Une fraude d’ampleur dans l’utilisation des cartes de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) dans les régions du Nord du Mali (Gao, Tombouctou, Ménaka, Kidal) menace la pérennité du système, selon Youssouf Aboubacar DIALLO, responsable régional de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CANAM). Dans un message audio largement diffusé sur les réseaux sociaux depuis le 18 mai 2025, M. DIALLO a dénoncé ces pratiques frauduleuses qui compromettent la viabilité financière de l’AMO, exhortant les populations à une prise de conscience collective pour préserver ce dispositif essentiel.
Le responsable régional a pointé du doigt l’usage abusif des cartes AMO, une pratique qu’il qualifie de « vol à ciel ouvert ». Selon lui, il est courant dans ces régions qu’une seule carte serve à couvrir les soins de santé de toute une communauté, en violation des principes fondamentaux du système.
« C’est une fraude avérée qui est là. Nous, dans nos logiciels, on peut contrôler chaque assuré depuis la création de l’AMO jusqu’à maintenant ; le nombre de fois où tu es passé devant une pharmacie, le nombre de produits que tu as déjà pris », a-t-il déclaré, soulignant la capacité de la CANAM à retracer les transactions frauduleuses.
M. DIALLO a expliqué que certains usagers, pour contourner le système, utilisent les cartes de leurs proches, souvent des personnes âgées, pour obtenir des ordonnances au profit de non-assurés.
« Ça, c’est une fraude et si les gens ne font pas attention, le système va tomber », a-t-il averti. Puis, il a insisté sur la nécessité de protéger l’AMO, parce que, selon lui, c’est un pilier important du système de santé de notre pays. Il a ensuite ajouté : « Vraiment, aujourd’hui, il faut arrêter avec cette pratique. Parce que si on n’arrête pas, le système va s’effondrer ». Or, il estime que les assurés doivent être, chacun de leur côté, les bergers de l’AMO.
Face à cette situation alarmante, la CANAM a déjà entamé des mesures coercitives et il informe qu’il y a un mécanisme pour pouvoir détecter des cas de fraude à l’AMO.
« On t’appelle d’abord, on t’interroge, si tu n’es pas d’accord, on te montre tout ce que tu as eu à faire. Non, on ne va pas mentir sur toi, on ne te connaît pas, mais ton numéro AMO, oui. À partir du numéro AMO, toi-même, tu vas reconnaître tout ce que tu as eu à faire. À partir de là, les sanctions vont commencer », a-t-il expliqué.
Parmi les sanctions envisagées figurent la suspension des droits de l’assuré et de sa famille, des pénalités financières, ainsi que des poursuites judiciaires.
Le responsable a également dénoncé les pressions sociales exercées sur les prescripteurs, souvent contraints d’enfreindre les règles sous la menace des communautés.
« Un assuré peut venir au guichet avec sa carte et exiger la prescription d’un parent à sa place. Et quand celui-ci refuse, on pense que c’est lui le méchant, alors que c’est la CANAM qui lui a donné l’ordre », a-t-il expliqué.
La région de Gao, en particulier, semble particulièrement touchée par ce phénomène à en croire M. DIALLO qui a relevé des ruptures fréquentes d’ordonnances malgré une dotation mensuelle de 10 cartons de médicaments, équivalente à celle des régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti et Tombouctou.
« Mais c’est Gao qui est chaque fois en rupture, alors que le nombre d’assurés que nous avons dans la région, c’est peu par rapport aux autres régions. Voilà le problème ! », a-t-il martelé.
Par ailleurs, Youssouf DIALLO a clarifié que « leur carte ne peut même pas traiter leur propre mère, à plus forte raison une autre personne », précisant qu’aucun fraudeur, quel que soit son âge, ne sera épargné.
Il a ainsi sollicité une coopération franche des habitants pour préserver l’intégrité du système AMO, menacé par ces abus généralisés.
Par Amina SISSOKO