La rencontre de plaidoyer et de défense des besoins humanitaires du Mali s’est tenue le 15 mai 2026 au Palais des Nations à Genève (Salle XII), sous la forme d’un [briefing officiel destiné aux États membres de l’ONU. L’événement a été officiellement mené par la ministre de la Santé et du Développement social, le médecin Colonel-major Assa Badiallo TOURÉ, afin de présenter et défendre le Plan de réponse humanitaire 2026 du pays.
L’Objectif principal était d’Alerter la communauté internationale et mobiliser d’urgence les financements face à une crise de financement critique. Au premier trimestre 2026, à peine 9 % des fonds requis avaient été collectés auprès des bailleurs de fonds.
Clés de notre réponse
humanitaire
Les priorités défendues par la ministre de la Santé et du Développement social étaient axées sur trois piliers majeurs. Ces axes représentent la stratégie du Mali pour répondre à l’urgence tout en essayant de préserver la souveraineté du pays :
Premier pilier : L’aide d’urgence directe aux populations les plus vulnérables
Ce pilier répond à l’impératif de survie immédiate dans un contexte de déplacements massifs de populations. Les attaques de grande envergure subies par le Mali ont provoqué de nouvelles vagues de déplacés internes qui arrivent démunis dans les zones de refuge.
– La distribution alimentaire et nutritionnelle d’urgence : La priorité absolue est de fournir des rations alimentaires de base et des suppléments nutritionnels pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes ou allaitantes, particulièrement touchés par la malnutrition aiguë sévère dans les régions du Nord et du Centre (comme Ménaka, Gao et Mopti).
– L’accès immédiat à l’eau potable et aux abris : Il s’agit de distribuer des «kits de dignité» et des abris temporaires d’urgence, mais surtout d’installer des points d’eau rapides (camionnage de l’eau, forages d’urgence) pour éviter la propagation de maladies hydriques dans les camps de déplacés et les communautés d’accueil saturées.
– La protection des civils : Ce volet inclut l’assistance psychosociale pour les traumatisés de guerre et la prise en charge des mécanismes de regroupement familial pour les enfants séparés de leurs parents lors des fuites précipitées après les attaques.
Deuxième Pilier : Le maintien de la gratuité des soins dans les zones de crise
C’est le pilier le plus politique et le plus protecteur défendu par les autorités de la transition. Dans les régions en conflit, le système de santé s’effondre et les populations n’ont plus aucun revenu pour se soigner.
– La gratuité totale des soins de santé primaires : Le Mali insiste pour que l’aide internationale finance l’achat de médicaments essentiels afin que les consultations, les accouchements et les traitements de base (paludisme, infections respiratoires, diarrhées) restent entièrement gratuits pour les populations des zones prioritaires.
– L’approvisionnement des structures de santé locales : Face aux destructions de centres de santé lors des récents combats, ce sous-axe vise à acheminer d’urgence des intrants médicaux (kits chirurgicaux, blocs opératoires mobiles, vaccins) vers les hôpitaux régionaux et les centres de santé de référence (CSRef) pour qu’ils continuent de tourner malgré l’asphyxie financière.
– Le soutien au personnel de santé résilient : Le plan prévoit d’utiliser une partie des fonds pour soutenir, sécuriser et maintenir le personnel médical national (médecins, infirmiers, sages-femmes) qui a choisi de rester dans les zones d’insécurité, évitant ainsi un désert médical total dans le Centre et le Nord du pays.
Troisième Pilier : Le déploiement de projets durables pour résister aux chocs climatiques
C’est ici que se joue le bras de fer avec les donateurs. Alors que les pays occidentaux veulent se limiter aux piliers A et B (les urgences), le Mali considère ce troisième pilier comme vital pour ne pas rester éternellement dépendant de l’aide internationale. Le pays subit de plein fouet le changement climatique (sécheresses prolongées suivies d’inondations brutales).
– Le renforcement des moyens de subsistance autonomes : Au lieu de simplement distribuer des sacs de riz, ce volet prévoit de fournir des semences à cycle court (résistantes à la sécheresse), des outils agricoles et du bétail aux populations retournées ou résilientes pour qu’elles puissent produire leur propre nourriture.
– Des infrastructures hydrauliques durables : Financer des forages profonds alimentés par l’énergie solaire. Ces infrastructures permettent à la fois d’assurer l’eau potable pour les humains, l’abreuvage du bétail (pastoralisme) et le maraîchage d’appoint, réduisant les conflits intercommunautaires liés à la rareté des ressources.
– Les systèmes d’alerte précoce communautaires : Structurer et outiller les communautés locales pour qu’elles anticipent les chocs (prévisions météorologiques, gestion des stocks de sécurité de céréales au niveau des villages). L’idée est de créer un bouclier communautaire pour que les populations ne basculent pas dans la crise humanitaire aiguë au moindre retard de pluie.

Le gouvernement malien a exprimé sa Reconnaissance des partenaires et a salué l’engagement continu des acteurs humanitaires présents sur le terrain, tout en rappelant que l’État alloue chaque année des enveloppes budgétaires sectorielles pour soutenir la planification nationale.
Cette réunion de plaidoyer s’est déroulée dans un contexte sécuritaire et humanitaire particulièrement dégradé au Mali :
– Besoins globaux : Le Plan de réponse humanitaire de l’ONU cible 3,8 millions de personnes prioritaires sur les 5,1 millions de Maliens exprimant un besoin d’assistance, nécessitant une enveloppe globale estimée à environ 329,2 millions de dollars.
– Recrudescence des violences : La présentation intervient quelques jours seulement après des attaques terroristes coordonnées d’envergure menées par la coalition JNIM-FLA le 25 avril 2026. Ces assauts ont durement touché les régions de Mopti, Gao, Kidal et Ménaka, endommageant des écoles, détruisant des centres de santé et provoquant de nouveaux déplacements massifs de population.
Les Nouvelles conditionnalités de l’aide humanitaire
Les retours et discussions qui ont suivi la présentation de Mme la ministre de la Santé et du Développement social, le médecin Colonel-major Assa Badiallo TOURÉ, mettent en lumière une dynamique complexe entre l’urgence des besoins sur le terrain et la prudence des bailleurs internationaux.
Les réactions des pays partenaires et des organisations internationales se structurent autour de cinq (5) axes principaux :
Primo : Inquiétude majeure face l’insécurité croissante
Les délégations occidentales et les agences onusiennes ont exprimé une vive préoccupation face à la dégradation sécuritaire brutale constatée depuis les attaques terroristes coordonnées du 25 avril 2026.
– Cibles civiles et humanitaires : Les partenaires ont fermement condamné les vagues d’attaques coordonnées menées par les groupes armés terroristes du JNIM et FLA. Le ciblage répété des infrastructures essentielles (écoles, hôpitaux) et les restrictions de mouvement imposées aux populations ont été au cœur des interventions.
– Risques sanitaires accrus : Les Nations unies (notamment l’UNICEF) ont profité de l’audience pour alerter sur des urgences sanitaires spécifiques, comme l’activation des procédures d’urgence suite à la détection récente de cas de poliomyélite dérivée dans la région de Ménaka.
Secundo : Le dilemme du financement : Une aide très ciblée
Face au constat alarmant des 9 % de financements reçus au premier trimestre, les pays donateurs n’ont pas immédiatement annoncé de rallonges budgétaires massives globales, mais ont plutôt insisté sur la restructuration du plan.
En d’autres termes, face à un financement de 9 % au premier trimestre, les pays donateurs refusent de fournir une aide globale et imposent une restructuration ciblant exclusivement l’aide d’urgence vitale, délaissant le développement à long terme. Cette approche chirurgicale limite le financement aux besoins immédiats de survie, forçant une réduction des bénéficiaires tout en marquant une désapprobation politique envers notre pays.
En français facile, les pays riches et les donateurs internationaux refusent de signer un «chèque en blanc» pour le Mali. Face au manque d’argent, ils changent radicalement de méthode. Ce qui veut dire :
Finis les plans globaux, place au «tri» des urgences
Auparavant, l’aide humanitaire essayait de tout financer en même temps : soigner les blessés de guerre, mais aussi réparer les routes, construire des écoles ou creuser des puits à long terme.
Aujourd’hui, l’argent manque cruellement. Les donateurs imposent donc un ciblage ultra-strict :
-Ce qui est financé d’urgence c’est uniquement la survie immédiate (nourriture pour les familles qui fuient les combats, chirurgie de guerre, soins vitaux).
-Ce qui est mis de côté c’est les projets de développement à long terme (écoles, infrastructures, projets économiques). Les pays partenaires estiment que ces chantiers chroniques relèvent du budget de l’État malien et non de l’aide d’urgence.
Une baisse volontaire du nombre de bénéficiaires
Pour rendre le plan «crédible» aux yeux des donateurs, notre pays et l’ONU ont dû réduire la liste des personnes à aider. En clair, même si 5,1 millions de Maliens ont besoin d’aide, le plan officiel a été resserré sur 3,8 millions de personnes prioritaires. L’objectif est de demander moins d’argent (329 millions de dollars) pour avoir plus de chances de l’obtenir.

Une méfiance politique et sécuritaire
Ce refus de donner massivement cache aussi une réalité politique :
-Le contrôle des fonds : Les donateurs veulent être certains que leur argent va directement aux civils et ne sera pas récupéré ou bloqué par les autorités de la transition sur le terrain.
-Le message diplomatique : En limitant l’aide au strict minimum vital, certains pays partenaires envoient le signal qu’ils ne soutiendront pas financièrement la politique globale de la transition dans notre pays, tout en refusant de laisser mourir de faim les populations.
En résumé, notre pays réclamait une aide globale pour stabiliser le pays, mais les donateurs ont répondu qu’ils ne paieront que pour les pansements les plus urgents.

Tertio : Approbation du recentrage stratégique :
Plusieurs partenaires financiers ont salué l’effort méthodologique du Mali et d’OCHA, qui ont réduit de près de 20 % les cibles globales par rapport à 2025. Les donateurs privilégient désormais un financement chirurgical axé uniquement sur les «chocs immédiats» (conflits, pics climatiques) plutôt que sur la gestion des vulnérabilités structurelles chroniques.
En d’autres termes, cela signifie que les Nations Unies (OCHA) et le Mali ont dû faire un tri douloureux mais réaliste pour convaincre les donateurs de donner de l’argent. Quel a été deal ?

Une réduction stricte du nombre de personnes aidées
Plutôt que de présenter une liste immense de personnes à aider, le Mali et l’ONU ont délibérément enlevé 20 % de personnes de leur liste de priorités par rapport à l’année dernière.
– Avant : On essayait d’aider toutes les personnes en difficulté (pauvreté, manque d’écoles, etc.).
– Aujourd’hui : On ne garde que les personnes en danger de mort immédiat. C’est ce que les partenaires appellent un « effort méthodologique » : le plan est plus petit, donc plus crédible à financer.
Financer le « choc » plutôt que la « pauvreté » : Les donateurs refusent désormais de financer la pauvreté chronique (qui dure depuis des années). Ils veulent faire de la « chirurgie » humanitaire :
– Ce qu’ils acceptent de payer (les chocs) : Une aide immédiate après un événement brutal. Par exemple, fournir des tentes et des rations à un village qui vient d’être attaqué, ou de l’eau potable juste après une grave inondation.
– Ce qu’ils refusent de payer (les vulnérabilités chroniques) : Les problèmes de fond. Par exemple, construire un système de santé solide, créer des emplois ou lutter contre la malnutrition de long terme. Pour les bailleurs de fonds, régler ces problèmes de fond est le travail du gouvernement malien, pas celui de l’aide humanitaire d’urgence.
En français facile, les pays donateurs ont félicité notre pays d’avoir réduit ses ambitions. Ils disent en substance : « Puisque vous demandez de l’argent pour moins de gens et uniquement pour des urgences de vie ou de mort, le plan est plus réaliste. Nous préférons payer peu mais précisément, plutôt que de financer le développement de tout le pays. »

Quarto : Exigence d’accès et de sécurité
Les pays partenaires ont rappelé que le déblocage et l’efficacité des fonds dépendent directement de la capacité des humanitaires à accéder en toute sécurité aux 97 cercles prioritaires identifiés.
En d’autres termes, cela signifie que les pays donateurs posent une condition stricte : pas d’accès sécurisé sur le terrain, pas d’argent. Ils refusent de financer une aide humanitaire qui risquerait de rester bloquée dans des entrepôts à Bamako ou de tomber entre de mauvaises mains. Toutes choses qui impliquent concrètement :

Un chantage à la sécurité
Comme la Minusma, les donateurs disent au gouvernement de la transition : «Nous avons l’argent, mais c’est à vous de sécuriser les routes et les zones de distribution.» Pour que les fonds soient débloqués, l’armée malienne et ses partenaires doivent garantir que les convois humanitaires ne seront pas attaqués par des groupes armés terroristes, et qu’ils pourront atteindre les 97 cercles (les divisions administratives) les plus touchés par la crise.
Le refus du blocage administratif ou militaire
Parfois, sur le terrain, les humanitaires sont bloqués par des formalités administratives, des interdictions de survol, ou des restrictions de déplacement imposées par l’armée pour des raisons d’opérations militaires. Les pays partenaires rappellent ici que si les ONG et l’ONU ne peuvent pas circuler librement et de manière indépendante pour évaluer les besoins, les financements seront suspendus.
La peur du détournement de l’aide
Dans les zones de conflit, le risque est grand que la nourriture, les médicaments ou le carburant soient volés par des groupes terroristes ou réutilisés à des fins militaires. En exigeant un accès sûr, les donateurs veulent s’assurer que les travailleurs humanitaires pourront vérifier eux-mêmes que chaque sac de riz ou chaque vaccin va directement et uniquement aux civils qui en ont besoin.
En français facile, les pays partenaires disent clairement au nôtre : « Nous ne financerons que ce que nous pouvons voir et distribuer en toute sécurité. La balle est dans votre camp pour ouvrir les accès et protéger les humanitaires. »
Quinto : Appels à la vigilance sur le terrain politique et médiatique
– La question de l’espace humanitaire : Des représentants de pays européens ont rappelé la nécessité de préserver la neutralité de l’aide humanitaire afin qu’elle ne soit pas instrumentalisée dans le cadre des opérations militaires en cours.Prompt : En d’autres termes cela veut dire quoi exactement ?
– Contre-offensive informationnelle : En marge des discussions purement humanitaires, la délégation de notre pays a quant à elle fermement invité les partenaires et la communauté internationale à ne pas céder à ce qu’elle qualifie de «guerre informationnelle». Le Mali accuse certains canaux extérieurs de manipuler les chiffres ou les récits des récents combats pour tenter de projeter une fausse image d’effondrement de l’État malien.
Le plaidoyer stratégique solide
En d’autres termes pour imposer le financement global de ses trois piliers (Urgence, Gratuité des soins, Projets durables) face au scepticisme des donateurs à Genève, le médecin Colonel-major Assa Badiallo TOURÉ a déployé une argumentation technique solide. Elle a stratégiquement lié l’efficacité de l’aide d’urgence à long terme à l’autonomie du Mali à travers quatre arguments techniques majeurs qu’elle a opposés aux bailleurs de fonds :

1. Le calcul mathématique de l’échec du « tout-urgence » (Ciblage du Pilier C)
La ministre a retourné l’argument budgétaire des donateurs contre eux-mêmes en démontrant une absurdité financière :
– Le coût de la dépendance permanente : Distribuer des rations alimentaires d’urgence chaque année à une même communauté coûte, sur trois ans, quatre fois plus cher que de financer une seule fois un forage solaire et des semences résilientes.
– L’argument technique : Financer uniquement l’urgence (Piliers A et B) sans le Pilier C condamne les donateurs à payer indéfiniment. Les projets durables ne sont pas du luxe ou du « développement lointain », mais le seul moyen technique de réduire le nombre de bénéficiaires à l’avenir et de faire baisser la facture de l’aide internationale.

2. L’imbrication technique entre Santé, sécurité et Paix (Ciblage du Pilier B)
Face aux bailleurs qui estiment que le financement des hôpitaux publics relève du budget de l’État, Mme la ministre a opposé deux réalités de terrain :
– Le bouclier contre l’enrôlement : Dans les zones de crise, un centre de santé fermé ou payant pousse les populations désespérées vers les réseaux de soutien des groupes armés terroristes, qui utilisent l’offre de soins comme outil de recrutement.
– L’argument technique : Maintenir la gratuité des soins via les structures de l’État (Pilier B) est une mesure de stabilisation humanitaire directe. Techniquement, un personnel de santé national maintenu sur place coûte moins cher et possède un accès sécurisé bien plus stable que le déploiement d’équipes médicales internationales expatriées.

3. La validation par les données d’OCHA (Le contre-argument de la rigueur)
Pour contrer le procès en «mauvaise gestion» ou en manque de transparence souvent fait aux États en transition comme le nôtre, Mme la ministre de la santé et du développement social a utilisé les propres outils de l’ONU :
– Une méthodologie indiscutable : Le Plan de réponse humanitaire 2026 n’a pas été rédigé unilatéralement par le Mali, mais conjointement avec le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).
– L’argument technique : La réduction de 20 % des cibles par rapport à 2025 prouve que le Mali a déjà fait l’effort de rationalisation demandé. Refuser de financer un plan déjà trié et validé techniquement par les agences onusiennes relèverait de la mauvaise foi politique et non d’une contrainte budgétaire.

4. L’urgence climatique comme multiplicateur de conflit
Notre ministre a rappelé aux donateurs que le Mali subit une double peine : la guerre et le dérèglement climatique.
– Le lien technique choc climatique / choc sécuritaire : Les données cartographiques montrent que les déplacements de populations de l’extrême Nord vers le Centre sont d’abord déclenchés par l’assèchement des points d’eau pastoraux, ce qui crée ensuite des conflits intercommunautaires mortels pour l’accès aux terres résiduelles.
– L’argument technique : Traiter le conflit sans traiter le choc climatique est une hérésie technique. Le Pilier C (infrastructures hydrauliques) est l’anticipation obligatoire pour éviter que de nouvelles crises humanitaires n’éclatent dans les mois à venir.
Les marges de manœuvre du gouvernement
Le gouvernement de transition se retrouve dans une équation extrêmement complexe : affirmer urbi et orbi la souveraineté de notre pays tout en gérant une crise humanitaire aiguë. Sa marge de manœuvre des plus étroites, pourrait s’articuler autour de trois leviers principaux :

– Le contrôle strict pour éviter l’ingérence :
Les nouvelles dispositions de contrôle des ONG prises par notre pays visent à s’assurer que l’aide humanitaire n’est pas utilisée comme un outil d’influence politique ou d’espionnage par des puissances étrangères. La marge de manœuvre consiste ici à trier les organisations : autoriser celles qui acceptent la supervision de l’État et suspendre celles jugées trop proches des agendas occidentaux.
– La diversification des partenariats :
Pour desserrer l’étau du chantage à l’aide, le gouvernement tente de se tourner vers de nouveaux partenaires stratégiques (comme la Russie, la Chine ou la Turquie). Cependant, si ces pays fournissent une aide militaire ou des investissements économiques, ils n’ont pas la structure ni les budgets pour remplacer l’aide humanitaire d’urgence (nourriture, santé de base), historiquement portée par le système onusien et occidental.
– La nationalisation de la réponse :
Notre pays met en avant ses propres enveloppes budgétaires sectorielles pour prouver qu’il n’attend pas tout de l’extérieur. Mais face à une conjoncture économique difficile, le budget national est massivement absorbé par l’effort de guerre, limitant la capacité de l’État à couvrir seul les besoins de 3,8 millions de personnes prioritaires.

Aide humanitaire ou Plan de déstabilisation ?
La question de savoir si la conditionnalité de l’aide participe à un plan de déstabilisation fait l’objet d’un affrontement narratif total entre notre pays et les capitales occidentales.

1. La gestion du risque financier et juridique
Les pays donateurs justifient leur prudence par des règles de gestion strictes :
– La responsabilité devant leurs propres contribuables : Les gouvernements occidentaux doivent justifier devant leurs parlements que l’argent public envoyé à l’étranger est traçable. Si une ONG ne peut pas vérifier qui reçoit l’aide, le financement est légalement coupé.
– Le refus de financer indirectement l’effort de guerre : Les donateurs craignent que le carburant, les camions ou les vivres humanitaires soient réquisitionnés ou profitent indirectement aux forces armées maliennes ou à leurs partenaires de sécurité russes.
– Le principe de neutralité : Pour l’ONU, l’aide doit être distribuée de manière indépendante des objectifs militaires de notre pays, ce qui entre en contradiction directe avec la volonté de centralisation de l’État souverain du Mali.

2. Une arme de guerre hybride
Pour les autorités de la transition et une grande partie de l’opinion publique malienne et panafricaine, les conditions posées à Genève (accès, sécurité, neutralité) ne sont pas purement techniques, mais politiques. Selon cette vision, la conditionnalité imposée pour bénéficier de l’aide humanitaire cache :
– Une punition politique : Les pays occidentaux (notamment la France et l’Union européenne) utiliseraient l’arme financière pour punir notre pays d’avoir rompu ses accords de défense avec l’Occident et d’avoir chassé la mission de l’ONU (MINUSMA).
– L’entretien du chaos : En rationnant l’aide à seulement 9 % des besoins au premier trimestre et en ciblant uniquement des «micro-urgences», les Occidentaux entretiendraient une situation de détresse sociale. L’objectif caché est de pousser les populations à bout à une fatigue sociale pour provoquer des révoltes internes et déstabiliser le régime de transition.
– Le procès en sorcellerie médiatique : L’insistance sur l’insécurité des «97 cercles» est perçue par Bamako comme une volonté de discréditer les victoires militaires de l’armée malienne (FAMa) sur le terrain, en faisant croire que l’État ne contrôle plus le territoire.

En somme, notre pays est pris au piège d’une guerre d’usure géopolitique. Les autorités de transition tentent de plier l’aide internationale à leurs règles de souveraineté, tandis que les donateurs occidentaux utilisent le robinet financier pour maintenir une capacité d’influence et de contrôle.
Comme le disait feu Moussa Traoré, « L’aide la plus noble et la plus utile est celle qui proviendra de nous-mêmes. L’aide la plus utile c’est celle qui nous permet de se départir de l’aide ». Wa an tèèè, an sébékoro tèèè !

LA RÉDACTION

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *