Armed Conflict Location & Event Data Project (Projet de Données sur les Lieux et Événements de Conflits Armés), l’une des sources les plus utilisées par les chercheurs, les organisations humanitaires, les médias et les gouvernements pour suivre les conflits et la référence la plus fiable et la plus à jour, a publié le rapport « Jihadist groups pose a growing and expanding threat in Africa » a été publié le 13 mai 2026.
C’est une analyse détaillée d’ACLED sur l’escalade des groupes jihadistes en Afrique (dont le JNIM), avec un focus sur leur renforcement militaire, les attaques contre les forces armées nationales, l’utilisation de drones, les tactiques de blocus, etc. Le groupe djihadiste Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin est aujourd’hui la menace sécuritaire la plus grave à laquelle notre pays est confronté depuis le début de la crise de 2012. Les rapports récents d’ACLED publiés en avril et ce 13 mai 2026 montrent une montée en puissance spectaculaire de l’organisation djihadiste, capable désormais de mener des offensives coordonnées à l’échelle nationale.
Entre la poursuite de l’effort militaire et l’hypothèse d’approches politiques ou nationales de désescalade, aucune option ne semble offrir, à elle seule, une solution complète. Le cœur du problème réside donc moins dans le “si” que dans le “comment” : comment répondre à une insurrection devenue système hybride, à la fois militaire, territorial et politique, sans aggraver davantage les fractures existantes ?
En épluchant ce rapport d’ACLED, on a un aperçu sur l’impact des récentes actions de l’organisation djihadiste contre notre pays ainsi que sur la menace qu’elle constitue pour lui. La question n’est pas pouvons-nous en sortir (an be bo jakuya), mais comment ? Par le Dialogue ou par les armes ? Au regard de la situation, quelles sont les pistes de solutions de sortie de crise ?
Les principaux constats accablants
Les dernières évaluations sécuritaires publiées par plusieurs centres d’analyse internationaux dressent un constat particulièrement préoccupant sur l’évolution de la menace djihadiste au Mali. Les récents rapports d’ACLED ainsi que plusieurs analyses universitaires montrent que le JNIM a franchi un nouveau seuil stratégique en 2026.
Les attaques terroristes coordonnées menées entre le 25 et le 26 avril 2026 constituent un tournant majeur dans la guerre imposée à notre pays. Contrairement aux offensives classiques observées ces dernières années dans les zones rurales ou périphériques, les assauts ont visé simultanément plusieurs points stratégiques du pays : Bamako, Kati, Gao, Mopti, Sévaré et Kidal. Cette synchronisation démontre une montée spectaculaire des capacités opérationnelles du groupe. Selon plusieurs analystes, l’objectif n’était pas seulement militaire, mais également psychologique : montrer, comme en juillet 2025, que le JNIM peut désormais frapper à l’échelle nationale et remettre en cause le sentiment de sécurité jusque dans les centres du pouvoir.
Le cas de Kati est particulièrement symbolique. Cette ville, considérée comme le cœur militaire du Mali, représente depuis des décennies un verrou stratégique du pouvoir. Le fait que des réseaux liés au JNIM aient pu menacer cet espace révèle une évolution inquiétante de la guerre. Le groupe ne se contente plus d’opérer dans les espaces désertiques ou forestiers ; il démontre désormais une capacité de projection urbaine et de coordination inter-fronts rarement observée auparavant.
Le JNIM a profondément transformé sa méthode de combat. Le mouvement combine aujourd’hui guérilla mobile, infiltration communautaire, guerre de l’information, sabotage logistique et opérations psychologiques. Cette hybridation du conflit rend la réponse militaire beaucoup plus complexe. Même lorsque l’armée reprend certaines positions, les groupes armés conservent une forte capacité de nuisance grâce à leur mobilité et à leur enracinement local.
Autre évolution majeure : la coopération tactique observée entre le JNIM et le Front de Libération de l’Azawad (FLA). Cette convergence entre groupes djihadistes et rebelles indépendantistes inquiète fortement les observateurs. Elle repose moins sur une fusion idéologique que sur des intérêts stratégiques communs : affaiblir l’État central, ouvrir plusieurs fronts simultanément et compliquer davantage les opérations militaires des FAMa et leurs alliés dans le Nord.
Au regard de l’immensité du territoire, de la multiplication des fronts et l’extrême mobilité des groupes armés, peut-on alléguer les limites de notre dispositif sécuritaire malien malgré le renforcement des capacités militaires, les acquisitions d’équipements, les frappes aériennes et l’appui des partenaires russes ainsi que de l’Alliance des États du Sahel ? Pas vraiment.
Mais ACLED insiste sur la régionalisation croissante de la menace. Le Mali n’est plus un théâtre isolé. Les réseaux djihadistes circulent désormais entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, avec des connexions vers les États côtiers ouest-africains. Cette dimension transfrontalière transforme progressivement la crise sécuritaire de notre pays en une véritable crise sécuritaire sahélienne et régionale.
Quelle menace représente réellement le JNIM ?
Réduire aujourd’hui le JNIM à un simple groupe terroriste serait une erreur d’analyse majeure. Après plus d’une décennie de conflit, l’organisation a profondément évolué. Elle ne constitue plus uniquement une menace sécuritaire ponctuelle, mais un système politico-militaire capable d’exploiter les failles de l’État à plusieurs niveaux simultanément : militaire, territorial, politique et psychologique.
Sur le plan militaire, le JNIM a progressivement abandonné la logique classique des affrontements frontaux prolongés. Le groupe privilégie désormais une guerre de mobilité et d’usure. Ses combattants terroristes se déplacent rapidement à moto ou en pick-up, frappent des positions ciblées puis disparaissent avant l’arrivée des renforts. Cette stratégie permet au mouvement djihadiste d’éviter les pertes massives tout en maintenant une pression permanente sur les forces armées maliennes.
Les attaques coordonnées observées en 2026 révèlent également une sophistication nouvelle. Plusieurs opérations ont montré une capacité de synchronisation entre différentes katibas opérant parfois à des centaines de kilomètres les unes des autres. L’utilisation combinée d’engins explosifs improvisés, de drones de reconnaissance, d’embuscades logistiques et d’attaques suicides démontre une montée en compétence tactique inquiétante, selon ACLED.
Mais le véritable danger réside peut-être ailleurs : dans la capacité du JNIM à transformer progressivement certains territoires en espaces de gouvernance parallèle.
Dans plusieurs zones rurales du Centre et du Nord, l’État est devenu quasi invisible. Les écoles ferment sous la menace, les agents administratifs quittent leurs postes, les centres de santé cessent de fonctionner et les axes routiers deviennent trop dangereux pour les transports réguliers. Ce vide institutionnel ouvre un espace que le JNIM exploite méthodiquement.
Le groupe impose parfois ses propres règles de justice, collecte des taxes, arbitre des conflits fonciers ou pastoraux et régule certaines activités économiques locales. Dans certaines localités, des habitants finissent par se tourner vers ces structures parallèles moins par adhésion idéologique que par absence d’alternative étatique crédible. C’est là que réside la dimension la plus inquiétante du phénomène : le JNIM ne cherche pas uniquement à détruire notre État ; il tente progressivement de s’y substituer.
Cette stratégie repose largement sur l’exploitation des fractures sociales et politiques, malheureusement, dans notre pays. Le groupe prospère dans les zones marquées par les tensions communautaires, les conflits entre agriculteurs et éleveurs, les rivalités locales ou le sentiment d’abandon des populations rurales. Chaque abus commis contre des civils, chaque injustice foncière non résolue, chaque corruption administrative devient un levier de propagande pour les groupes armés.
Dans plusieurs localités, le JNIM se présente comme une force capable d’imposer un ordre là où l’administration publique apparaît absente ou inefficace. Cette approche lui permet parfois de gagner des soutiens locaux, des complicités ou au minimum une forme de tolérance contrainte.
La guerre menée par le JNIM est donc autant politique que militaire.
À cela s’ajoute une dimension psychologique devenue centrale dans la stratégie du JNIM. Les attaques ou menaces visant Bamako et surtout Kati avaient une portée hautement symbolique. Kati représente historiquement le cœur de notre pouvoir militaire. Montrer que cet espace peut être infiltré ou menacé revient à fragiliser la perception même de la sécurité nationale.
Dans les conflits asymétriques modernes, la perception compte souvent autant que les gains territoriaux. Une attaque spectaculaire, même limitée militairement, peut produire un impact psychologique immense sur les populations, les investisseurs, les institutions et les forces armées elles-mêmes.
Le JNIM semble parfaitement avoir intégré cette logique. À travers les réseaux sociaux, les vidéos de propagande, les communiqués et la diffusion rapide d’images d’attaques, le groupe terroriste cherche à construire une image de puissance et d’invincibilité.
Le danger pour notre pays n’est donc pas uniquement celui d’une avancée militaire djihadiste classique. Le véritable risque réside dans l’enlisement progressif d’un conflit où l’État perdrait peu à peu son autorité réelle sur certaines portions du territoire, pendant que les groupes armés consolideraient leur enracinement social, économique et psychologique.
Le dialogue avec le JNIM est-il une solution viable ?
Depuis plusieurs années, une question revient avec insistance dans les cercles politiques, religieux et sécuritaires dans notre pays : peut-on réellement mettre fin à la guerre sans dialoguer avec le JNIM ? Longtemps tabou, le débat s’est progressivement imposé à mesure que le conflit s’enlise et que les offensives djihadistes gagnent en intensité.
Les partisans du dialogue avancent d’abord un constat simple : malgré les opérations militaires, les changements d’alliances internationales, le renforcement des capacités de l’armée et les offensives répétées contre les groupes armés, le conflit continue de s’étendre. Pour eux, la solution exclusivement sécuritaire montre aujourd’hui ses limites.
Cette position s’appuie également sur une réalité souvent rappelée par plusieurs médiateurs locaux : une partie importante des combattants du JNIM sont des Maliens enracinés dans les dynamiques sociales du pays. Beaucoup sont issus des régions rurales du Centre ou du Nord et ont rejoint les groupes armés dans des contextes marqués par les conflits communautaires, la pauvreté, les frustrations locales ou les abus sécuritaires.
Dans certaines zones, des accords tacites ont déjà permis des accalmies temporaires. Des écoles ont rouvert, des marchés ont repris leurs activités et certaines routes ont été sécurisées grâce à des arrangements locaux négociés discrètement entre leaders communautaires, autorités religieuses et combattants armés. Les défenseurs du dialogue rappellent aussi que tous les foras ont prôné le dialogue depuis 10 ans.
Mais derrière ces arguments se cachent de profondes inquiétudes.
Le principal obstacle reste la nature même du JNIM. Le groupe inscrit dans une logique idéologique transnationale dépassant largement les seules revendications locales maliennes. Pour de nombreux observateurs, cette dimension complique considérablement toute perspective de compromis durable.
Plusieurs analystes redoutent également que le dialogue ne soit utilisé comme une manœuvre stratégique par les groupes djihadistes. Une négociation pourrait offrir au JNIM le temps de se réorganiser, de renforcer ses réseaux ou d’obtenir une forme de reconnaissance politique sans renoncer réellement à ses objectifs militaires.
La question de l’acceptabilité sociale pose aussi problème. Une partie importante de la population, notamment les victimes d’attaques terroristes, rejette catégoriquement toute idée de négociation avec les groupes djihadistes. Pour ces citoyens, dialoguer reviendrait à légitimer des organisations responsables de massacres, d’assassinats ciblés et de destructions massives. Sans compter que cela constituerait aux yeux d’un partie de l’opinion nationaliste un désaveu pour les forces de défense et de sécurité.
À cela s’ajoute une interrogation fondamentale : que demanderait réellement le JNIM en échange d’un cessez-le-feu durable ? L’application stricte de la charia ? Le retrait de certaines forces militaires ? Une autonomie territoriale implicite ? Plusieurs de ces exigences pourraient entrer en contradiction directe avec les fondements de l’État républicain malien.
Dans les coulisses sécuritaires, certains experts considèrent désormais qu’un dialogue localisé paraît plus réaliste qu’une négociation politique globale avec la direction du mouvement. Des arrangements communautaires ciblés pourraient réduire temporairement certaines violences sans pour autant reconnaître officiellement le JNIM comme acteur politique national.
Le véritable dilemme pour le Mali reste donc entier : comment explorer des voies de désescalade sans fragiliser davantage l’autorité de l’État ni offrir aux groupes armés une victoire politique qu’ils n’auraient pas obtenue militairement ?
Jusqu’à quand le Mali
peut-il tenir ?
La question revient désormais dans les débats sécuritaires, diplomatiques et militaires : le Mali peut-il encore contenir durablement la pression du JNIM et des autres groupes armés djihadistes appuyés par leurs sponsors ? Derrière cette interrogation se cache moins le risque d’un effondrement brutal de l’État que celui d’une lente usure nationale.
Car contrairement à certains scénarios catastrophistes, le Mali conserve encore plusieurs piliers de résilience importants. L’État dispose d’une armée nationale structurée, numériquement conséquente et fortement engagée sur le terrain. Malgré les pertes et les difficultés opérationnelles, les Forces armées maliennes continuent de mener des offensives régulières et conservent le contrôle des principales villes ainsi que des institutions centrales du pays.
Le pouvoir bénéficie également d’un fort sentiment patriotique alimenté par le discours souverainiste des autorités de transition. Une partie importante de la population soutient toujours l’idée d’une résistance nationale face aux groupes djihadistes et rejette totalement toute perspective d’un pouvoir islamiste armé. Cette adhésion populaire constitue un facteur majeur de stabilité politique.
La coopération militaire au sein de l’Alliance des États du Sahel représente aussi un levier stratégique important. Les coordinations sécuritaires avec le Burkina Faso et le Niger permettent désormais des échanges de renseignement, des opérations conjointes et une approche régionale face à une menace devenue transfrontalière, notamment dans la zone des trois frontières. À cela s’ajoutent les capacités aériennes renforcées acquises ces dernières années, notamment les drones et les frappes de précision qui ont modifié certains équilibres tactiques.
Mais derrière ces éléments de résistance se dessinent des fragilités profondes.
La première est celle de l’usure. Notre pays entre progressivement dans une guerre longue. Or, les conflits prolongés finissent souvent par épuiser les États bien au-delà du terrain militaire. L’économie souffre, les dépenses sécuritaires explosent, les investissements ralentissent et les déplacements massifs de populations aggravent la pression sociale dans plusieurs régions.
L’affaiblissement progressif de l’administration constitue un autre signal préoccupant. Dans certaines zones rurales, l’État n’existe plus que symboliquement. Les écoles ferment, les services publics disparaissent et les autorités locales abandonnent parfois leurs postes sous la menace sécuritaire. Ce vide administratif favorise l’implantation durable des groupes armés.
Le risque principal n’est donc pas forcément une prise spectaculaire de Bamako, mais une fragmentation lente du territoire national. Plusieurs analystes évoquent désormais un scénario comparable à certains conflits de longue durée observés en Afghanistan ou en Somalie : un État qui survit dans les centres urbains tout en perdant progressivement son contrôle réel sur des espaces périphériques entiers.
Aujourd’hui, plusieurs centres d’analyse estiment que sans solution politique globale, le conflit pourrait encore durer entre cinq et quinze ans. Le véritable danger pour notre pays n’est peut-être pas une défaite militaire immédiate, mais l’installation progressive d’un conflit chronique capable d’épuiser durablement l’État, l’économie et la cohésion nationale.
Quelles pistes de sortie
de crise ?
Après plus d’une décennie de conflit, une réalité s’impose progressivement dans les cercles sécuritaires sahéliens : le JNIM est le mal malien pour longtemps. Les offensives armées peuvent affaiblir temporairement les groupes djihadistes, éliminer certains chefs ou reprendre des localités stratégiques, mais elles ne suffisent pas à éradiquer les causes profondes qui alimentent l’insurrection.
La première urgence pour le Mali reste donc la restauration concrète de l’État dans les territoires fragilisés. Dans de nombreuses zones rurales du Centre et du Nord, l’administration a pratiquement disparu. Les écoles ferment, les centres de santé cessent de fonctionner, les magistrats quittent leurs postes et les préfets deviennent absents. Comme souligné plus haut, ce vide institutionnel crée un terrain favorable à l’implantation des groupes armés qui apparaissent parfois comme les seuls acteurs capables d’imposer un ordre local.
Le retour de l’État ne peut donc pas être uniquement militaire. Il doit aussi être administratif, judiciaire, social et économique. Car chaque école fermée ou service public abandonné devient indirectement un espace laissé à la propagande djihadiste.
Les experts sécuritaires insistent également sur une autre dimension cruciale : la protection des civils. Dans les guerres asymétriques modernes, les abus commis contre les populations constituent souvent l’un des principaux moteurs du recrutement armé. Chaque exaction réelle ou supposée, chaque arrestation arbitraire ou disparition alimente les cycles de vengeance et renforce les récits anti-étatiques exploités par le JNIM.
La discipline militaire devient donc un enjeu stratégique autant qu’éthique. Une armée qui perd la confiance des populations perd progressivement sa principale source de renseignement local. Qu’à Dieu ne plaise.
Or, dans cette guerre, le renseignement constitue probablement l’arme décisive. Le JNIM prospère grâce à sa mobilité, à sa connaissance du terrain et à ses réseaux communautaires. Pour le contrer efficacement, les autorités devront renforcer l’infiltration des réseaux armés, développer le renseignement humain, améliorer la surveillance technologique et surtout intensifier la coopération régionale.
Car notre conflit dépasse désormais largement les frontières nationales. Les groupes armés circulent entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, utilisent des zones frontalières poreuses et exploitent l’immensité sahélienne pour se replier rapidement après chaque offensive. Sans coordination régionale solide avec les pays voisins, notamment nos mauvais voisins de l’Algérie et la Mauritanie, toute stabilisation durable pourrait rester extrêmement fragile.
Mais la réponse sécuritaire ne suffira toujours pas sans un travail de réconciliation locale. Dans plusieurs régions, les groupes djihadistes se sont implantés en exploitant les tensions communautaires, les conflits fonciers et les frustrations sociales. Des médiations locales, des accords communautaires ciblés, des programmes de désarmement ou de réintégration pourraient permettre de réduire progressivement l’influence des groupes armés dans certaines zones. Heureusement que le Général Wagué fait un excellent travail sur ce plan.
Enfin, notre pays devra probablement gagner une bataille moins visible mais essentielle : celle du récit, du narratif et de l’influence idéologique.
Le JNIM ne combat pas uniquement avec des armes. Il utilise également les réseaux sociaux, les discours religieux, les frustrations sociales et le sentiment d’abandon des populations rurales. Dans certaines zones, il parvient à se présenter comme une alternative à un État jugé absent ou injuste.
Face à cela, les autorités de la transition devront construire une vision nationale crédible capable de restaurer la confiance des citoyens, mais pas à travers les videomans krikra. Cela passe par une gouvernance plus efficace, une justice visible, une lutte réelle contre la corruption et un discours religieux structuré capable de déconstruire la propagande extrémiste.
Notre sortie de crise ne dépendra donc pas d’une seule victoire militaire spectaculaire. Elle reposera sur la capacité de l’État à reconstruire progressivement sa légitimité dans les territoires où celle-ci s’est effondrée au fil des années de guerre.
Que faut-il retenir…
Notre conflit semble avoir franchi un seuil critique en 2026. Ce qui apparaissait autrefois comme une insurrection djihadiste localisée s’est progressivement transformée en une crise multidimensionnelle touchant désormais la sécurité, la gouvernance, l’économie et même la cohésion nationale. Le JNIM n’est plus seulement un groupe armé opérant dans les périphéries désertiques ; il est devenu un acteur politico-militaire enraciné dans certaines fractures profondes de tout le Sahel.
Les offensives coordonnées observées ces derniers mois ont révélé une mutation stratégique inquiétante. Le groupe démontre désormais une capacité de projection nationale, une mobilité transfrontalière et une aptitude à combiner guerre militaire, influence communautaire et pression psychologique. Plus inquiétant encore, il prospère souvent là où l’État recule.
Car au fond, notre crise dépasse largement la seule question sécuritaire. Dans plusieurs territoires, le vide administratif, l’absence de justice, la pauvreté, les tensions communautaires et le sentiment d’abandon ont progressivement créé un terrain favorable à l’implantation des groupes armés.
C’est pourquoi la survie durable du Mali ne dépendra probablement pas uniquement des capacités militaires ou des offensives antiterroristes. Elle dépendra surtout de la capacité de l’État à redevenir crédible auprès des populations. Un État capable de protéger, de rendre justice, de fournir des services publics et de reconstruire la confiance nationale.
Le véritable enjeu des prochaines années sera donc moins de gagner une bataille ponctuelle que d’empêcher l’enracinement durable d’un conflit qui menace progressivement l’équilibre même du pays et, au-delà, celui de tout le Sahel.
Barakallahou fikoum
Par El Hadj Sambi Assa Touré