieures.
-Redonner confiance à la population : transparence, communication, solidarité nationale, distribution équitable des rares ressources.

Sans ces mesures, la moindre secousse qu’elle vienne de la guerre, de l’économie, du climat pourrait à nouveau plonger notre pays dans le chaos.
La crise du carburant imposée par le blocus de JNIM n’est pas seulement un problème logistique ou économique : elle est un signal rouge. Elle révèle à tous (gouvernants, société civile, citoyens) que notre pays vit sous perfusion, qu’il n’a pas construit les garde-fous nécessaires pour assurer sa résilience.

La Rédaction

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