Depuis plusieurs jours, la ville des «Trois Caïmans» vit au rythme d’une crise énergétique sans précédent. Le manque de gasoil, nerf de la guerre pour le transport urbain et inter urbain, plonge les usagers et les conducteurs de Sotrama dans une impasse quotidienne, menaçant l’équilibre économique de la capitale. La grogne monte et l’urgence est signalée à tous les niveaux.

À Bamako, trouver du gasoil est devenu un véritable parcours du combattant. Dans les rares stations-service encore approvisionnées, les files d’attente s’étirent sur des centaines de mètres, mêlant véhicules de toutes catégories, motos-taxis et bidons en plastique.
Les forces de l’ordre sont parfois sollicitées pour contenir l’impatience des conducteurs qui passent des nuits entières sur place dans l’espoir d’obtenir quelques litres du précieux liquide. Cette situation, qui s’aggrave de jour en jour, commence déjà à perturber gravement le transport en commun. Les conséquences se font ressentir dans tous les quartiers, de la rive droite à la rive gauche.
Pour les Bamakois, le quotidien est devenu un casse-tête logistique. Les frais de déplacement explosent tandis que la qualité du service se dégrade.
« D’habitude, je paye 1000 francs pour prendre une moto-taxi de Banconi au centre-ville. Mais aujourd’hui, cela m’a coûté 1500 francs. Il faut vraiment que les décideurs fassent quelque chose », déplore un usager lassé par cette inflation soudaine. Un autre citoyen, attendant désespérément un transport, ajoute avec inquiétude : « Nous prions pour une issue heureuse, sinon les déplacements deviennent de plus en plus difficiles. »
Le secteur des transports en commun est sans doute le plus durement touché. Les célèbres «Sotrama» disparaissent progressivement des routes.
Selon Amadou Salif Diallo, secrétaire général adjoint du comité syndical des conducteurs de Sotrama de Djikoroni-Para, les chiffres sont alarmants : « Notre parc compte environ 330 Sotrama. Actuellement, plus de 100 sont à l’arrêt à cause du manque de carburant ».
Pour le syndicat, le manque à gagner est colossal. Les chauffeurs, dont le revenu dépend du nombre de rotations quotidiennes, se retrouvent sans ressources. Face à l’adversité, un élan de solidarité s’est organisé.
« Nous sensibilisons nos chauffeurs à l’entraide : que celui qui en trouve pense à son collègue », explique M. Diallo.
Ce partage de carburant, bien que symbolique, illustre la résilience des transporteurs face à l’inaction perçue des autorités.
Pour l’heure, les yeux sont rivés sur les camions-citernes attendus aux frontières, dans l’espoir d’un retour à la normale imminent.

Par Abdoulaye OUATTARA

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