Une session spéciale du Conseil de sécurité des Nations unies s’est tenue ce lundi 11 septembre sur l’usage du véto de la fédération de Russie lors de la réunion dudit conseil sur le régime de sanction concernant notre fixé par la résolution 2364 (2017). Il s’agissait d’une session d’explication ouverte aux états membres.
Prenant la parole l’Ambassadeur représentant du Mali auprès des Nations unies Issa Konfourou a expliqué les trois raisons majeures à la base de la récusation du groupe d’experts par notre pays. Au-delà de l’élargissement sans base légale du régime de sanctions ou du mandat du Groupe d’experts au-delà du cadre strict fixé par le conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur Konfourou a expliqué que notre pays n’était pas disposé à être le dindon de farce qui découvre dans la presse internationale des extraits des rapports que le Groupe d’expert refusait de lui envoyer au préalable pour ses observations éventuelles. Enfin, Konfourou a indiqué que le groupe d’experts s’était transformé en fouineur qui mettait son nez dans toutes les sauces alors que son domaine était circonscrit par la résolution qui l’autorisait. Voici les explications de l’ambassadeur Issa Konfourou.
«Le Gouvernement du Mali a constaté, avec regret, que le Groupe d’experts mis en place a, en de nombreuses occasions, outrepassé son mandat, fixé par la résolution 2374 (2017) du Conseil de sécurité. Ensuite, il s’est transformé en un autre mécanisme politique dont nous ignorions l’agenda réel. Nous avions régulièrement invité le Conseil de sécurité à examiner cette question essentielle pour le Gouvernement du Mali.
Il a ajouté que notre pays « n’était pas disposé à soutenir l’élargissement sans base légale du régime de sanctions ou du mandat du Groupe d’experts au-delà du cadre strict fixé par le conseil de sécurité des Nations unies, à savoir la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d’Alger.
Le deuxième problème majeur portait sur la coopération entre le Gouvernement Mali, le Comité de sanctions et le Panel d’experts. Le Gouvernement du Mali tenait à la mise à sa disposition des rapports du Groupe d’experts, avant leur publication, afin de formuler des observations éventuelles. Nous ne comprenions pas qu’au moment où le Gouvernement se voyait refuser l’accès aux rapports du Groupe d’experts, des fuites sur des passages intéressés desdits rapports soient organisées dans la presse internationale, donc connus du grand public avant l’État membre demandeur et concerné. Cette situation suscitait des interrogations et des incompréhensions légitimes au sein du Gouvernement malien.
Le troisième problème majeur que mon Gouvernement avait avec ce régime de sanctions avait trait aux domaines d’enquête du Groupe d’experts. Tout comme la zone géographique délimitée, les domaines dans lesquels le Groupe d’experts est habilité à mener des enquêtes est circonscrit aux activités en lien avec la mise en œuvre de l’Accord. Or, là aussi, il nous a été donné de déplorer que les rapports du Groupe d’experts débordaient de leur domaine de compétence, pour s’intéresser à des questions politiques ou économiques sans aucun lien avec son mandat, comme la question des violations des droits de l’homme, l’extraction minière et comme indiqué plus tôt, les choix de partenariats du Mali.
Enfin, le Gouvernement du Mali a signalé plusieurs fois, en plus des parties signataires de l’Accord, l’existence d’autres acteurs sur le terrain qui constituent des obstacles majeurs à l’application de l’Accord. Il s’agit d’organisations terroristes et de réseaux de crime organisé, y compris de trafics en tous genres, qui constituent des menaces pour la stabilité au Mali et au Sahel. Or, ces groupes criminels sont hors du champ d’application de l’Accord, et donc du régime de sanctions. Nous avions demandé, là aussi sans succès, des mécanismes adaptés pour atténuer voire contenir les capacités de nuisances de ces différents groupes hors Accord, afin de donner plus de chance d’accélérer sa mise en application.
C’est au regard de tout ce qui précède que le Gouvernement de la République du Mali a demandé au Conseil de sécurité, par lettre en date du 15 août 2023, la levée du régime de sanctions concernant le Mali, à travers le non renouvellement des mesures fixées par la résolution 2374 (2017).
Pour en venir maintenant à l’usage légitime du droit de véto par la Fédération de la Russie, le Gouvernement de la République du Mali renouvelle sa gratitude à la Russie pour son partenariat fiable et sincère. Il remercie particulièrement la Russie pour avoir pris la décision courageuse de demander la prise en compte des attentes légitimes du Mali, pays principalement concerné, telles que notifiées au Conseil de sécurité par mon Gouvernement, qui se réjouit du veto de la Fédération de Russie, car il a permis de mettre fin au régime de sanctions, qui était devenu un instrument aux mains d’un groupe de pays hostiles au Mali et à ses choix et qui l’utilisent pour porter atteinte à ses intérêts.
PAR SIKOU BAH