Youri Communication en partenariat avec Africable télévision a organisé, le samedi 19 juillet 2025, la troisième édition du Forum à la Une. Il a eu comme cadre le Grand hôtel avec comme thème : « Crimes coloniaux : l’heure des compensations a sonné ». Un sujet délicat et fondamental qui vient à point nommé, car l’Union africaine a décrété 2025 comme l’année des réparations.
Pour décortiquer ce sujet crucial, Robert DISSA a fait appel à des voix éclairées qui ont aidé à comprendre les multiples dimensions de cette problématique. Le modérateur DISSA a expliqué qu’il ne s’agissait pas de réécrire le passé, mais de regarder son héritage en face pour construire un avenir plus juste et équitable.
Le discours d’ouverture a été prononcé par le Pr Alkadri DIARRA, président de la Commission nationale des droits de l’homme. À sa suite, la première communication a été faite par le journaliste-écrivain Daouda Naman TEKETE. Celui-ci a décortiqué le thème portant sur le ‘’ passé colonial au futur panafricain, les enjeux et les modalités des compensations justes et durables. M. TEKETE a affirmé que les colons sont venus par la force des armes pour nous imposer leur façon de faire et travestir nos structures politiques, économiques, sociales et culturelles. Jusqu’à présent, fustige-t-il, tous les pays africains qui ont connu la colonisation sont en train de se gérer sur la base de la gouvernance de l’ancien colonisateur.
Pour l’Ecrivain Daouda TEKETE, le plus grand défi pour les Africains aujourd’hui est d’apprendre à se connaitre, à s’aimer, à se connecter avec leurs ancêtres méritants, à réaliser ce que les autres les pensent incapables de faire, à savoir s’affirmer et valoriser leur patrimoine.
À son tour, le magistrat Assane Magatte SEYE a axé sa communication sur : ‘’vers une justice réparatrice pour l’Afrique, limites de la CPI et perspectives d’une Cour africaine’’. D’entrée de jeu, il a fait remarquer que depuis sa création, sur une trentaine d’affaires jugées par la CPI, 17 ont été traitées et 14 concernent des dirigeants africains.
Après une large analyse sur la CPI, Assane Magatte SEYE dira que c’est une justice à deux vitesses. Concernant les compensations, le magistrat a affirmé qu’il faudrait d’abord chercher à chiffrer ou à défaut quantifier les crimes commis.
Pour ce faire, il a proposé de faire un projet à tiroir, c’est-à-dire de prendre des données sur chaque période et d’identifier les réparations financières et les compensations à faire. Il a fait comprendre que ces compensations ne feront jamais de nos pays des Etats riches, mais qu’il est nécessaire que ces réparations soient faites pour corriger une injustice.
Suite
Pour sa part, l’honorable Youssouf Z COULIBALY a abordé la thématique sur l’impératif des réparations et compensations, des pistes d’actions concrètes pour le Mali et pour l’Afrique, en évoquant les réparations financières et les réparations non financières.
Pour lui, il sera utile de penser à la mise en place d’un fonds de compensation ou d’introduire des taxes dans le cadre de la collaboration avec les anciens colonisateurs qui ont besoin de nos matières premières. Il n’a pas manqué d’évoquer la restitution des œuvres d’art qui ont été pillées à l’Afrique.
Pour avoir gain de cause dans cette réparation, l’honorable Youssouf Z COULIBALY a déclaré qu’il ne faudrait pas surtout compter sur l’Union africaine qui est téléguidée par l’Europe. Il s’est dit convaincu que le Mali peut jouer un rôle fondamental de catalyseur avec l’accompagnement des autres pays.
L’honorable Fousseyni OUATTARA a donné son avis sur la quantification et l’évaluation des dommages coloniaux et les mécanismes de réparations financières. Il a affirmé que des colons reconnaissent leur tort, en rappelant une déclaration de l’ancien président français Jacques CHIRAC qui soutient que l’Afrique a été exploitée pendant des siècles.
Selon M. OUATTARA, il est très difficile de quantifier ce que les Européens ont volé à l’Afrique.
Enfin, l’honorable Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun HAIDARA du CNT a parlé des réparations coloniales, un impératif de justice pour le développement durable commun. Il a enseigné qu’il arrive toujours un moment où la vérité doit être dite, non pour diviser, mais pour construire. M. HAIDARA a soutenu que le moment est arrivé pour compenser les crimes coloniaux.
« Pendant des années, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont été arrachés à leur terre, enlevant leur humanité et réduits à l’état de marchandises. L’esclavage et la colonisation ont laissé dernière des sociétés fracturées, des cultures humiliées, des mémoires blessés », a déploré M. HAIDARA.
Il a balayé d’un revers de la main la position des Européens qui font croire que les victimes n’ont rien réclamé en rappelant que depuis les indépendances, des gens se sont organisés pour dénoncer ces crimes et exiger des réparations.
Il a insisté à dire que nous avons le droit d’être dédommagés économiquement, financièrement et culturellement.

PAR MODIBO KONE

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