Dans un contexte de fortes chaleurs et de fréquentes coupures d’électricité, la conservation de l’insuline reste un véritable défi pour de nombreuses personnes vivant avec le diabète au Mali. Le Dr Moussa SOUMARE, diabétologue à l’ASSOCOBA, et Mme Aminata DIARRA, patiente et membre de la Fédération nationale des diabétiques du Mali (FENADIM), alertent sur les risques d’une mauvaise conservation et partagent des solutions adaptées aux réalités locales.
Le diabète constitue une préoccupation de santé publique croissante au Mali. Selon les estimations, plus de 1000 enfants et adolescents sont atteints de diabète de type1. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le diabète fait partie des 10 funestes des maladies qui tuent dans le monde.
De nombreux patients, dans le cadre de traitements, sont largement dépendants de l’insuline, dont la conservation est un grand défi dans le contexte malien marqué par une crise énergétique. Or, explique Dr Moussa SOUMARE, l’efficacité de l’insuline dépend fortement de ses conditions de conservation. Il précise que les recommandations de conservation de l’insuline se situent généralement entre 2°C et 8°C, avant l’ouverture du flacon.
« Malheureusement, beaucoup de patients ont du mal à conserver l’insuline par manque d’information sur sa conservation », a déploré Dr SOUMARE, avant d’évoquer également d’autres difficultés, en l’occurrence l’absence de réfrigérateur ou d’autres récipients facilitant la conservation de l’insuline de façon traditionnelle. À cela s’ajoutent la coupure d’électricité et enfin le déplacement.
Partageant ses expériences par rapport à l’utilisation de l’insuline, Mme Aminata DIARRA, diabétique de type 2, indique que les patients atteints de cette forme de la maladie n’ont généralement pas besoin d’insuline, sauf en cas d’urgence.
« Généralement, mon taux ne monte pas. Mais c’est au cours de certaines maladies que le taux galope. Donc, on m’a mis sous insuline. Au cours de ce bilan préopératoire, s’il s’avère que le taux de glycémie n’est pas équilibré ou bien le sel aussi n’est pas équilibré, ça ne permet pas au patient d’être opéré, sinon il y aura un risque. Donc, on met la personne vraiment sous insuline », a indiqué Mme Aminata DIARRA également coordinatrice de la Maison de prévention du diabète de Bamako. Elle rappelle par ailleurs que pour les enfants et adolescents, l’insuline est vitale.
Évoquant les moyens de conservation de l’insuline, la coordinatrice souligne que le médicament a besoin de fraîcheur afin qu’il ne soit pas décomposé. Cependant, précise-t-elle, il ne doit pas être conservé dans un congélateur au risque de détruire les principes actifs du produit.
Cette solution reste toutefois hors de portée pour de nombreux patients vivant dans des zones périphériques dépourvues d’électricité ou d’équipement adapté. Face à ces défis, il existe des moyens de conservation traditionnels, a-t-elle indiqué.
« On peut mettre le sable dans une jarre tenue dans un endroit humide pour conserver l’insuline », a enseigné Aminata DIARRA, informant d’ailleurs que l’ONG Santé Diabète mène une campagne de sensibilisation sur la préservation de l’insuline.
Au regard de l’importance de sa conservation, la coordinatrice de la maison de prévention du diabète à Bamako formule plusieurs recommandations à l’attention des patients diabétiques.
« Il ne faut jamais rompre la chaîne du froid. Le médicament doit être gardé à une température recommandée pour être efficace », a-t-elle conseillé. Pendant la période froide, l’insuline est gardée aussi à la température ambiante par certains malades, selon la coordinatrice. Cette conservation est faite en fonction des moyens et des réalités des localités.
PAR SABA BALLO