Le Mali vient de perdre l’un de ses fils les plus illustres. Le Professeur Mamadou Kassa TRAORÉ, affectueusement appelé ‘‘DCASE’’ par ses pairs et ‘‘Maréchal’’ par les jeunes générations, s’est éteint le 5 mai 2026, laissant derrière lui le souvenir d’un homme de savoir, de conviction et d’engagement, dont la trajectoire personnelle épouse une part significative de l’histoire contemporaine de notre pays. Économiste, chercheur, éducateur, administrateur public et homme politique engagé, le Professeur Mamadou Kassa TRAORÉ aura été de ceux qui ont compris très tôt que la construction d’une nation ne repose pas seulement sur les institutions, les textes ou les discours, mais d’abord sur les hommes et les femmes capables de se mettre au service d’une idée supérieure : celle du Mali debout, souverain, instruit, digne et maître de son destin. Son nom restera attaché à plusieurs dimensions essentielles de notre histoire nationale : l’éducation, la recherche, le développement rural, le service de l’État, l’engagement politique et le combat constant pour l’indépendance réelle des peuples africains.
À travers chacune de ces dimensions, il a incarné une génération d’intellectuels patriotes qui n’ont jamais séparé le savoir de l’action, ni la pensée de la responsabilité historique. Le Professeur Mamadou Kassa TRAORÉ appartenait à cette lignée rare d’hommes pour qui l’école était une arme de libération. Au lendemain de l’indépendance, alors que le jeune État malien s’efforçait de bâtir ses propres institutions éducatives, il prit part à cette œuvre fondatrice avec une foi profonde dans la puissance émancipatrice de l’éducation. Son passage à Bougoula, où il fut reconnu comme l’un des premiers responsables éducatifs et le premier directeur de l’école fondamentale, illustre cette vocation pionnière. Dans un contexte de rareté des moyens, d’insuffisance des infrastructures et de manque de cadres formés, il contribua à faire vivre l’école républicaine au cœur du monde rural. À travers son action éducative, il ne s’agissait pas seulement d’enseigner à lire, écrire et compter. Il s’agissait de former des citoyens, d’ouvrir des horizons, de donner à la jeunesse malienne les instruments intellectuels de sa propre libération. Pour lui, l’école devait être le lieu où se forgeaient la conscience nationale, le sens de l’effort, la discipline de l’esprit et l’amour du bien commun. Son itinéraire le conduisit ensuite vers l’enseignement supérieur et la recherche scientifique, notamment comme Directeur de l’Institut Polytechnique Rural de Formation et de Recherche Appliquée de Katibougou, l’une des grandes institutions maliennes et africaines consacrées à l’agriculture, au développement rural et à la recherche appliquée. Là encore, le Professeur Mamadou Kassa TRAORÉ sut allier rigueur intellectuelle, exigence pédagogique et engagement au service du développement national.
Économiste de formation, il plaça sa réflexion au cœur des défis fondamentaux du Mali : la souveraineté alimentaire, la valorisation des ressources locales, l’organisation des filières agricoles, l’amélioration des conditions de vie des populations rurales et la recherche de modèles de développement adaptés à nos réalités. Il était convaincu que l’Afrique ne pouvait se développer durablement en important aveuglément des modèles conçus ailleurs, mais qu’elle devait puiser dans ses propres ressources, ses savoirs, son histoire et ses forces sociales pour tracer sa voie. Cette conviction l’accompagna également dans ses responsabilités au sein de l’administration publique. En qualité de chargé de mission au ministère de l’Environnement, il contribua à la réflexion sur les politiques publiques relatives à la protection de l’environnement, à la gestion durable des ressources naturelles et à l’équilibre entre développement économique et préservation écologique. Il avait cette intelligence du terrain qui permettait de comprendre que les questions environnementales ne sont jamais séparées des questions sociales, économiques et culturelles. Pour lui, protéger la nature revenait aussi à protéger les communautés, leurs moyens de subsistance et leur avenir. Mais le Professeur Mamadou Kassa TRAORÉ fut aussi, et peut-être surtout, un homme politique au sens noble du terme : un homme habité par une vision de la cité, par une certaine idée du Mali et par une fidélité constante à l’idéal africain. Son engagement au sein du Mouvement pour l’Indépendance, la Renaissance et l’Intégration Africaine, (MIRIA), témoigne de cette fidélité. Après le rappel à dieu du Professeur Mamadou Lamine TRAORÉ, il assuma avec dignité et responsabilité la continuité d’un combat politique fondé sur l’indépendance, la renaissance africaine et l’intégration du continent. Un combat dont il était bien avisé des difficultés, des embûches et autres méandres. Un combat dont il fit cependant, contre vents et marées, le but même de son existence ici-bas. Avec certes, des peines, mais aussi des moments de joie, de fierté légitimes. C’est pourquoi, un jour, d’un ton aussi émotionnel que ferme, il avait pu balancer ceci « le jour où je ne serai plus de ce monde et qu’on vous demande quelle a été la position de KASSA, donnez s’il vous plaît la réponse suivante : il a été avec nous. Il est resté un des nôtres. » Oui, Dcase, tu resteras éternellement un combattant de l’Indépendance, de la Renaissance, de l’Intégration Africaine. Pour toujours, Un des nôtres. Comme deuxième président du MIRIA, il porta l’héritage d’un courant politique attaché à la souveraineté nationale, à la démocratie, à la justice sociale et à l’émancipation des peuples africains. Son engagement n’était pas celui d’un homme en quête de privilèges ou de positionnement personnel. Il était celui d’un intellectuel patriote, d’un militant convaincu, d’un homme qui croyait que la politique devait rester un instrument de transformation sociale et non un simple espace de conquête du pouvoir. Son combat contre les formes anciennes et nouvelles de domination s’inscrivait dans une longue mémoire historique.
Le Professeur Mamadou Kassa TRAORÉ était l’un des derniers illustres descendants des rois du Kénédougou, Tièba TRAORÉ et Babemba TRAORÉ, figures héroïques de la résistance à la pénétration coloniale française. Cette filiation n’était pas seulement généalogique ; elle était morale, politique et spirituelle. Elle disait quelque chose de son rapport à la dignité, à l’honneur, à la liberté et au refus de la soumission. Descendant d’une lignée qui avait porté haut l’étendard de la résistance, il appartenait lui-même à cette catégorie d’hommes qui ont inauguré, chacun à leur époque et avec les armes de leur temps, la lutte pour l’indépendance nationale. Là où ses ancêtres avaient opposé la bravoure des royaumes africains à l’expansion coloniale, lui opposa le savoir, la pensée critique, l’engagement politique et la formation des consciences aux mécanismes contemporains de dépendance et de domination. C’est pourquoi son parcours doit être lu comme une continuité historique : celle d’un même refus de l’asservissement, d’une même exigence de dignité, d’une même fidélité à l’Afrique souveraine. Chez lui, l’héritage du Kénédougou se prolongeait dans le combat intellectuel et politique pour un Mali libre, instruit, juste et respecté. Le Professeur Mamadou Kassa TRAORÉ faisait partie de cette génération d’intellectuels maliens pour qui l’engagement n’était pas un slogan, mais une discipline de vie. Il savait que l’indépendance politique n’a de sens que si elle s’accompagne d’une indépendance économique, culturelle, éducative et scientifique. Il savait aussi que la dignité d’un peuple se construit par la formation de ses enfants, par la qualité de ses cadres, par l’intégrité de ses dirigeants et par la fidélité de ses élites aux intérêts supérieurs de la nation.
À tous ceux qui l’ont connu, il laisse l’image d’un homme de rigueur, de conviction et de loyauté. À ses étudiants, il laisse le souvenir d’un maître exigeant, soucieux de transmettre non seulement des connaissances, mais aussi une méthode, une éthique et une conscience. À ses camarades politiques, il laisse l’exemple d’un militant fidèle à ses idées. À la nation malienne, il laisse l’héritage d’un serviteur qui a consacré sa vie à former, à penser, à agir et à défendre la dignité de l’Afrique. Son héritage est immense. Il réside dans les générations de cadres qu’il a contribué à former. Il réside dans les institutions qu’il a servies. Il réside dans les idées qu’il a défendues. Il réside surtout dans les valeurs qu’il a incarnées : le patriotisme, l’intégrité, la rigueur intellectuelle, le sens du service public, la justice sociale et la foi en l’avenir de l’Afrique. Au moment où le Mali traverse une période de profondes recompositions politiques, institutionnelles et géopolitiques, la disparition du Professeur Mamadou Kassa TRAORÉ nous rappelle l’importance des hommes de principes. Elle nous rappelle que les nations se construisent essentiellement par la profondeur des consciences, la solidité des valeurs et la fidélité à une vision historique. Le Professeur Mamadou Kassa TRAORÉ s’en est allé, mais son exemple demeure. Il appartient désormais à la mémoire nationale. Il rejoint la longue cohorte des bâtisseurs, des éducateurs, des résistants, des patriotes et des militants africains qui ont donné à leur pays le meilleur d’eux-mêmes. Que son parcours inspire les générations présentes et futures. Que son engagement rappelle à chacun que servir la nation est une responsabilité sacrée. Que son nom demeure associé à cette belle devise qui résume toute une vie : former les hommes, servir la nation et défendre la dignité de l’Afrique. À sa famille, à ses camarades du MIRIA, à ses anciens étudiants, à ses collègues, à ses compagnons de lutte et à toute la nation malienne, nous adressons nos condoléances les plus émues. Dors en paix ‘‘Maréchal’’, dors en paix ‘‘DCASE ’’. Que la terre du Mali, cette terre qu’il a aimée, servie et honorée, lui soit légère. Dors en paix, Professeur Mamadou Kassa TRAORÉ. Le Mali reconnaissant gardera vivante ta mémoire.
Amidiata OUATARA Bougader DIARRA Labass Lamine DIALLO