L’accès à l’eau potable et à l’assainissement demeure l’un des défis majeurs du développement en Afrique. En proclamant 2026 « Année de la Durabilité de l’Eau », l’Union africaine place cette question au cœur des priorités politiques du continent, dans un contexte marqué par des déficits alarmants et des attentes croissantes des populations. Une récente enquête Afrobarometer révèle que l’approvisionnement en eau figure parmi les principales préoccupations des citoyens africains, se classant au troisième rang des priorités après la santé et le chômage.
Selon plusieurs rapports récents, plus de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’eau potable, tandis que plus de 700 millions vivent sans services d’assainissement de base. Une situation préoccupante qui continue d’affecter gravement la santé publique, le bien-être des populations et les perspectives de développement durable.
Malgré les engagements pris dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (ODD) et de l’Agenda 2063, les progrès restent insuffisants. La croissance démographique rapide, la vétusté des infrastructures, les faiblesses de gouvernance et le manque de financement freinent considérablement l’accès universel à ces services essentiels.
À ces contraintes s’ajoute le poids du changement climatique, qui accentue les sécheresses, perturbe les régimes pluviométriques et fragilise davantage des systèmes hydriques déjà sous pression.
Face à cette urgence, les initiatives se multiplient. Lors de son sommet annuel de février 2026, l’Union africaine a, pour la première fois, fait de l’eau et de l’assainissement une priorité centrale, avec pour ambition d’accélérer les investissements et de renforcer la résilience climatique.
Dans cette dynamique, la Banque mondiale a récemment approuvé un financement de 1,58 milliard de dollars destiné à améliorer l’accès à des services d’eau, d’assainissement et d’hygiène résilients dans 12 pays d’Afrique orientale et australe.
Les résultats de l’enquête soulignent que plus de la moitié des Africains (57 %) déclarent avoir connu une pénurie d’eau potable au cours de l’année écoulée, dont un quart de manière fréquente ou permanente. Les disparités sont particulièrement marquées en milieu rural et chez les populations les plus pauvres.
L’accès aux infrastructures reste limité : seulement 52 % des zones enquêtées disposent d’un réseau d’adduction d’eau accessible à la majorité des ménages, avec des taux extrêmement faibles dans certains pays comme le Nigeria, la Sierra Leone ou le Libéria.
En pratique, près de la moitié des Africains (48%) doivent encore s’approvisionner en eau en dehors de leur concession, souvent au prix d’efforts considérables. Si 49 % utilisent des réseaux publics ou communautaires, une part importante dépend encore de sources alternatives comme les forages, les puits ou même les eaux de surface.
Par ailleurs, les effets du changement climatique se font déjà sentir : environ un tiers des Africains déclarent avoir dû réduire leur consommation d’eau ou changer de source d’approvisionnement au cours des cinq dernières années.
Si la reconnaissance politique de l’enjeu est désormais acquise, la mise en œuvre effective des engagements reste le principal défi. L’accès durable à l’eau potable et à l’assainissement apparaît aujourd’hui comme un levier essentiel pour atteindre les objectifs de développement du continent.
PAR MODIBO KONE