À la suite de nombreuses dénonciations d’abonnés téléphoniques faisant état de violations de leurs données personnelles dans le cadre de la campagne d’identification via le NINA, l’Autorité de Protection des Données à Caractère Personnel (APDP) a décidé de réagir officiellement. Elle annonce avoir ouvert des investigations et met en garde contre les dérives pouvant porter gravement atteinte aux libertés individuelles.
Dans un communiqué en date du mardi 29 juillet 2025, signé par son président, l’APDP a confirmé avoir été saisie par plusieurs usagers à la suite de la campagne d’identification des numéros de téléphone à travers le Numéro d’Identification Nationale (NINA). Ces plaintes et signalements concernent des cas présumés de violation des données à caractère personnel, allant jusqu’à des soupçons d’usurpation d’identité.
Face à ce que l’Autorité n’hésite pas à qualifier de potentielle compromission massive de données sensibles, l’APDP assure que des mesures sont en cours pour faire toute la lumière sur ces faits, tout en rappelant sa mission de contrôle des traitements de données personnelles.
Ainsi, en tant que garante du respect des normes de protection des données à caractère personnel, l’Autorité souligne l’importance de la mise en œuvre de mesures de sécurité adéquates par les individus et les opérateurs de téléphonie pour prévenir les risques de violation de données qui englobent une variété d’informations sensibles dont le traitement inapproprié peut porter atteinte aux libertés et droits fondamentaux des personnes concernées.
Par ailleurs, l’Autorité rappelle aux citoyens, que la publication sur les réseaux sociaux de numéros de téléphone, qui seraient rattachés à des NINA constitue également une violation de données à caractère personnel.
La vague d’indignation est survenue dans la foulée d’une communication officielle d’Orange Mali, qui annonçait la mise en place de nouvelles mesures pour sécuriser les lignes téléphoniques. L’opérateur a en effet lancé une plateforme (identification.orangemali.com) et un code USSD dédié #101#410# permettant à tout abonné de vérifier les numéros de téléphone enregistrés à son nom.
Présentée comme un renforcement de la transparence, cette initiative a produit l’effet inverse : de nombreux citoyens ont découvert avec stupeur que des numéros inconnus étaient liés à leur identité, sans leur consentement. Certains se sont aussitôt rendus dans les agences de téléphonie mobile pour exiger des explications, dénonçant ce qu’ils considèrent comme une atteinte grave à leurs données personnelles.
Certains ne cachent pas leur mécontentement face à cette situation. Ils exigent des explications claires sur l’utilisation de leurs données personnelles et appellent les autorités compétentes à réagir face à ce qu’ils considèrent comme une atteinte grave à leurs droits.
Pour leur part, les experts en Cybersécurité alertent sur la situation.
« Cela dénote d’un manque de sérieux dans le processus, mais aussi d’une erreur de système. Dans les deux cas, il y a un risque d’usurpation d’identité », a souligné Adourahamane Ibrahim Assihanga MAÏGA, au cours d’une interview sur Studio Tamani.
« Un citoyen peut être convoqué ou poursuivi pour des faits qu’il n’a pas commis, puis son nom peut apparaître dans des bases de données policières ou judiciaires de façon erronée. Les seules actions à faire dans ce genre de situation, c’est de faire un signalement immédiat », a indiqué M. MAÏGA.
Pour ceux qui veulent aller dans l’extrême, c’est de porter plainte au niveau de l’autorité de régulation, l’AMRTP ou bien au niveau de l’autorité de protection des données à caractère personnel, a-t-il orienté.
PAR AMINA SISSOKO