Ceux qui attendaient des annonces maximalistes et guerrières resteront sur leur faim. La réunion unitaire des trois mouvements séparatistes de Kidal – le Mouvement National pour la libération de l’Azawad (MNLA), le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) et le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) se sera soldée, au finish, par un service minimum sur le principe de la fusion.
Après la large campagne appelant les populations à sortir pour adhérer à l’évènement historique, la déclaration laisse patois, au point que certains observateurs se demandent s’il y avait lieu de faire tant de boucan pour si peu.
En effet, les trois composantes de la Coordination aurait pu s’entendre sur une commission technique pour finaliser le processus et les contours de la fusion avant d’appeler les gens pour le baptême d’un enfant qui n’est pas encore né. Parce que ni la dénomination ni les emblèmes, couleurs à fortiori les objectifs de la nouvelle entité militaro-politique ne sont encore convenus entre les trois mouvements qui ne s’accordent que sur une seule base pour l’instant : être ensemble pour jeter les bases d’une paix définitive au profit des populations de l’Azawad qui, comme toutes celles de notre pays, est «de vivre en paix et en tranquillité ». Pour le reste, rien ne bouge « le Bureau exécutif de la CMA continuera la gestion des affaires de la Coordination » comme indiqué dans la déclaration de fusion.
Un faux-départ ? En tout cas, l’accouchement difficile, voire très difficile d’une entité fédératrice brandie en épouvantail comme un cheval de Troie qui devrait provoquer la frayeur chez tous les anti-azawadiens après des années de plaidoyers en faveur de cette fusion. Mais l’ajournement du processus pose indubitablement des interrogations sur l’aggiornamento au sein de la CMA. Pour cause, la suprématie de la CMA longtemps mise en boucle par les médias occidentaux est-elle toujours incontestable à Kidal et plus généralement au nord du Mali qu’elle revendique à cors et à cris ?
Déjà talonnée par d’autres mouvements sur le terrain qui sont tout autant signataires de l’accord, la CMA n’est plus qu’une partie comme une autre au nord, si on ne peut lui disputer le contrôle de la ville de Kidal avec l’entregent de Iyad Ag Ghaly. Mais tout autour, des voix s’élèvent pour faire acter que «la CMA ne représente pas les populations du nord» (Mohamed Ousmane AG Mohamedoun Haidara président du mouvement de l’inclusivité). Dans la foulée de la fusion, ce mercredi 8 février 2023, un notable connu du nord du pays, évoquait un incident non encore démenti par les responsables de la CMA : « le mercredi 8 février 2023 des hommes armés sont venus à Intecheq Telabit et Tahtist pour effacer le drapeau de l’Azawad sur les rondpoint » (Baye Ag Mohamed).
Les habitants de Kidal sont-ils mécontents des actions de la CMA comme l’évoquent les réseaux sociaux ? En tout cas, à part le trio séparatiste, aucun autre groupe armé ou politique du nord du pays n’a manifesté son intention d’adhérer à la nouvelle plateforme politico-militaire, soupçonnée de vouloir sortir de l’accord comme l’a laissé entendre le président en exercice de la CMA, Alghabass Ag Intallah.
PAR SIKOU BAH