En vue d’améliorer le niveau de service des voiries urbaines sur les axes concernés, de faciliter la mobilité des populations et de contribuer au développement économique et social du pays, le mercredi 31 mai 2023, le gouvernement a donné son quitus au marché relatif aux travaux d’aménagement du tronçon urbain de la Route nationale n°27 (Bamako-Koulikoro) à Bamako, longue selon certains de 9-10 kilomètres.
Le marché a été attribué au groupement d’entreprises COVEC-Mali/EGK pour un montant de 29, 146 milliards francs CFA hors taxes et hors douanes et pour un délai d’exécution de trente-six (36) mois à partir du démarrage effectif des travaux. Le marché concerne différents travaux d’aménagement : bitumage, élargissement du corridor routier, structuration urbaine, ouvrages annexes, etc. Le marché fera l’objet du décret n°2023-0345/PT-RM du 8 juin 2023 portant approbation du contrat entre le Gouvernement de la République du Mali et le groupement COVEC-Mali/EGK.
Un chantier complexe
Suite à l’approbation du marché, le gouvernement a annoncé comme prioritaire l’aménagement du tronçon urbain long de 10km de la Route nationale 27 (RN27) Bamako-Koulikoro, (Carrefour Grand Hôtel – Subaubba). Lancés en juillet 2024 par le président de la transition, le général Assimi Goïta lui-même, les travaux, qui dureront 36 mois, visent un élargissement en 2×3 voies pour fluidifier le trafic, l’intégration des passages piétons, ouvrages d’art (ponts/ dalots) et des mesures de sécurité routière. Le projet s’inscrit dans la Politique nationale des Transports et du désenclavement, avec un financement comprenant un prêt de la BOAD de 15 milliards FCFA.
L’Objectif est l’élargissement du tronçon urbain pour améliorer la fluidité et la sécurité, avec des travaux menés parfois de nuit pour accélérer la cadence. La complexité des travaux en zone urbaine implique le déplacement de réseaux (eau, électricité, fibre optique) et la gestion du trafic pendant le chantier.
En Etat parcimonieux soucieux de la bonne gestion des maigres deniers publics, le gouvernement a donné a mission de contrôle et de surveillance des travaux à un pool de bureaux d’études (GTAH, Lobou Conseils, ECI), pour environ 1 198 260 000 FCFA hors taxes (délai de 38 mois).
Après un démarrage en fanfare, le chantier a connu un brutal arrêt suite à plusieurs impondérables. Pour les populations, c’est un chantier qui s’éternise déjà avec toute la poussière qu’il fait avaler aux gens, sans compter les détours et autres incommodités. Et comme dans ‘’Les animaux malades de la peste’’, il faut trouver un bouc émissaire. Marakala son te fila ye : Binadjan don. Mme la ministre des Transports et des infrastructures, Dembélé Madina Sissoko est jetée à la vindicte d’une population qui ressent les contre-coups de la fatigue sociale. Griefs : le chantier traine.
C’est dans ces conditions que les travaux reprennent comme par enchantement début février sur le chantier que certains avaient déjà enterré. Mais selon le directeur général des Routes, il ne faut pas vendre la peau de l’Ours avant de l’avoir tuée. La dynamique de la reprise sera maintenue et des discussions sont en cours pour que l’entreprise en charge des travaux puisse accélérer le rythme en vue de rattraper le retard accusé lors de l’arrêt des travaux, à moins du quart.
Recherche de bouc
émissaire
Le chantier du tronçon urbain de la RN27 (Bamako–Koulikoro) concentre aujourd’hui frustrations sociales et enjeux de gouvernance. Mais la question du retard ne peut être traitée sous l’angle émotionnel. Elle appelle une lecture contractuelle, technique et institutionnelle.
1. Qui doit chapeauter le retard ?
En droit des marchés publics, la responsabilité première du respect des délais incombe à l’entreprise titulaire, ici le groupement COVEC-Mali/EGK. Elle s’est engagée sur un délai ferme de 36 mois à compter de l’ordre de service. Toute interruption imputable à une mauvaise organisation interne, à un sous-dimensionnement des équipes, à une insuffisance de mobilisation de matériel ou à des difficultés financières relève d’abord de sa responsabilité contractuelle.
Toutefois, l’entreprise n’agit pas seule. Le bureau de contrôle et de surveillance (GTAH, Lobou Conseils, ECI) a pour mission de suivre l’avancement, de valider les situations, de signaler les dérives et de proposer des mesures correctives. S’il n’a pas anticipé les risques, s’il n’a pas alerté à temps ou s’il a validé des plannings irréalistes, sa part de responsabilité technique peut être engagée.
Enfin, le ministère de tutelle, à travers la Direction générale des Routes, assume une responsabilité stratégique : coordination des acteurs, gestion des contraintes urbaines (déplacement des réseaux, expropriations, sécurité), arbitrage budgétaire et prise de décisions rapides en cas d’aléas. Un déficit de pilotage ou une lenteur administrative peut amplifier les retards.
Dans un chantier urbain de 10 km en 2×3 voies, les aléas sont structurels : réseaux enterrés imprévus, gestion du trafic, saison des pluies, contraintes sociales. La responsabilité est donc souvent partagée et cumulative, rarement exclusive.
2. La ministre peut-elle être tenue pour seule coupable ?
Non, pas sur le plan technique et contractuel.
Le délai de 36 mois n’est pas une affirmation populiste de Mme Dembélé Madina Sissoko ; il est inscrit dans le contrat approuvé par décret. Ce n’est pas une improvisation politique mais une estimation fondée sur la complexité des travaux. Imputer à la seule ministre la durée contractuelle reviendrait à ignorer la chaîne de validation (études préalables, financement BOAD, approbation gouvernementale).
Politiquement, en revanche, un ministre assume la responsabilité symbolique du portefeuille. Mais la responsabilité politique ne doit pas être confondue avec la responsabilité opérationnelle.
En définitive, le retard éventuel d’un chantier d’infrastructure majeure est le produit d’une interaction entre maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre et entreprise exécutante. Chercher un bouc émissaire apaise temporairement la colère sociale ; renforcer la transparence du suivi, communiquer sur les contraintes réelles et exiger des comptes contractuels constituent une réponse plus durable.
EL HADJ SAMBI TOURÉ