Cinq ans après la rectification historique du 24 mai 2021, notre pays se trouve à la croisée des chemins de son affirmation républicaine. Le bilan de cette gouvernance de rupture sous la direction du Général d’armée Assimi Goïta est marqué par des succès hautement symboliques. Parmi eux, la montée en puissance des Forces armées maliennes (FAMa), la reconquête de bastions territoriaux stratégiques du Septentrion comme Kidal, et le renforcement des alliances géopolitiques au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). La refondation institutionnelle, validée par l’adoption d’une nouvelle Constitution et des réformes structurelles contre l’impunité, a replacé la souveraineté nationale au centre de l’identité collective malienne. Cependant, ce chemin de rupture comporte son lot d’échecs et de vulnérabilités socio-économiques. Le pays subit les contrecoups de sanctions régionales passées et fait face à une crise énergétique aiguë, doublée d’une inflation qui pèse lourdement sur le panier de la ménagère. Le défi majeur réside désormais dans la sécurisation pérenne des zones reprises et le financement durable de l’effort de guerre. Les perspectives de la Transition dépendent de sa capacité à transformer ces avancées militaires et cette souveraineté doctrinale en dividendes économiques et sociaux concrets, garantissant ainsi l’adhésion populaire à long terme au projet du « Mali Kura ».
Notre pays traverse une phase de consolidation nationale intense. Sur le plan politique et territorial, le pouvoir a brisé les anciennes tutelles internationales en actant le départ des forces occidentales et de la MINUSMA, rétablissant l’autorité centrale de l’État sur de vastes pans du territoire. L’écosystème politique s’est restructuré autour d’un pouvoir exécutif fort, guidé par les conclusions des Assises Nationales de la Refondation. Néanmoins, la réalité du terrain impose une vigilance constante. Si les victoires militaires ont restauré la fierté nationale, la guerre asymétrique persiste et impose de lourds sacrifices financiers au budget étatique. Les investissements sociaux de base se trouvent parfois relégués au second plan, créant un décalage entre les ambitions de refondation et le quotidien des populations. Le Mali d’aujourd’hui est un État courageux qui a reconquis sa dignité politique, mais qui doit urgemment stabiliser ses structures intérieures pour éviter l’essoufflement de sa dynamique de résistance.

L’ossature idéologique de la Transition repose sur une mystique du sursaut national et de la souveraineté inflexible. L’âme de ce processus politique ne se résume pas à une simple gestion de crise ; elle s’articule autour d’un triptyque doctrinal : respect des choix stratégiques nationaux, défense des intérêts populaires et autonomie militaire totale. En sacralisant le patriotisme et en érigeant les difficultés économiques en épreuves nécessaires à l’indépendance, le Général Assimi Goïta a transformé la résilience des populations en un moteur politique de rupture géopolitique, fondant ainsi les bases culturelles et morales de la refondation étatique.

La souveraineté comme doctrine centrale
Depuis la rectification de la Transition du 24 mai 2021, le concept de souveraineté est devenu bien plus qu’un simple slogan politique dans notre pays : il constitue désormais la colonne vertébrale idéologique du pouvoir du Général d’armée Assimi Goïta et de ses compagnons d’armes. Dans chacune de ses grandes adresses à la nation, le chef de la Transition construit un récit politique où la souveraineté apparaît à la fois comme une justification historique, une stratégie de rupture et un instrument de légitimation populaire.
L’analyse des prises de paroles présidentielles entre 2021 et 2026 montre une constante : les autorités de la transition présentent la crise multidimensionnelle du pays comme la conséquence directe d’une perte progressive d’autonomie de notre pays sous les régimes précédents. Dans cette lecture, l’insécurité persistante, la fragilité institutionnelle et la dépendance économique seraient le produit d’un système de gouvernance marqué par l’influence extérieure et l’échec des partenariats sécuritaires traditionnels.
C’est dans ce contexte que le discours souverainiste prend une dimension quasi doctrinale. Le pouvoir de Transition oppose régulièrement deux visions : celle d’un Mali « sous tutelle » et celle d’un « Mali Kura » maître de ses décisions stratégiques. Cette rhétorique atteint son point culminant dans l’adresse du 22 septembre 2022, lorsque le président Assimi Goïta affirme que les relations internationales du Mali doivent désormais reposer sur « le respect de la souveraineté du Mali », « le respect des choix stratégiques opérés par le Mali » et « la défense des intérêts du peuple malien ». Cette déclaration constitue un véritable marqueur diplomatique et géopolitique.
Derrière le discours, les actes ont suivi. Le retrait progressif de l’influence militaire française, le retrait du G5 Sahel, le départ de la MINUSMA, le rapprochement assumé avec la Russie et la construction de l’Alliance des États du Sahel traduisent une volonté de réorientation stratégique profonde. Le souverainisme devient ainsi à la fois un outil de mobilisation intérieure et un levier de repositionnement international.
La sécurité comme priorité absolue
Depuis 2021, la question sécuritaire constitue le socle central du discours politique des autorités de Transition. Chez Assimi Goïta, la guerre contre les groupes armés terroristes est présentée comme une lutte existentielle engageant la survie même de notre pays. Très tôt, le ton est donné : « Nous gagnerons la guerre qui nous a été imposée». Cette formule devient progressivement la ligne directrice de toute la stratégie de Transition.
À partir de 2022, les discours officiels prennent une tonalité nettement plus offensive. Les autorités mettent en avant la montée en puissance des FAMa à travers l’acquisition d’aéronefs, de drones, de blindés et de nouveaux systèmes d’armement. Le pouvoir insiste également sur la rupture avec les anciennes doctrines sécuritaires, jugées inefficaces et dépendantes des forces étrangères.
Le retrait de la MINUSMA et la détérioration des relations avec certains partenaires occidentaux sont alors transformés en opportunité politique. Notre pays présente cette séquence comme le début d’une reconquête totale de la souveraineté territoriale. Les opérations menées à Kidal, Tessalit, Aguelhok, Ber ou Anefis deviennent ainsi des symboles fortement exploités dans la communication présidentielle.
Mais derrière l’affichage militaire, les défis restent immenses : attaques asymétriques persistantes, pression logistique, coût financier élevé de la guerre et nécessité de maintenir durablement l’autorité de l’État dans les zones reconquises.

La refondation de l’État
Après la rectification du 24 mai 2021, le terme « refondation » est devenu le principal critère politique du pouvoir du général Assimi Goïta. Dans les discours officiels, les autorités présentent la crise malienne non seulement comme une crise sécuritaire, mais surtout comme l’échec profond de l’État, miné par la corruption, l’affaiblissement des institutions et la perte d’autorité publique.
Les Assises Nationales de la Refondation (ANR) ont servi alors de socle politique et idéologique à cette nouvelle orientation. Le pouvoir a affirmé sa volonté de rebâtir un État plus souverain, plus centralisé et plus efficace. Cette dynamique s’est traduite par l’adoption d’une nouvelle Constitution, la réforme du système électoral, la création d’organes spécialisés de lutte contre la corruption et la criminalité économique, ainsi que par une volonté affichée de réorganiser l’administration publique.
Mais derrière le discours de rupture, plusieurs interrogations persistent. La refondation promise peut-elle réellement transformer les pratiques de gouvernance enracinées depuis des décennies ? La lutte contre l’impunité sera-t-elle systémique ou sélective ? Et surtout, l’État refondé parviendra-t-il à restaurer durablement sa présence et son autorité sur l’ensemble du territoire national ?

La valorisation du patriotisme et du sacrifice
Depuis la rectification du 24 mai 2021, les autorités de Transition ont progressivement construit un discours politique fondé sur l’idée de résistance et de la résilience nationale. Dans les prises de parole du président Assimi Goïta, le patriotisme devient un outil central de mobilisation populaire face aux crises sécuritaires, diplomatiques et économiques. Les notions d’unité nationale, de résilience collective et de sacrifice reviennent de manière récurrente dans les adresses à la nation.
Cette stratégie communicationnelle atteint son apogée lors des sanctions imposées par la CEDEAO et l’UEMOA le 9 janvier 2022. La transition présente alors ces mesures comme une épreuve historique destinée à briser la volonté souverainiste du Mali. Dans le discours officiel, les difficultés économiques, la hausse des prix et les pénuries sont interprétées non comme des signes d’échec, mais comme les conséquences assumées d’un combat pour l’indépendance stratégique.
Cette rhétorique patriotique permet aux autorités de renforcer la cohésion autour de la Transition et de transformer les frustrations sociales en sentiment de résistance nationale. Toutefois, elle expose également le pouvoir à une forte exigence de résultats concrets, car le sacrifice durable des populations ne peut se maintenir sans amélioration tangible des conditions de vie.

La construction du « Mali Kura »
À partir de 2022, le concept de « Mali Kura » s’est imposé progressivement comme le cœur idéologique du projet porté par Assimi Goïta et les autorités de la transition. Plus qu’un slogan politique, l’expression renvoie à l’ambition de bâtir un nouvel ordre national fondé sur la souveraineté, l’autorité de l’État et la transformation profonde de la société malienne.
Dans les discours officiels, le « Mali Kura » repose sur plusieurs piliers : un État fort, une justice plus rigoureuse, une armée puissante, une économie moins dépendante de l’extérieur et un citoyen présenté comme patriote et discipliné. Les autorités ont mis également l’accent sur la transformation locale des ressources minières et agricoles, l’industrialisation et la relance d’entreprises stratégiques nationales.
Mais derrière cette vision apparaît aussi une dimension morale et culturelle. Les autorités de la transition évoquent régulièrement la nécessité d’un « réarmement moral » destiné à restaurer les valeurs de patriotisme, de travail et de responsabilité collective. Reste toutefois une interrogation centrale : le « Mali Kura » peut-il dépasser le stade du récit politique pour devenir un véritable modèle de gouvernance capable d’améliorer durablement les conditions de vie des populations ?
A suivre

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