Ce vendredi 8 août 2025, le représentant permanent adjoint de la Russie auprès de l’ONU, Dmitri Tchoumakov, lors de son intervention à la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, a imploré le soutien de la communauté internationale en faveur de l’AES. Faut-il interpréter et analyser cette déclaration comme un lâchage de l’AES par la Russie ou un aveu de la part de Moscou de pouvoir aider les pays de l’AES à être indépendants et souverains ?
L’occident et ses relais grassement entretenus étaient aux anges, ce vendredi 8 août 2025, suite à la déclaration du représentant russe Dmitri Tchoumakov au Conseil de sécurité de l’ONU, appelant la communauté internationale à soutenir l’Alliance des États du Sahel (AES). Pour eux, c’est la capitulation : l’Ours russe a rendu les armes, implorant à genoux le soutien de la communauté internationale occidentale en faveur de ses protégés de l’AES. Le narratif est repris en boucle durant tout le week-end ; autrement dit : les carottes sont cuites pour nous. S’agit-il comme véhiculé par les voix à la solde de l’impérialisme, d’un lâchage de l’AES par la Russie et d’un aveu d’impuissance de la part de Moscou à pouvoir désormais continuer seul à aider les pays de l’AES pour être indépendants et souverains ?
Un Discours
contextuel
Dmitri Tchoumakov, représentant permanent adjoint de la Russie à l’ONU a profité d’une session du Conseil de sécurité à New York pour attirer l’attention sur la situation sécuritaire dans la région du Sahel. Il a notamment souligné l’urgence de soutenir l’Alliance des États du Sahel (AES) — qui regroupe notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger — dans leur lutte contre les groupes terroristes qui y sévissent.
Il s’agissait pour le diplomate russe de souligner l’importance stratégique et du rôle central de l’AES dans la lutte contre le terrorisme et plaider pour un soutien international. Il a insisté sur le fait que les pays membres de l’AES constituent aujourd’hui la ligne de front fondamentale contre le terrorisme dans le Sahel. La Russie a appelé les acteurs internationaux à apporter leur appui à cette alliance, considérant qu’une coopération renforcée est cruciale pour consolider les efforts de lutte antiterroriste.
Nulle fuite en avant pour assumer ses responsables envers ses alliés, au nom de la fédération de la Russie, le représentant permanent a dénoncé les ingérences externes dans les affaires intérieures des États du Sahel, suggérant qu’elles entravent l’efficacité des actions dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Le diplomate russe a salué l’initiative du Secrétaire général de l’ONU qui a soulevé la question de la dette des pays sahéliens envers leurs créanciers, endettement qui limite leur capacité à investir dans la prévention du terrorisme. Il a préconisé une réforme des institutions financières internationales afin de mieux prendre en compte les besoins et les intérêts des pays africains.
Un lâchage de l’AES par la Russie ?
De mauvaise foi, l’impérialisme, ses suppôts et ses relais ont vu dans la déclaration du représentant spécial adjoint un recul stratégique ou un désengagement progressif de Moscou. Selon cette philharmonie mensongère, appeler à un soutien international, c’est admettre qu’elle seule ne peut ou ne veut plus assumer le soutien à l’AES. Parce que le coût politique, économique ou militaire du soutien à l’AES devient lourd pour Moscou, qui semble déçue de voir les résultats concrets se manifester sur le terrain. C’est pourquoi, disent-ils, la Russie cherche à se décharger partiellement de ses responsabilités en impliquant d’autres acteurs.
Un appel
pour renforcer la souveraineté de l’AES ?
À l’inverse, cette déclaration doit être prise, de bonne foi, comme un acte diplomatique stratégique, où la Russie d’une part, renforce sa posture d’allié des États du Sahel, en particulier face aux puissances occidentales accusées d’ingérence, d’autre part, veut légitimer l’AES sur la scène internationale en appelant l’ONU à reconnaître leur souveraineté, et à leur offrir un appui multilatéral ; enfin affirme que le soutien à l’AES ne doit pas être monopolisé par une seule puissance (elle-même), mais partagé dans un cadre plus large, pour éviter l’isolement des pays de l’AES. Ce qui est tout à son honneur en tant qu’allié loyal et fiable.
Un message à double destinataire
Si la déclaration du diplomate russe vise à légitimer diplomatiquement l’AES et à sortir ces pays de leur isolement international, à l’AÉS elle-même, Moscou semble dire : “Nous sommes à vos côtés, mais vous ne devez pas compter uniquement sur nous.” Cette posture diplomatique habile permet à la Russie d’apparaître comme un allié fidèle, sans pour autant endosser seule le poids diplomatique, économique ou militaire de cette alliance régionale fragile.
Pour beaucoup d’observateurs, la Russie adopte depuis plusieurs années une politique d’influence indirecte en Afrique : soutien militaire via des sociétés de sécurité privées (ex : Wagner, Africa Corps), appui politique et médiatique (via RT, Sputnik, etc.), et coopérations sécuritaires ou minières ciblées. Mais elle évite autant que possible, comme les occidentaux, l’engagement lourd ou direct (bases permanentes, troupes régulières, engagements massifs).
En appelant à une mobilisation internationale pour soutenir l’AES, elle partage les risques, elle se protège des critiques (notamment si les États de l’AES échouent ou répriment), et elle peut maintenir son image de puissance alternative sans épuiser ses ressources.
En plaidant pour un soutien respectueux de la souveraineté, la Russie tente de marquer un contraste avec les interventions occidentales jugées néocoloniales, de défendre une vision multipolaire du monde où les petits États peuvent choisir librement leurs partenaires, et de rallier à sa cause d’autres pays africains également critiques de l’Occident. Il s’agit donc d’un discours stratégique, cohérent avec la doctrine russe de contestation de l’ordre mondial libéral dominé par l’Occident.
Donc, contrairement à la litanie véhiculée par l’occident et ses relais sur les réseaux, il ne s’agit pas d’un lâchage, mais plutôt d’un aveu réaliste de la part de la Russie sur ses limites objectives à soutenir seule des pays en pleine transition politique et sécuritaire. Il s’agit d’une manière globale d’une tentative d’intégrer l’AES dans un jeu diplomatique plus large, afin de leur donner légitimité et soutien international, tout en continuant à jouer un rôle influent dans la région.
Moscou ne se désengage pas et n’a pas l’intention de se désengager au grand désarroi des ennemis de nos peuples, mais cherche à élargir la base de soutien international à l’AES, tout en maintenant son influence et en soulignant l’importance du respect de la souveraineté des États sahéliens.
La déclaration de Dmitri Tchoumakov ne marque pas un lâchage de l’AES, mais bien un ajustement stratégique. Moscou continue de soutenir politiquement et symboliquement les pays de l’AES ; la Russie reconnaît ses propres limites et évite unilatéralisme risqué ; elle cherche à internationaliser le soutien, afin de rendre l’AES plus légitime et durable à long terme.
En résumé, c’est un signal de lucidité, pas de désengagement. La Russie veut rester un acteur clé dans le Sahel, mais sans porter seule le poids d’un nouvel ordre. Elle cherche donc à partager le fardeau, à construire des alliances élargies autour de l’AES et à faire reconnaître cette alliance comme un acteur international légitime, non
comme un satellite russe.
El Hadj Sambi Touré