Le rapport trimestriel Gender Based Violence AoR Mali (GBVIMS), couvrant la période d’avril à juin 2025, publié ce mercredi 27 août, affirme que 13 987 violations des droits humains ont été documentées, soit une augmentation de 111,86 % par rapport au premier trimestre. Parmi elles, 901 cas de violences basées sur le genre (VBG) ont été enregistrés, en baisse de 27,16 % par rapport aux 1 237 incidents du trimestre précédent.
La crise multidimensionnelle que traverse notre pays continue de générer des besoins humanitaires massifs, marqués par des déplacements de population, une insécurité alimentaire chronique et des violations graves des droits humains, introduit le rapport GBVIMS, en faisant l’état de la situation des violences au Mali au titre du 2e trimestre 20025.
Malgré une diminution globale des incidents sécuritaires dans certaines zones, la situation de protection reste hautement préoccupante.
« Les populations civiles demeurent exposées à des menaces constantes et adoptent des stratégies d’adaptation négatives face aux effets combinés des conflits armés, de la violence, des chocs climatiques et des déplacements forcés », relève le rapport.
La période d’avril à juin 2025 a été marquée par une intensification des hostilités dans certaines régions, une présence accrue de groupes armés non étatiques et des tensions communautaires.
Ces facteurs ont eu un impact direct sur la protection des civils, exacerbant les vulnérabilités existantes, notamment pour les femmes et les filles, principales victimes des Violences basées sur le genre (VBG), commente le document, relevant que la note d’analyse de protection du mois de mai 2025 a enregistré 6 252 violations des droits humains, soit une hausse de 47 % par rapport au mois d’avril 2025.
Les mouvements de population forcés représentent 70% des violations, les atteintes à l’intégrité physique et psychique 15% et le droit à la propriété 10%.
Cette hausse est particulièrement visible dans la région de Tombouctou avec 4 806 cas, concentre à elle seule de 77% des violations. Une situation qui s’expliquerait par la persistance de blocus (Gossi, Diafarabé), l’intensification des attaques ciblées des groupes armés non étatiques (GANE) contre les populations civiles et l’effondrement des mécanismes communautaires de protection.
En effet, selon le groupe de travail VBG de la région de Tombouctou, le contexte sécuritaire de cette région, à l’instar des régions de Gao et Mopti reste extrêmement instable, en raison de la persistance de menaces majeures telles que le terrorisme, les conflits armés et la criminalité. Ces régions connaissent également une situation préoccupante.
À Ménaka, par exemple, 53 % des incidents rapportés concernent des agressions sexuelles, un chiffre exceptionnellement élevé par rapport à la moyenne nationale.
Il ressort du document que sur les 905 incidents rapportés, 33% et 20% des incidents sont respectivement des cas de violences physique, et psychologiques. Les violences sexuelles représentent 20% des incidents, dont 8% de viols et 12% d’agressions sexuelles. Les mariages forcés et les dénis de ressources représentent respectivement 9% et 18% des incidents.
Le rapport est également sans appel : 87 % des auteurs présumés sont des hommes. Parmi eux, 52 % sont des partenaires intimes ou ex-partenaires des survivantes.
Plus inquiétant encore, 6 % des viols rapportés auraient été commis par des acteurs armés, tandis que des enseignants, travailleurs de santé, leaders religieux et même des agents des forces de défense et de sécurité figurent parmi les auteurs signalés.
« La normalisation de certaines violences : châtiments corporels, violence conjugale, mariages précoces continue d’alimenter l’impunité », dénonce le rapport qui affirme que les adolescentes de 10 à 17 ans apparaissent comme particulièrement exposées : 63 % des viols rapportés ont été perpétrés contre des filles de moins de 18 ans, et 60 % des mariages forcés concernent des mariages précoces.
Les femmes et les filles représentent 97 % des survivantes.
« Les femmes adultes de 18 à 59 ans sont trois fois plus touchées que les hommes du même groupe d’âge », souligne le document.
Bien qu’il ait eu un changement de tendance en juin, le rapport de monitoring du mois de mai mettait également en évidence l’exposition des filles adolescentes, ainsi 583 violations des droits humains sur cette tranche ont été documentés pour les 15-17 ans, contre respectivement 465 et 440 cas chez les garçons.
Cette tendance met en évidence une vulnérabilité accrue des adolescentes, souvent confrontées à des violences sexuelles, à des mariages forcés et à d’autres formes d’abus spécifiques.
Par ailleurs, le document note le mécanisme de prise en charge insuffisant. Durant ce trimestre, 22 % des survivantes ayant besoin d’assistance médicale n’ont pas été prises en charge, 76 % de celles nécessitant une protection sécuritaire et 80 % en quête de soutien juridique n’ont trouvé aucun appui.
À Tombouctou et Diré, les one-stop centers sont restés fermés faute de financements, privant des centaines de survivantes de services vitaux.
Bien que le nombre d’incidents de VBG documentés soit en forte diminution, soit 901 cas rapportés ce second trimestre par rapport au premier trimestre, 1237, soit une réduction de 27,16%, l’intensification des violations des droits humains dans plusieurs zones du Mali déjà fragilisée, notamment celles impliquant les femmes et filles se traduise par un nombre total de 13 987 cas documentés pour ce second trimestre, contre 6 603 au premier trimestre soit une augmentation de 111,86%.
PAR SIKOU BAH