L’Union africaine, dans un rapport publié le 29 août, alerte sur les flux financiers illicites, évalués à 88 milliards de dollars par an. Ces pratiques, liées à l’évasion fiscale, à la corruption ou à la manipulation des prix, privent les États de ressources vitales pour l’éducation et la santé.
Un récent rapport de l’Union africaine dénonce la forte progression des flux financiers illicites à l’échelle de la décennie. Les transferts transfrontaliers opaques, la corruption ou encore le blanchiment d’argent pénalisent les budgets des États.
C’est à une conclusion malheureuse qu’a abouti la toute dernière étude des experts financiers de l’Union africaine (UA) sur les flux financiers illicites (FFI).
Non seulement ces derniers conduisent à la perte annuelle d’une somme un peu abstraite de 88 milliards de dollars à l’échelle du continent africain, mais ce chiffre a augmenté de 76 % depuis le rapport déjà historique de 2015 du Groupe de haut niveau de la Commission économique pour l’Afrique de l’institution continentale. C’est en révélant cette inquiétante progression décennale que l’UA souhaite tirer la sonnette d’alarme.
La nature des chemins empruntés par cette manne évaporée est déjà connue. Il est d’abord question de simples transferts de capitaux au-delà des frontières afin de réduire, au maximum, le poids des taxes et autres charges fiscales. Et l’optimisation approximativement légale de laisser place à une opaque évasion fiscale qui permet à des sommes importantes de passer sous les radars des États nationaux.
Parfois liées à un simple défaut de déclaration ou à de la corruption endémique, ces « approximations » informelles cohabitent avec la gestion plus criminelle.
Il est alors question d’un blanchiment d’argent qui finit souvent par rejoindre le financement du terrorisme.
Si l’outil vedette de ces pratiques reste le principe des fausses facturations, le nouveau rapport de l’Union africaine revient également sur une technique encore plus sophistiquée de dispersion de grosses sommes comme celle de la manipulation des prix des matières premières.
Ces nouvelles statistiques interrogent évidemment sur les moyens mis en œuvre pour contrer l’évaporation de ces dizaines de milliards.
Tout en rendant hommage aux efforts nationaux, même jugés insuffisants, en matière d’unités de renseignement financier ou de démembrements fiscaux spécifiques, l’UA déplore le manque de coordination des services, de même que l’application mal contrôlée des régulations existantes.
Et la collaboration défaillante des institutions nationales, à l’échelle continentale, n’élude pas le manque de réflexion à un niveau encore plus planétaire. L’application « aveugle » de standards internationaux inadaptés aux réalités des pays en voie de développement complique la régulation, selon les experts de l’institution.
Par Abdoulaye OUATTARA