Conformément au préavis du 18 juin 2025, le Syndical National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (CEN-SNESUP) a pris la décision ce dimanche 27 juillet 2025 de poursuivre la quatrième semaine de grève allant du lundi 28 juillet an samedi 02 août 2025. Selon le CEN-SNESUP, c’est ce dimanche 27 juillet 2025 qui marque la fin de la troisième phase de sa grève qui a débuté le 07 juillet 2025, sans qu’aucune initiative de conciliation ni de dialogue social n’ait été engagée par le gouvernement.
En dépit de cette absence de réaction de la part des autorités, la grève a été largement suivie au sein des structures de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.
Le Comité Exécutif National du Syndicat National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (CEN-SNESUP) a entamé une grève de 144 heures, du 7 au 12 juillet 2025, automatiquement renouvelable, en raison de l’inaction persistante du gouvernement face à ses revendications. A l’appui de son mouvement, le syndicat avance plusieurs raisons, notamment :
1. la Non-application de la prime de recherche : le CEN-SNESUP exige la finalisation de la procédure d’application de la prime de recherche, avec effet rétroactif à la date de signature du décret n°2017-0850/P-RM du 9 octobre 2017. Cette prime, prévue par décret présidentiel, n’a jamais été versée, malgré des promesses répétées. Une commission a finalisé un projet de décret il y a trois mois, mais le dossier reste bloqué dans les circuits administratifs, alimentant la frustration des enseignants-chercheurs. Cette prime est perçue comme un droit acquis, essentiel pour améliorer les conditions de recherche et d’innovation scientifique.
2. le Non-paiement des arriérés d’heures supplémentaires et des tâches liées aux examens : le syndicat réclame le paiement intégral des heures supplémentaires et des compensations liées aux examens, des revendications récurrentes restées sans réponse. Ces arriérés financiers sont un point de tension majeur, car ils impactent directement les revenus des enseignants-chercheurs.
3. les Disparités dans le traitement des enseignants-chercheurs : le CEN-SNESUP dénonce les disparités dans le traitement des Instituts d’Enseignement Supérieur (IES) et les restrictions imposées par la Commission Nationale d’Établissement des Listes d’Aptitude (CNELA). Les nouvelles mesures de la CNELA limitent l’accès des enseignants-chercheurs aux grades supérieurs, ce qui est perçu comme une entrave à leur progression de carrière.
4.Indifference et retard administratif : le syndicat, dirigé par le Dr Alou Diarra, accuse le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique de « sabotage du dialogue social » et d’adopter un ton « menaçant et irrespectueux ». Une erreur administrative, comme la transformation du nom du secrétaire général de « Alou » en « Aliou » Diarra dans une lettre officielle, a été perçue comme un manque de sérieux et de rigueur. De plus, les menaces de retenues sur salaire pour fait de grève, jugées illégales par le syndicat, ont exacerbé les tensions.
5. Contexte régional et harmonisation dans l’AES : le CEN-SNESUP insiste sur la nécessité d’harmoniser les politiques au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), en s’inspirant des pratiques au Burkina Faso et au Niger, où les primes de recherche sont déjà une réalité. Cette revendication s’inscrit dans une volonté d’équité avec les collègues de la sous-région.
Le mouvement de grève, décidé lors d’une assemblée générale le 17 juin 2025 à la Faculté des Sciences et Techniques (FST) de Badalabougou, reflète un sentiment d’exaspération face à l’immobilisme du gouvernement de transition, accusé de ne pas respecter ses engagements. Cette grève menace de paralyser les universités publiques, aggravant les retards pédagogiques dans un système déjà fragilisé par des infrastructures vétustes et des moyens limités.
Ce conflit s’inscrit dans une longue histoire de tensions entre le CEN-SNESUP et l’État, marquée par des grèves récurrentes depuis les années 1990. Les enseignants-chercheurs se sentent marginalisés dans un contexte où les priorités sécuritaires et politiques dominent, reléguant l’éducation au second plan. Le contexte de transition actuelle, au regard des contraintes budgétaires, limite la capacité du gouvernement à répondre rapidement aux revendications financières. Par ailleurs, l’absence de dialogue social serein, efficace et les lenteurs administratives amplifient la méfiance entre les parties.
Solutions pour une sortie de crise
Pour résoudre ce conflit et éviter une escalade, les solutions suivantes pourraient être envisagées :
1. Finalisation rapide de la prime de recherche : le gouvernement devrait convoquer d’urgence une commission pour finaliser et signer l’arrêté d’application du décret relatif à la prime de recherche, avec un calendrier clair pour le versement des arriérés rétroactifs à 2017. Une transparence sur les étapes administratives restantes pourrait apaiser les tensions.
2. Paiement échelonné des arriérés financiers : pour les heures supplémentaires et les tâches liées aux examens, l’État pourrait proposer un calendrier d’apurement progressif, assorti d’un engagement écrit pour garantir la bonne foi. Cela éviterait une charge budgétaire immédiate tout en répondant aux attentes des enseignants.
3. Révision des critères de la CNELA : une concertation avec le CEN-SNESUP pour assouplir les critères d’évaluation de la CNELA (Commission Nationale d’Etablissement des Listes d’Aptitude) permettrait de débloquer les promotions des enseignants-chercheurs, renforçant leur sentiment de reconnaissance professionnelle.
4. Dialogue social inclusif : créer une commission paritaire permanente, incluant des représentants du CEN-SNESUP, du ministère et d’autres parties prenantes (comme les recteurs d’université), pour négocier des solutions durables. Cette commission pourrait s’inspirer du modèle de la « commission de réflexion » mise en place en février 2025, qui avait permis une suspension temporaire de la grève.
5. Renforcement des infrastructures et des conditions de travail : à moyen terme, l’État devrait investir dans les infrastructures universitaires (amphithéâtres, laboratoires, bibliothèques) et allouer des fonds spécifiques à la recherche, comme le Fonds Compétitif de Recherche et d’Innovation Technologique (FCRIT). Cela répondrait aux préoccupations structurelles du CEN-SNESUP et réduirait les tensions à long terme.
6. Harmonisation régionale : engager un dialogue avec les pays de l’AES (Burkina Faso, Niger) pour harmoniser les politiques sur les primes de recherche, comme suggéré par le Dr Alou Diarra. Cela renforcerait la crédibilité du gouvernement et répondrait à une revendication clé du syndicat
7. Éviter les mesures répressives : le gouvernement doit éviter les menaces de retenues sur salaire ou d’autres sanctions, qui sont perçues comme illégales et provocatrices. Une approche basée sur le dialogue plutôt que l’intimidation est essentielle pour rétablir la confiance.
8. Mobilisation syndicale responsable : le CEN-SNESUP pourrait envisager des actions alternatives (manifestations, pétitions) pour maintenir la pression sans perturber davantage les étudiants, tout en organisant des assemblées générales inclusives pour garantir l’unité et la légitimité de ses décisions.
EL HADJ SAMBI TOURÉ