La situation sécuritaire au Mali, en juillet 2025, a connu une dégradation marquée, avec 81 incidents recensés, contre 50 à la même période en 2024, soit une hausse de 62 %. Cette tendance reste sensiblement égale à la moyenne du premier semestre 2025, qui s’établit à 80 cas, précise un rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) qui note également que les hostilités et affrontements armés ont également augmenté, avec 23 incidents en juillet, contre 6 à la même période en 2024.
Les incidents liés aux engins explosifs restent les plus fréquents avec 37 cas. Les affrontements armés connaissent également une flambée, passant de 6 incidents en juillet 2024 à 23 incidents cette année.
En effet, selon de nombreux rapports, en 2024, l’offensive des forces armées a contribué à désorganiser les groupes armés terroristes. Cette dynamique à mi-année n’a pu être maintenue, en témoigne encore le rapport du Bureau de la coordination des Affaires humanitaires des Nations unies, dont les bulletins d’information avancent des chiffres funestes.
Le rapport d’OCHA publié ce mardi 12 août indique que cette hausse s’accompagne d’une extension géographique des violences, notamment vers l’ouest du pays, dans la région de Kayes, présentant des dynamiques similaires à celles observées dans le centre et le nord du pays.
L’un des événements marquants de cette année a été les attaques coordonnées à Kayes par des groupes armés terroristes qui ont visé la résidence du gouverneur de ladite région, des postes des forces de l’ordre ainsi que des unités industrielles.
Le même jour, de façon simultanée, ces groupes ont attaqué 6 autres localités du pays, dont la région de Nioro du Sahel, Niono. En plus des positions des forces armées maliennes, pendant la période, l’OCHA rapporte des cas de violence contre 10 humanitaires, causant deux décès parmi le personnel humanitaire. Ces chiffres, commente OCHA, traduisent une pression croissante sur les opérations humanitaires dans le pays, en particulier en dehors des centres urbains.
Timissa se vide de sa population
Dans la région de Ségou, avant l’incident du 25 juillet qui a coûté la vie à deux staffs d’une ONG nationale, la situation sécuritaire continuait à se dégrader.
« Sur les 30 villages de la commune de Timissa, au moins 17 se sont déjà vidés de leurs populations », témoigne un maire à OCHA. Une grande partie de ces déplacés a trouvé refuge à San, Sofara, Bla, Ségou ou Bamako, souligne la Mission humanitaire.
Dans la région de Kidal, les routes deviennent de plus en plus dangereuses.
« La présence croissante d’acteurs armés affectant l’accès et l’approvisionnement de la ville de Kidal », soutient OCHA. Cette situation entraîne une pénurie de produits essentiels et une hausse des prix.
Illustrant ces faits, la Mission humanitaire a rappelé que le 28 juillet, 8 camions de marchandises ont été interceptés par des acteurs armés sur l’axe Anefif-Kidal, dont certains transportaient des intrants nutritionnels humanitaires d’une organisation internationale. La preuve, selon elle, que la situation sécuritaire reste volatile dans cette partie du pays, en dépit de la montée en puissance des Forces armées maliennes.
Dans la région de Tombouctou, depuis l’instauration de la restriction d’accès le 4 mai 2025 à Gossi, suivie d’un déplacement de population, une partie de la population restée dans la ville vit dans des conditions extrêmement difficiles avec très peu d’accès aux services sociaux de base.
« Les partenaires humanitaires qui n’y avaient pas accès ont pu, grâce à une stratégie communautaire en début juillet, apporter une assistance. Les acteurs armés qui contrôlent les accès à la ville ont imposé, le 27 juillet, une interdiction totale de mouvements des engins tricycles, les seuls qui assurent le transport des personnes et de leurs biens », a affirmé le rapport d’OCHA.
Pour la mission humanitaire, cette nouvelle situation exacerbe davantage les conditions de vie difficiles de ces populations. En ce sens, a-t-elle ajouté « Aucun acteur ne peut plus accéder à cette ville. La vulnérabilité de la population va s’aggraver. »
Malgré cet environnement, les interventions humanitaires se poursuivent. Cependant, elles soulignent l’urgence de renforcer les mécanismes d’accès humanitaire communautaire, à travers une coordination de proximité plus proactive avec les acteurs concernés sur le terrain.
Par Sikou BAH