Malgré quelques signaux encourageants observés depuis la fin de la pandémie de COVID-19, les populations africaines continuent de subir de plein fouet les conséquences d’une conjoncture économique difficile. C’est ce que révèle le dernier Profil panafricain publié par Afrobarometer, une enquête de grande ampleur menée auprès de 50.961 citoyens dans 38 pays africains entre 2024 et 2025.

Le rapport dresse un constat contrasté. D’un côté, les citoyens reconnaissent une légère amélioration de la gestion économique de leurs pays par rapport aux années les plus critiques de la pandémie. De l’autre, la majorité des Africains demeurent confrontés à des conditions de vie précaires, marquées par la hausse du coût de la vie, le chômage et l’accès difficile aux services essentiels.
Selon les données recueillies, près de six Africains sur dix (59 %) considèrent que la situation économique de leur pays est « plutôt mauvaise » ou « très mauvaise ». Plus préoccupant encore, près de la moitié des personnes interrogées (49 %) jugent leurs propres conditions de vie difficiles.
Cette perception négative persiste malgré une amélioration relative observée ces dernières années. Dans les 28 pays suivis de manière continue depuis 2014, la proportion de citoyens décrivant l’économie nationale comme mauvaise a reculé de sept points par rapport à la période 2021-2023. Toutefois, ce niveau reste supérieur de six points à celui enregistré il y a une décennie, signe que les progrès réalisés ne suffisent pas encore à effacer les effets des crises successives.
L’enquête met également en lumière le regard sévère porté par les populations sur les performances de leurs gouvernements en matière économique. Une écrasante majorité des répondants estime que les autorités échouent à maîtriser les principaux défis économiques.
Ainsi, 82 % des citoyens jugent négativement les efforts déployés pour assurer la stabilité des prix. La réduction des inégalités entre riches et pauvres recueille également une forte désapprobation avec 79 % d’avis négatifs. La création d’emplois est critiquée par 76 % des personnes interrosgées, tandis que 73 % considèrent que les gouvernements ne parviennent pas à améliorer les conditions de vie des plus démunis. Enfin, 64 % désapprouvent la gestion globale de l’économie.
Pour Afrobarometer, ces résultats traduisent une profonde frustration des populations face à des problèmes qui affectent directement leur quotidien.
Le chômage apparaît d’ailleurs comme l’une des préoccupations majeures du continent. Cité par 33 % des répondants parmi les trois problèmes les plus urgents à résoudre, il arrive juste derrière la santé, mentionnée par 38 % des citoyens.
L’augmentation du coût de la vie constitue également une inquiétude centrale. Près d’un quart des personnes interrogées (23 %) la considèrent comme une priorité absolue pour les pouvoirs publics. Cette inflation persistante réduit le pouvoir d’achat des ménages et accentue les difficultés sociales déjà existantes.
La pauvreté, la gestion de l’économie ainsi que la faiblesse des salaires et des revenus figurent également parmi les préoccupations majeures exprimées à travers le continent.
Près de huit répondants sur dix (79 %) déclarent avoir manqué de revenus en espèces au moins une fois au cours des douze derniers mois. Les difficultés d’accès aux soins médicaux concernent 65 % des personnes interrogées. Plus de la moitié des citoyens ont également souffert d’un manque de nourriture (58 %), d’eau potable (57 %) ou encore de combustible pour cuisiner (52 %).
Ces chiffres témoignent de la persistance de conditions de vie fragiles pour des millions d’Africains, malgré les efforts de relance économique engagés dans plusieurs pays.
À travers cette enquête, Afrobarometer rappelle que la croissance économique ne peut être considérée comme un succès que lorsqu’elle améliore effectivement les conditions de vie des populations. Or, pour une majorité d’Africains, cette promesse reste encore à concrétiser.

PAR MODIBO KONÉ

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