Les résultats des sondages d’opinion de la fondation Friedrich Ebert dénommé « Mali Mètre» ont été rendus publics, ce samedi 23 mars 2024, à Azalai Hôtel Salam de Bamako. Dans ce document de perception, les acteurs de la transition sont accrédités d’un fort taux de satisfaction de la part des personnes enquêtées, surtout le Président de la Transition. Il est suivi du gouvernement de transition et du Conseil national de transition. Par ailleurs, il y a peu d’attente pour les élections en 2024, et les personnes enquêtées approuvent la décision des autorités de la transition de reporter les élections. Mieux, la majorité d’entre elles se prononcent en faveur d’un report significatif des élections.
Samedi dernier, le dernier rapport d’enquête d’opinion de « Mali-Mètre » a été rendu public. Cette 15e édition de l’enquête « Mali Mètre » s’est déroulée du 05 au 17 janvier 2024 dans le District de Bamako et dans des capitales régionales, excepté la région de Kidal pour des raisons sécuritaires et les régions nouvellement créées. Le document de plus de 80 pages évoque le retrait de la MINUSMA ; les défis et priorités des autorités de la transition ; la stabilisation et la sécurisation du Mali ; la situation désastreuse de l’approvisionnement en électricité ; la justice et la bonne gouvernance ; les partenariats ainsi que les échéances électorales à venir. De même, on y retrouve les priorités des Maliens dans un contexte de crises (sanitaire, sécuritaire et politique).
Résultats de l’enquête
Malgré les prétendus succès du gouvernement de transition, les problèmes restent importants. Les défis auxquels sont confrontés les Maliens n’ont que peu évolué au cours des dernières éditions de Mali-Mètre. Malgré les défis auxquels le Mali a été confronté au cours de l’année écoulée, les résultats montrent une forte cohérence dans les perceptions de la population et les Maliens interrogés ont une opinion très positive de l’évolution du pays.
Sur l’évolution de la situation générale du pays, il ressort que pour quatre Maliens sur cinq (81%), la situation générale du pays s’est améliorée au cours des douze derniers mois pendant que, pour un Malien sur dix (11%), la situation générale du pays est restée au même niveau. Elle s’est détériorée au cours des douze derniers mois pour 8% des citoyens maliens.
Comme au cours des deux dernières années, les Maliens interrogés ont une opinion très positive de l’évolution du pays.
Défis et priorités au Mali
Sur cette question, les principaux défis auxquels le Mali est confronté sont: la lutte contre l’insécurité (60%), la lutte contre l’insécurité alimentaire (52%), la lutte contre le chômage des jeunes (42%) et la lutte contre les délestages (39%). Toutefois, trois Maliens sur dix ont cité la lutte contre la pauvreté (30%) ou encore la lutte contre l’augmentation des prix (30%).
Outre la sécurité qui est toujours considérée comme le défi le plus important, la situation énergétique tendue figure cette année parmi les préoccupations majeures des Maliens.
Sur le niveau de satisfaction de la gestion de la transition, plus de neuf Maliens sur dix sont satisfaits de la gestion de la transition (71% très satisfaits et 25% plutôt satisfaits).
Concernant les actions prioritaires à mettre en œuvre par le gouvernement de la transition, l’enquête relève : la lutte contre Insécurité (61%), la création d’emploi (43%), la lutte contre l’insécurité alimentaire (38%), la lutte contre la pauvreté (24%), l’amélioration du système éducatif (21%).
Confiance en les acteurs de la transition
A ce propos, les citoyens maliens sont plus de quatre personnes sur cinq (86%) à faire plus confiance au Président de la transition, contre seulement 6% pour le gouvernement de la Transition et 1% pour le Conseil national de Transition.
De même, plus de neuf Maliens sont satisfaits des acteurs de la transition, notamment le Président de la transition (83% très satisfaits et 15% plutôt satisfaits) ; le gouvernement de transition (59% très satisfaits et 33% plutôt satisfaits) ; et le conseil national de transition (près de quatre Malien(ne)s).
A la question de savoir s’ils font confiance en la transition pour conduire le pays vers une démocratie plus stable et à un renforcement de la bonne gouvernance, il ressort de Mali-Mètre 2024 que quatre Maliens sur cinq font confiance à la transition (62% beaucoup confiance et 21% assez confiance).
«Les Malien(ne)s continuent d’exprimer un haut niveau de satisfaction à l’égard de la mise en œuvre de la Transition et de ses différents acteurs. Comme les années précédentes, c’est surtout le Président de la transition qui jouit d’un taux de satisfaction élevé », relève le document.
Amélioration de la situation sécuritaire
Selon le document, l’évaluation de la situation sécuritaire continue de présenter une image ambivalente. Alors que l’insécurité est toujours considérée comme le plus grand défi et la plus grande priorité pour le gouvernement, une grande partie des personnes interrogées voit une amélioration de la situation sécuritaire dans leur région. L’évaluation extrêmement positive des personnes interrogées contraste également avec les observations d’analystes indépendants qui constatent une détérioration de la situation dans le pays.
«Un regard sur les régions révèle une évaluation plus négative de la situation sécuritaire dans le centre du pays où la perception s’est déplacée du nord», selon les termes de l’enquête.
Au cours des trois derniers mois, dans les régions de Tombouctou (92%) et Gao (91%), neuf personnes sur dix pensent que l’insécurité a diminué au cours des trois derniers mois. Ce sentiment est partagé par plus de sept personnes sur dix dans les régions de Kayes (78%), Koulikoro (78%), Ségou (78%), Sikasso (77%) et Bamako (72%).
Dans les régions de Tombouctou (97%) et de Taoudénit (91%) les conflits inter et intracommunautaires sont inexistants pour neuf personnes sur dix. Ce taux est respectivement de (75%) et (73%) pour les régions de Koulikoro et Gao.
Attentes par rapport aux partenaires internationaux
Par ailleurs, la lutte contre l’insécurité (80%), la lutte contre l’insécurité alimentaire (61,9%) et la lutte contre le chômage des jeunes (57%), sont les trois principales attentes des citoyens maliens à l’égard des partenaires internationaux.
Toujours par rapport aux partenaires internationaux, l’enquête révèle que plus de neuf Maliens sur dix sont favorables au départ de la MINUSMA (81% très favorable et 11% plutôt favorable).
Impact du retrait de la MINUSMA :
Sur ce point, plus de deux tiers des Maliens (68) pensent que le départ de la MINUSMÀ aura un impact positif contre 9% qui pensent le contraire. Cependant, 19% des Maliennes estiment que le retrait de la MINUSMA n’aura aucun effet.
Par contre, les Maliens sont globalement satisfaits de la coopération entre l’État malien et la Russie.
En effet, plus de neuf Malien(ne)s sur dix sont satisfait(e)s (83% très satisfaits et 15% plutôt satisfaits) de la coopération entre les deux pays.
Les FAMa plébiscitées
Le sondage de Mali-Mètre révèle que la quasi-totalité des citoyens maliens (99%) se dit satisfaite du travail des forces de sécurité. On observe les mêmes tendances dans l’’ensemble des régions.
Toutefois, neuf Maliens sur dix estiment que la société civile peut contribuer à rapprocher les forces de défense et de sécurité (916) ou protéger les forces de défense et de sécurité (90%). Aussi, plus de trois Malien (ne)s sur quatre (79%) estiment que la société civile peut influencer les décisions politiques.
Les principaux acteurs en qui les personnes interrogées ont confiance pour sécuriser leur région sont : les militaires/l’armée malienne (75%), la police (74%), la gendarmerie (61%), la garde nationale (47%).
«Une grande partie des personnes interrogées voit le retrait de la MINUSMA de façon favorable, le salue et s’attend à des changements positifs suite à cette situation. Cela est probablement dû à la confiance élevée accordée aux forces de sécurité maliennes et à son partenaire russe. Les autres acteurs de la sécurité et la société civile ont toujours du mal à être perçus comme importants par les personnes interrogées», le rapporte de Mali-Mètre 2024.
Niveau de corruption élevé
Dans le pays, le niveau de corruption reste élevé pour près de sept Maliens sur dix (très élevé pour 34% et élevé pour 36%).
Et les principaux secteurs touchés par le phénomène de la corruption sont : la police (46%), la justice (39%), la santé (34,6), la mairie (34,9%), la douane (23%). Plus d’un Malien sur dix estime que la corruption est présente dans les passations des marchés privés (19%).
En dépit du niveau de corruption élevé, un Malien sur deux pense que l’impunité est fréquente au Mali (Très fréquente pour 19% et fréquente pour 32%) contre 49% qui pensent le contraire (peu fréquente pour 26% et pas très fréquente pour 18%).
Report des élections :
Alors que la classe politique malienne, tout comme la communauté régionale et internationale réclame à hue et à dia la tenue des élections pour un retour à l’ordre Constitutionnel, cette question ne semble être pas à l’ordre du jour chez les personnes enquêtées par Mali-Mètre 2024. En effet, 72% des enquêtés pensent qu’il est peu probable de tenir les élections en 2024.
Des résultats, il ressort que plus de quatre Maliens sur dix (87%) approuvent la décision de reporter les élections contre 8% qui estiment qu’il s’agit d’une mauvaise décision (95%)
Pour les six prochains mois, plus de neuf Maliens sur dix pensent que la situation générale du pays va s’améliorer. Dans l’avenir, les Maliens souhaitent le retour de la paix et de la sécurité (74%), l’emploi pour les jeunes (52%), de bonnes récoltes et la sécurité alimentaire dans le pays (45%) et la relance de l’économie (27%).
Par Abdoulaye OUATTARA