Le Secrétaire général de l’ONU a averti, ce mercredi 13 mai 2026, que l’Afrique pourrait devenir « la première victime » des bouleversements géopolitiques mondiaux. Lors d’un discours prononcé à Addis-Abeba, António Guterres a dénoncé les déséquilibres du système financier international et plaidé pour un appui accru aux initiatives africaines visant à renforcer la souveraineté économique du continent.

Le Président français, Emmanuel Macron, le Président de la Commission de l’Union africaine et les Nations unies, le Secrétaire général de l’ONU, António GUTERRES se sont réunis, ce 13 mai 2026, à Addis-Abeba.
La réunion a tout naturellement abordé les enjeux de développement de notre planète et de l’Afrique en particulier.
Lors de cette déclaration, loin de la prudence diplomatiques habituelles, António GUTERRES a livré un véritable réquisitoire contre les fondements historiques, économiques et financiers qui, selon lui, continuent d’entraver le développement du continent africain.
Pour lui, l’Afrique demeure victime d’un système international pensé sans elle et souvent contre elle.
« Toute la logique des infrastructures, de l’économie, des services sociaux etc. n’était pas conçue pour le développement africain, mais conçue naturellement pour (…) les intérêts des pays colonisateurs », a indiqué M. GUTERRES, insistant à affirmer : « tout le dessin des institutions multilatérales a été fait sans tenir en compte les intérêts des peuples africains. »
Pour António GUTERRES, l’injustice ne relève pas seulement du passé colonial, mais aussi de la structuration même de la gouvernance mondiale.
En effet, derrière les références au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale ou encore aux agences de notation, c’est toute l’architecture du capital mondial qui est accusée de favoriser structurellement les pays développés.
« Les marchés s’orientent essentiellement vers les pays développés », tandis que les États africains font face à des difficultés d’accès au capital, a illustré le patron de l’ONU.
Mais le pire, selon lui, est le coût exorbitant de l’endettement imposé aux pays africains qui sont 3 fois le taux de référence.
« Alors, c’est le moment de tout faire, probablement pas pour une réforme profonde du système financier international, parce que nous savons que c’est une question de pouvoir et le pouvoir lui-même est à peine dissimulé, mais il y a un certain nombre de choses qu’on peut faire sans augmenter les dépenses budgétaires en créant des ressources qui peuvent être mises à la disposition de l’Afrique, pour soutenir l’effort africain de mobiliser ces ressources », a plaidé le secrétaire de l’ONU.
Par ailleurs, il a salué les nouvelles dynamiques impulsées par des Etats africains pour s’affirmer.
A cet effet, il fait allusion à la volonté des africains de prendre en main leur développement, citant notamment la Zone de libre-échange continentale africaine et les efforts visant à réformer l’architecture financière africaine.
Pour lui, cette évolution marque un tournant stratégique pour le continent afin de garantir que les ressources africaines restent en Afrique et permettre l’investissement en Afrique.
«C’est une décision d’une importance stratégique fondamentale », salue M. GUTERRES
En clair, le secrétaire général de l’ONU encourage l’émergence d’une doctrine africaine plus autonome, portée par une volonté de réduire la vulnérabilité du continent face aux chocs internationaux.
Également dans son intervention, M. GUTERRES a évoqué la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences potentielles sur l’économie africaine avec la fermeture du détroit d’Ormuz.
« L’Afrique sera la première victime de la crise du Moyen-Orient », a-t-il affirmé, en relevant que les conséquences de cette situation toucheront directement l’énergie, les engrais, l’inflation et les finances publiques africaines.
Pour lui, ces difficultés d’accès sont bien plus grandes pour l’Afrique, les coûts sont plus élevés, l’inflation sera plus dure et l’impact sur la dette et sur les finances publiques sera plus dramatique en Afrique que dans d’autres régions.
C’est une raison additionnelle, a-t-il souligné, pour tout faire pour appuyer le continent africain dans ce moment particulièrement difficile.
Néanmoins, a-t-il alerté, « Il y a un risque de récession mondiale avec des conséquences qui seraient absolument effrayantes », avant de mettre en évidence la vulnérabilité africaine qui ne relève plus uniquement d’un problème régional, mais constitue désormais un enjeu central de stabilité mondiale.

PAR SIKOU BAH

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