Plus de douze ans après l’assassinat de nos confrères de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon à Kadal au sortir d’une interview, l’instruction judiciaire se heurte toujours à des zones d’ombre infranchissables. Le juge d’instruction antiterroriste en charge du dossier a demandé une nouvelle déclassification de documents classés secret-défense, dans l’espoir de faire progresser l’enquête et d’éclairer les circonstances exactes de ce double meurtre, selon plusieurs médias français ce lundi 9 février 2026.
Les deux journalistes de Radio France internationale (RFI) avaient été enlevés le 2 novembre 2013 à Kidal avant d’être assassinés quelques minutes plus tard. Leur mort avait plongé la rédaction de RFI dans une profonde tristesse et provoqué une vive émotion au Mali, en France et à l’international.
Alors que l’enquête traine, selon des médias étrangers, le magistrat instructeur a adressé, le 12 janvier dernier, une requête au ministère français des armées afin d’obtenir la déclassification de nouveaux documents. Cette démarche intervient à la suite d’une demande formulée par les parties civiles.
« Il y a déjà eu plusieurs déclassifications mais elles étaient limitées, avec des documents caviardés », a affirmé à l’AFP Danièle Gonod, présidente de l’Association des amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. « On nous a opposé le secret-défense, en nous disant que cela relevait de la protection des sources au Mali, mais aujourd’hui il n’y a plus un seul soldat français au Mali, donc plus de source à protéger », a relevé Mme Gonod.
D’après la version officielle, un convoi de militaires français avait découvert les corps des reporters, tués par balles, non loin du pick-up de leurs ravisseurs. Ce dernier était tombé en panne, d’après les enquêteurs, qui privilégient la thèse d’une prise d’otages ratée d’un groupe djihadiste. Pour Mme Gonod, « les investigations réalisées sur la téléphonie montrent que c’est un vrai réseau djihadiste, politique et organisé, avec des liens en Algérie ».
Dans sa requête, le juge d’instruction sollicite également des informations précises sur deux suspects encore en vie. Il s’agit de Sidan Ag Hita, présenté comme l’un des commanditaires présumés de l’opération, et de Hamadi Ag Mohamed, identifié comme l’un des quatre membres du commando. « Quelques heures avant l’enlèvement, Cheikh Ag Haoussa aurait été vu dans son véhicule en compagnie de Baye Ag Bakabo, chef du commando responsable des enlèvements et assassinats », note-t-il.
Il a aussi relayé l’étonnement des parties civiles devant l’absence de rapport des forces spéciales françaises sur le drame et réclamé la déclassification de « tout document », attestant qu’un commanditaire de l’enlèvement « aurait contacté, après les faits » un membre du commando « pour lui reprocher d’avoir “gâché la marchandise”.

PAR SIKOU BAH

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