Le samedi 22 mars 2025, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, lors d’un entretien accordé à la presse algérienne, a évoqué les relations entre notre pays et l’Algérie. Affirmant que son pays n’a jamais cherché à imposer ses vues ou à exploiter le nôtre, il a présenté l’Algérie comme un « médiateur fraternel » dans les affaires maliennes. Deux semaines plus tard, force est de constater un revirement et une duplicité au sommet de l’État algérien.
Pour sauver ses protégés terroristes, ciblés par nos vecteurs aériens qui les avaient débusqués alors qu’ils planifiaient des attaques contre le Mali et ses alliés, l’Algérie s’est sentie obligée d’intervenir in extremis en abattant un drone de notre pays. Quelques heures plus tard, par la voix officielle de son ministère de la Défense, elle a déclaré avoir abattu un drone armé de reconnaissance dans la nuit du 31 mars, aux alentours de minuit, à la frontière de Tinzawaten, sous prétexte que l’appareil, dont elle se garde bien de préciser l’origine ou la provenance, avait franchi l’espace aérien algérien sur une distance de 2 km.
En réalité, il s’agissait d’une opération de communication, dans une tentative maladroite de faire coup double : d’une part, venir au secours des derniers combattants terroristes qu’elle protège à la frontière afin qu’ils continuent de déstabiliser notre pays ; et d’autre part, justifier l’énorme budget de dépenses détourné chaque année par des généraux mafieux, pour faire croire que l’armée algérienne veille, à travers une vigilance constante et une disponibilité de toutes ses unités, à la défense et à la protection des frontières terrestres, aériennes et maritimes contre toute menace à la souveraineté nationale de l’Algérie.

Quand un président se dédit
Après cette manœuvre grossière, Abdelmadjid Tebboune voudrait que les « Africains » continuent de croire « que l’Algérie n’a pas d’arrière-pensée dans ses relations avec eux, mais qu’elle est dans une logique panafricaniste bénéfique pour tout le monde. (Que l’Algérie œuvre) d’ailleurs quotidiennement pour donner un prolongement concret à (sa) démarche panafricaine. (Qu’elle serait) en train de rattraper tout ce qu’on a perdu comme relations sur le continent » ?
S’agissant de notre pays, le Président Tebboune affirmait, le 22 mars, croire que « (ses) frères maliens (avaient) compris que l’Algérie (n’était) pas seulement un voisin, mais plutôt un frère ». Un frère qu’il avait pourtant récemment sommé de retourner à la légalité «dans les meilleurs délais» et de retourner dans les casernes. Pour le parrain des terroristes, «tant que l’accord d’Alger ne sera pas appliqué, les problèmes au Mali persisteront», lui qui confesse que «le terrorisme existe au Mali, mais une partie est fabriquée».
A-t-on encore besoin de preuves supplémentaires avec l’Algérie qui assume ouvertement avoir abattu un drone armé des FAMa dirigé contre une cible terroriste planifiant des attaques contre le Mali et ses voisins ? Voilà l’État terroriste qui s’affiche enfin. L’Ukraine n’était qu’un plaisantin. Le véritable sponsor, parrain et protecteur des terroristes en mission pour créer un État fantoche (OERS, Azawad), c’est l’Algérie. C’est elle qui accueille, héberge, nourrit, entraîne et équipe les terroristes contre notre pays.
Depuis plusieurs décennies, les services de renseignement algériens, aux petits soins de généraux mafieux, contrôlent le nord de notre pays via leurs groupes terroristes fabriqués par l’Algérie, comme le GSPC, pour faire pression sur Bamako, garder un œil et contrôler toute forme de dissidence des Azawads et Touareg. Cette domination a été bloquée par les autorités de la transition, qui ont mis un terme à l’Accord d’Alger et à toute velléité de domination. Il fallait prévoir que la crise allait en s’approfondissant.

Ceux qui croient encore à l’amitié et à la fraternité entre le régime des généraux d’Alger et celui de notre pays sont désormais bien servis. Voici le déroulé de l’escalade diplomatique et de la dégradation progressive des relations entre nos deux pays depuis la Rectification :
Le 18 août 2020, le CNSP, dirigé par le colonel Assimi Goïta, renverse le régime du président Ibrahim Boubacar Keïta, mettant fin aux alliances historiques du pays, notamment avec la France et l’Algérie, à travers la fin de l’Accord de défense, d’une part, et de l’Accord pour la paix, d’autre part. Cette décision de mettre fin à l’Accord d’Alger se justifiait, entre autres, par le changement de posture de certains groupes signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, devenus des acteurs terroristes et poursuivis par la justice malienne, après avoir commis et revendiqué des actes terroristes.
Face à «l’inapplicabilité absolue de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger», le gouvernement «annonce sa fin, avec effet immédiat». Le 25 janvier 2024, sans langue de bois, le gouvernement a dénoncé ouvertement « les actes d’hostilité et d’instrumentalisation de l’accord de la part des autorités algériennes dont le pays est le chef de file de la médiation ». Constatant « avec une vive préoccupation une multiplication d’actes inamicaux, de cas d’hostilité et d’ingérence dans les affaires intérieures du Mali par les autorités » algériennes, notre pays a dénoncé « une perception erronée des autorités algériennes qui considèrent le Mali comme leur arrière-cour ou un État paillasson, sur fond de mépris et de condescendance ».

L’aveu du président algérien
Mais avant, le 30 décembre 2022, dans un entretien accordé au Figaro, le président algérien Abdelmadjid Tebboune estimait que « les milliards que coûte cette présence des partenaires russes, Wagner au Mali, seraient mieux placés et plus utiles s’ils allaient dans le développement au Sahel ». «L’argent que coûte cette présence serait mieux placé et plus utile s’il allait dans le développement au Sahel… Le terrorisme n’est pas ce qui me préoccupe le plus, nous pouvons le vaincre. Je suis beaucoup plus inquiet pour le fait que le Sahel s’enfonce dans la misère. Là-bas, la solution est à 80% économique et à 20% sécuritaire», avait-il dit avec paternalisme.

Selon Africa Intelligence, l’ancien ministre algérien des Affaires étrangères Ramtane Lamamra est revenu « humilié » d’une visite en janvier 2023 à Bamako où, en réaction à son appel à relancer les discussions autour des accords d’Alger, Assimi Goïta lui a opposé que « les problèmes du Mali se traitent au Mali ».
Le 20 décembre 2023, l’ambassadeur algérien à Bamako est convoqué par le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale Abdoulaye Diop à la suite d’« actes inamicaux » et « une ingérence » d’Alger dans « les affaires intérieures » du Mali. Il s’agissait pour le ministre de dénoncer « les rencontres récurrentes, aux niveaux les plus élevés en Algérie, et sans la moindre information ou implication des autorités maliennes, d’une part avec des personnes connues pour leur hostilité au gouvernement malien, et d’autre part avec certains mouvements signataires de l’accord de 2015 et ayant choisi le camp des terroristes ». Il s’agissait notamment de l’audience accordée par le président Tebboune à l’imam Mahmoud Dicko et de l’hébergement des fuyards du CSP à Alger et à Tinzawatene.

Le 21 décembre, le ministre algérien des Affaires étrangères convoque, à son tour, l’ambassadeur du Mali en Algérie Mahamane Amadou Maiga, en réaction à la protestation officielle des autorités maliennes qui ont accusé Alger « d’actes inamicaux ». Le ton est condescendant. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a rappelé de manière appuyée qu’historiquement, toutes les contributions de l’Algérie à la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité au Mali ont toujours reposé sur trois principes cardinaux dont elle n’a jamais dévié et dont elle ne déviera pas. Il s’agit, selon le ministre, de l’attachement intransgressible de l’Algérie à l’intégrité territoriale, à la souveraineté et à l’unité nationale du Mali.
Il s’agit d’autre part de « la profonde conviction que la voie pacifique, à l’exclusion de toute autre, est la seule apte à garantir au Mali la paix, la sécurité et la stabilité de manière irréversible et durable ». « En troisième lieu, et en conséquence des deux premiers principes, c’est par la réconciliation nationale et non par des déchirements fratricides récurrents que le Mali s’engagera dans une œuvre commune portée par tous ses enfants sans discrimination et sans exclusion lui assurant ultimement sa souveraineté, son unité nationale et son intégrité territoriale », dit l’Algérie.
Le ministre des Affaires étrangères algérien a rappelé son appel en date du 13 décembre par lequel l’Algérie a sommé « toutes les parties maliennes à renouveler leur engagement dans la mise en œuvre de l’Accord de paix et de réconciliation issu du processus d’Alger pour répondre aux aspirations légitimes de toutes les composantes du peuple malien frère à une paix et à une stabilité durables ».

L’après-accor d’Alger
Comme rappelé ci-dessus, le 25 janvier 2024, notre pays dénonce « une multiplication d’actes inamicaux, de cas d’hostilité et d’ingérence dans les affaires intérieures du Mali par les autorités » algériennes, dont la volonté d’imposer « un délai de transition aux autorités maliennes, de manière unilatérale » ; « l’accueil sans concertation ou notification préalable et au plus haut sommet de l’État algérien de citoyens maliens subversifs et de citoyens maliens poursuivis par la justice malienne, pour actes de terrorisme » ; « l’existence sur le territoire algérien de bureaux assurant la représentation de certains groupes signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, devenus aujourd’hui des acteurs terroristes » et « la volonté des autorités algériennes à maintenir le régime de sanctions des Nations unies concernant le Mali, au moment où le Mouvement des non-alignés et la fédération de Russie s’y opposaient dans l’intérêt du Mali qui demandait la levée dudit régime ».
La page de l’accord est tournée

Le 26 janvier 2024, le parrain des terroristes grassement hébergés « prend acte de cette décision dont elle tient à relever la gravité particulière pour le Mali lui-même » et déclare « que la longue liste des raisons invoquées à l’appui de la dénonciation de l’Accord ne correspond absolument ni de près ni de loin à la vérité ou à la réalité ». Selon l’Algérie, « les autorités maliennes préparaient cette décision depuis bien longtemps. Les signes avant-coureurs depuis deux ans en ont été leur retrait quasi-total de la mise en œuvre de l’Accord, leur refus quasi-systématique de toute initiative tendant à relancer la mise en œuvre de cet Accord, leur contestation de l’intégrité de la médiation internationale, leur désignation de signataires de l’Accord, dûment reconnus, comme dirigeants terroristes, leur demande de retrait de la MINUSMA, l’intensification récente de leurs programmes d’armement financés par des pays tiers et leur recours à des mercenaires internationaux ».
Le 26 août 2024, invité à prendre la parole lors de la séance consacrée au 75è anniversaire de l’adoption de la Convention de Genève, le représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations-Unies, l’ambassadeur Amir Bendjama, a, avec mépris envers notre pays, appelé à la nécessité de mettre un terme aux violations commises par les ‘‘armées privées qui sont louées par certains États et qui ne sont redevables d’aucun compte’’.

Le diplomate algérien se désole que ceux qui avec leurs manettes ont ordonné le drone à bombarder ‘‘20 civils maliens’’ ne soient comptables devant personne. Pour lui, quelque chose doit être fait ‘‘au niveau du Conseil de sécurité, au niveau de l’Assemblée générale, pour essayer de trouver une formulation qui puisse intégrer l’action de ces acteurs non étatiques ; mais aussi la punition de ces acteurs non étatiques pour ce qu’ils font à l’encontre du droit international humanitaire et du droit international tout court’’. Estimant enfoncer le clou, du haut de cette tribune des Nations-Unies, il lance ‘‘un message la responsabilisation, la remise des comptes pour tous ceux qui contreviennent au principe du droit international humanitaire’’.
Le 27 août 2024, selon le quotidien l’Opinion, un chasseur Su-30 de l’armée de l’air algérienne décolle « de la base de Tamanrasset après avoir détecté une menace à la frontière du Mali ». L’appareil aurait alors « lancé des signaux d’avertissement à l’attention d’un drone turc TB2 qui survolait la zone, l’incitant à battre en retraite ». L’événement est qualifié de « dissuasion opérationnelle à l’égard des autorités maliennes » par le journal.
Après cette période de tensions diplomatiques, les relations semblent s’apaiser avec la nomination de Mohamed Amaga Dolo comme notre nouvel ambassadeur à Alger et ses déclarations soulignant les liens fraternels et historiques entre les deux nations. Déclarations selon lesquelles notre pays partage avec l’Algérie un « destin commun » dans les domaines de la paix, de la sécurité et du développement, et qu’ils sont « unis par des liens séculaires ».

Le 25 janvier 2025, un sit-in a été observé par plusieurs centaines de Maliens devant l’Ambassade d’Algérie à Bamako, dans le but de dénoncer ce qu’ils appellent l’ingérence de l’Algérie dans les affaires intérieures du Mali. Ce rassemblement, qui a eu lieu dans le quartier de Daoudabougou, a rapidement attiré l’attention des autorités maliennes et des forces de l’ordre.
Les manifestants, des civils, ont exprimé leur mécontentement face à des actions et prises de position de l’Algérie qu’ils jugent nuisibles à la souveraineté et à la stabilité du Mali.
Selon les organisateurs du sit-in, les Maliens estiment que le régime algérien tente de s’impliquer de manière excessive dans les affaires politiques et militaires du pays, une ingérence qu’ils considèrent comme une violation de leur indépendance.
La mobilisation s’est intensifiée tout au long de l’après-midi, avec des slogans tels que « Non à l’ingérence étrangère » et « Le Mali est souverain ». Les manifestants ont réclamé la fin de toute intervention étrangère dans les affaires internes du Mali et ont exprimé leur soutien aux autorités maliennes en place.

Il fallait s’y attendre
Les autorités ont également appelé au calme et à la retenue, tout en soulignant que le droit à la manifestation pacifique doit être respecté. Les autorités maliennes ont affirmé qu’elles veilleraient à ce que la situation ne dégénère pas.
Le 25 mars 2025, honoré d’avoir été reçu par Abdelmadjid Tebboune, pour la remise de mes lettres de créance, Amaga Dolo a déclaré à l’issue de l’audience que dans le cadre de sa mission, il mettra tout en œuvre pour le renforcement de la coopération et des relations fraternelles et amicales liant le Mali et l’Algérie. Il a ajouté avoir évoqué avec le président algérien « les relations bilatérales et souligné la nécessité de travailler ensemble afin de surmonter nos défis communs » et a affirmé que « le Mali et l’Algérie sont deux pays frères, unis par l’histoire et par la géographie, ayant des liens séculaires et partageant un destin commun dans les domaines de la paix, de la sécurité et du développement ».

Le 1er avril 2025, l’armée algérienne indique avoir abattu un drone militaire, de fabrication turque, qui survolait la région de Tin Zaouatine, où les terroristes planifiaient des attaques contre le Mali et les autres pays de l’AES. Le même jour, le chef d’état-major général de l’armée malienne, le Général Oumar Diarra, dément la version algérienne affirmant que le drone de l’armée malienne « survolait l’espace aérien malien, il est tombé dans le territoire malien ». C’est ce que confirment sans aucune équivoque les communiqués de l’AES et du gouvernement en date du 6 avril 2025.
Comme quoi cette Algérie tant vantée et déclamée panafricaine, tant crue par toutes et tous sur le continent, ne semble pas si différente de l’occident dont elle joue si bien le jeu contre le Mali et contre l’Afrique. »

El Hadj Sambi Touré

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