Lors du sommet africain de la sécurité, tenu du 25 au 27 août 25 à Abuja, il a été décidé de la création d’une force antiterroriste au compte de toute l’Afrique. Il s’agit d’une brigade de 260 000 hommes avec un financement de 2,5 milliards de dollars par an. Mais ce projet pourrait être confronté à un certain nombre d’obstacles quand on sait que le Mali et le Burkina Faso membres de l’AES ont boycotté la rencontre, seul le Niger était représenté. En plus de cette réalité, il faut reconnaître que le financement de cette initiative risque poser de sérieux problèmes comme ce fut le cas pour d’autres forces.

Réunis à Abuja au Nigeria, les chefs d’état-major des pays africains ont approuvé la création d’une force de réaction rapide de 260 000 hommes, chargée de combattre le terrorisme qui gangrène plusieurs pays de la région.
Une enveloppe de 2,5 milliards de dollars a été également approuvée pour la mise en place et l’opérationnalisation de cette armée régionale, présentée comme une réponse aux attaques de plus en plus meurtrières menées par les groupes armés dans le Sahel et le golfe de Guinée.
Le problème est que le Niger a pris part à ce dernier sommet africain sur la sécurité alors que la rencontre a été boycottée par le Mali et le Burkina Faso, épicentre de la violence terroriste. Donc, il y a là une équation à résoudre au préalable avant la création d’une telle force si on veut aller loin.
Depuis l’annonce de la constitution de cette force antiterroriste, deux questions fondamentales taraudent les esprits.
D’abord, l’on se demande comment une lutte contre le terroriste pourra aboutir à des résultats escomptés, surtout en Afrique de l’Ouest, sans l’implication des Etats de l’AES. Aussi, le montant à mobiliser pour rendre opérationnel cette force donne des vertiges.
L’Union africaine compte-t-elle sur les moyens de ses pays membres ou est-elle dans la logique de démarcher les partenaires internationaux ?
En tout cas, sans être dans les secrets des dieux, tout porte à croire que cette organisation compte plus sur le financement extérieur que sur ses propres moyens.
Comme on le sait déjà, quand le financement vient de l’extérieur, il est évident qu’il soit accompagné par des directives à suivre. Ce qui peut constituer une source de blocage pour la réussite du projet.
En plus du doute émanant des citoyens ordinaires, des experts sont également sceptiques quant aux capacités de l’organisation continentale à réussir une telle opération.
Par exemple, Dicko Abdourahamane, enseignant-chercheur à l’université de Zinder, expert en questions sécuritaires, politiques et stratégiques expriment ses inquiétudes en ces termes : « La Cédéao a maintes fois fait ce genre de déclaration et de promesse, mais, dans la pratique, nous n’avons pas véritablement senti un engagement tangible de cette même organisation qui, il faut le rappeler, n’a pas joué un rôle assez important dans la lutte contre le terrorisme et dans la lutte contre les groupes jihadistes, qui ont transformé une partie de l’espace Cédéao en un véritable sanctuaire. Le projet, dans la forme, est soutenable, mais, dans la pratique, il n’est réellement pas envisageable, dans un contexte où la Cédéao fait face justement à des difficultés financières, des difficultés institutionnelles, mais aussi à des difficultés structurelles ».
De son côté, Emery Owolabi, expert en sécurité, émet aussi des réserves quant au financement de cette force.
«Nous savons que beaucoup d’Etats de la région peinent déjà à honorer leurs contributions régulières, que ce soit dans le cadre de la Cédéao ou de l’Union africaine. Il y a plusieurs États qui ne payent pas leurs cotisations. Maintenant, si on compte sur les promesses de l’Onu, je crois qu’il ne faudra pas espérer un gros financement tout de suite. Il ne faudra pas non plus compter sur les partenaires extérieurs. L’exemple de l’échec du G5 Sahel est encore dans nos mémoires», prévient Emery Owolabi, avant d’ajouter que sans la participation des pays de l’Alliance des Etats du Sahel, l’initiative pourrait être vouée à l’échec.
«La lutte contre le terrorisme ne peut pas se limiter au périmètre actuel des pays de la Cédéao. Il faudra trouver un cadre de dialogue et d’inter-opérationnalisation avec les Etats de l’Alliance du Sahel qui sont aujourd’hui en première ligne dans la lutte contre le terrorisme, recommande Emery Owolabi.»
Comme dirait l’autre, la sécurité ne s’obtient pas dans l’isolement. Les acteurs de cette initiative doivent mettre les bouchons doubles pour convaincre les pays de l’AES à l’intégrer. Une condition essentielle pour combattre ensemble ce fléau qui gangrène actuellement plusieurs pays africains, surtout dans le sahel.
Selon les participants à la réunion d’Abuja, la force antiterroriste devrait être opérationnelle dès l’année prochaine, avec pour priorité le renforcement des frontières, la sécurisation des zones rurales et la protection des populations civiles.
Les ministres des Finances et de la Défense de l’organisation ont décidé d’engager la réflexion afin de convenir des modalités de financement de cette force.

PAR MODIBO KONE

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