En novembre 2025, le Mali faisait face à une crise logistique majeure : plus de 2.400 conteneurs (des estimations variant entre 1 526 et 2 400 selon les sources) étaient immobilisés au Port autonome de Dakar. Cette paralysie résultait principalement de l’interdiction des camions hors gabarit, imposée par les normes de l’UEMOA depuis mai 2025, et aggravée par l’insécurité sur le corridor Dakar-Bamako.
Nos transporteurs, réticents à moderniser leur flotte, refusaient de charger les marchandises, entraînant des frais de stockage astronomiques, estimés en milliards de FCFA. La ministre malienne des Transports, Madina Sissoko Dembélé, s’était rendue à Dakar pour négocier une suspension temporaire des pénalités, obtenant une levée pour trois mois, une bouffée d’oxygène précaire pour notre commerce extérieur dépendant à 60 % de ce corridor.
Trois mois plus tard, en février 2026, l’ironie frappe : c’est désormais le Mali qui bloque plus de 4 000 conteneurs vides sur son territoire, appartenant à des armateurs comme MSC (2 800) et Hapag-Lloyd (700). Selon le communiqué du Conseil Malien des Chargeurs (CMC) daté du 3 février, ces conteneurs non restitués par nos chargeurs, transporteurs et transitaires créent une raréfaction critique au Port de Dakar, perturbant l’approvisionnement national et risquant un durcissement des conditions d’exploitation. De plus, 304 conteneurs maliens restent en souffrance à Dakar, avec un ultimatum au 24 février pour leur enlèvement.
Cette inversion des rôles met en lumière des dysfonctionnements structurels profonds. D’un côté, l’affaire de 2025 soulignait la vulnérabilité malienne face aux normes régionales et à l’instabilité interne, exposant un secteur du transport obsolète et sous-financé. De l’autre, la situation actuelle révèle un manque de discipline chez les opérateurs maliens, qui exploitent les conteneurs comme des actifs gratuits au détriment de la chaîne logistique globale. Ces crises récurrentes – amplifiées par la dépendance excessive au Port de Dakar – sapent l’économie malienne, déjà fragilisée par les sanctions post-coup et les tensions régionales. Les pertes cumulées en frais, retards et opportunités manquées se chiffrent en milliards, pénalisant importateurs, exportateurs et consommateurs.
Pour briser ce cycle vicieux, notre pays doit investir urgemment dans la modernisation des infrastructures et la formation des acteurs logistiques, tout en diversifiant ses routes maritimes vers Abidjan ou Nouakchott. Sans réformes audacieuses, le Mali risque de rester prisonnier de ses propres chaînes logistiques, au sens propre comme au figuré. La bonne compréhension invoquée par le CMC ne suffira pas ; il faut des sanctions internes et une coopération renforcée avec le Sénégal pour une fluidité durable.
Par Amina Sissoko