Le Président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, a accordé, le 10 février, une grâce présidentielle à l’ancien député et membre du Conseil national de transition (CNT), Mahamadou Hawa Gassama DIABY, condamné à trois ans de prison ferme et à cinq millions de francs CFA d’amende pour offense au chef de l’État ivoirien et outrage par voie électronique. Aussitôt libéré, M. Gassama a quitté Abidjan ce 11 février 2026, par avion, pour regagner le Mali, mettant ainasi fin à sept mois et sept jours de détention à la Maison d’Arrêt et de Correction (MACA) d’Abidjan.
Arrêté le 30 juillet 2025, Mahamadou Hawa Gassama avait été reconnu coupable de propos offensants tenus sur les réseaux sociaux à l’encontre du président ivoirien. Le tribunal l’avait condamné à trois années d’emprisonnement assorties d’une interdiction de séjour de même durée ; d’une amende de cinq millions de francs CFA, ainsi que de la publication de la décision dans un journal d’annonces légales.
La sévérité de la peine avait suscité de vives réactions, tant au Mali qu’en Côte d’Ivoire. L’affaire s’inscrivait dans un contexte diplomatique déjà fragile entre Abidjan et Bamako, marqué notamment par l’épisode des 49 soldats ivoiriens arrêtés au Mali en juillet 2022, jugés, condamnés puis finalement graciés le 6 janvier 2023 par le président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, « avec remise totale des peines ».
Ces soldats avaient été condamnés pour « crimes d’attentat et de complot contre le gouvernement, atteinte à la sûreté extérieure de l’État, détention, port et transport d’armes et de munitions de guerre ».
Dans ce climat chargé, le dossier Gassama a été largement commenté dans la presse et sur les réseaux sociaux, beaucoup y voyant un nouvel épisode des tensions diplomatiques entre les deux pays frères.
Alors que la défense s’apprêtait à interjeter appel du jugement, la grâce présidentielle est intervenue de manière inattendue.
Dans un communiqué, Me Mamadou Ismaïla Konaté, avocat aux Barreaux du Mali et de Paris, a confirmé la libération de son client :
« M. Mamadou Hawa GASSAMA a recouvré la liberté après sept (7) mois et sept (7) jours de détention à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA). Alors même que nous avions arrêté, en parfaite concertation avec l’intéressé, la décision de relever appel du jugement l’ayant condamné à trois (3) années d’emprisonnement (…) est intervenue ce jour une mesure de GRÂCE PRÉSIDENTIELLE, prise par décret du Chef de l’État de Côte d’Ivoire ».
L’avocat, qui avait dénoncé une décision « excessive », « grave » et « très sévère », a salué cette mesure de clémence qui « met fin à la détention » de son client et lui permet de retrouver « la liberté, bien suprême et condition première de la dignité humaine ».
Me Konaté a également exprimé sa satisfaction en tant qu’avocat et « en tant que Malien profondément attaché aux valeurs de justice, de liberté et de fraternité entre nos peuples », estimant que cette décision ouvre pour M. Gassama « une nouvelle ère : celle de la liberté retrouvée ».
Et de conclure par une formule empreinte d’espoir : « Le soleil finit toujours par succéder à la nuit ».
Au-delà du cas individuel, cette grâce présidentielle est perçue par de nombreux observateurs comme un signal politique. Après la grâce accordée en 2023 aux 49 soldats ivoiriens par les autorités maliennes, le geste du président Ouattara à l’endroit d’un membre du CNT malien est interprété comme une volonté d’apaisement et de décrispation.
Si les relations entre Abidjan et Bamako ont connu des périodes de fortes tensions ces dernières années, les liens historiques, humains et économiques entre les deux pays demeurent profonds.
Reste à savoir si cet acte de clémence ouvrira une nouvelle phase dans les rapports ivoiro-maliens, marqués par des incompréhensions mais aussi par une interdépendance stratégique indéniable. Pour l’heure, Mahamadou Hawa Gassama retrouve la liberté et son pays, tandis que les opinions publiques des deux rives du fleuve Niger scrutent les prochains gestes diplomatiques.
PAR MODIBO KONE