Inculpé pour menaces et injures par le biais d’un système d’information, le procès d’Adama DIARRA dit Ben le Cerveau s’est ouvert ce lundi 27 juillet 2026 devant la chambre criminelle de la Cour d’Appel de Bamako. Dans ses réquisitoires, le ministère public a requis la peine d’emprisonnement de 10 ans fermes à l’encontre de l’inculpé tandis que le contentieux de l’Etat a réclamé le paiement du franc symbolique pour «tous les préjudices subis». Le délibéré est fixé pour le 3 août prochain.
Très attendu, le procès de Ben le Cerveau s’est ouvert ce lundi 27 juillet 2026 devant la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako, où le commandant en chef du mouvement panafricain Yerewolo Debout sur les Remparts était face à ses juges. Dans cette affaire qui consacre la rupture avec ses alliés de la transition, Ben le Cerveau est inculpé ‘’pour menaces et injures par le biais d’un système d’information’’. En plus d’être un acteur de mobilisation qui a fragilisé le régime d’IBK tombé en 2020, Adama DIARRA dit Ben le Cerveau, aux premières heures de la transition, était un fervent soutien.
Au cours du procès, les débats ont porté sur un enregistrement sonore que l’accusé qualifie de partiellement truqué par une intelligence artificielle. Dans cet audio qui lui est attribué, Ben le Cerveau durcit le ton contre la transition. Dans cette bande sonore, l’activiste appelait les autorités de transition au pouvoir à respecter le calendrier électoral initialement fixé et contestait ouvertement la gestion de la transition.
À la barre pour sa défense, le responsable du Mouvement Yerewolo Debout, d’emblée, reconnaît formellement être l’un des interlocuteurs. « Je reconnais que l’une des voix est la mienne », a-t-il confessé. Toutefois, il nie catégoriquement l’intégralité du contenu. Selon lui, sa voix a été modifiée par l’Intelligence artificielle.
Selon lui, les passages les plus incriminants auraient été fabriqués de toutes pièces : « Le reste n’est pas ma voix. C’est une voix robotique », a-t-il affirmé à la barre.
Adama Diarra rejette, en particulier, les déclarations mentionnant un prétendu « pacte avec le diable » ou la présence d’« éléments à Kidal », des propos qu’il assure n’avoir « jamais dits » et qu’il attribue à une voix générée artificiellement.
Il a, par ailleurs, précisé qu’il s’agissait, à l’origine, d’une conversation d’ordre privé avec un camarade de lutte, soutenant ignorer totalement la façon dont ce fichier a pu être rendu public sur les réseaux sociaux.
« Dans cet audio, mon interlocutrice affirmait que j’étais devenu milliardaire grâce à l’argent de la Transition. Pour qu’elle me croie, j’ai proféré des injures. Je lui ai également demandé de vérifier partout où elle le souhaitait si je disposais réellement d’argent ou de biens. Mais je regrette profondément ces injures et je présente mes excuses pour ces propos», a-t-il expliqué.
Poursuivant sa déclaration, il a ajouté :
« Nous étions déçus de notre collaboration avec les autorités. Nous ne voulions pas que la trajectoire de la Transition soit déviée. Notre objectif était de nous dissocier des autorités. Le président Bah N’Daw avait effectué plusieurs voyages à Paris sans se rendre à l’intérieur du pays. Nous étions mécontents de cette attitude du président Bah N’Daw, que nous estimions travailler pour la France. Nous ne partagions pas la même vision que son équipe. Nous avons déclaré que, si les autorités ne changeaient pas de cap, nous pactiserions avec le diable pour que les choses évoluent. Il ne s’agissait donc pas de menaces, mais d’alertes. »
Alors que plusieurs organisations de la société civile en Afrique ont invité les autorités de la transition à le libérer, la chambre criminelle a fixé son délibéré le 3 août prochain.
Ancien membre du Conseil national de transition, Ben Le Cerveau avait été mis sous mandat de dépôt par le procureur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité. En septembre 2023, il est condamné à deux ans de prison dont un an ferme pour « atteinte au crédit de l’État », une peine réduite en appel en février 2024.
Abdoulaye OUATTARA