Le gouvernement a décidé le mercredi 11 juin 2025 de soumettre la charte de la transition pour la seconde fois à la révision pour permettre l’octroi au général d’armée Assimi GOÏTA de jouir d’un mandat de 5 ans renouvelable comme ses pairs de l’AES. Le jeudi 12 juin, lendemain de cette décision qui ne fait pas l’unanimité au sein de l’opinion nationale, le Conseil national de transition, dans un huis clos théâtral, décide à l’unanimité de renoncer à son indemnité de monture, soit 400-500.000 FCFA par mois. Hasard du calendrier institutionnel ou stratégie de diversion concertée au sommet de l’Etat pour couvrir une arnaque constitutionnelle ? En tout cas, le président du CNT, Malick DIAW, à l’ouverture de la session d’avril avait appelé ses membres à renoncer à certains de leurs avantages. Notre éclaire.
Au moment où les ennemis de notre nation pactisent contre nous (accord entre le JNIM et FLA) et que cette jonction terroriste appelle à l’unité d’action pour balayer le régime militaire de la transition en place depuis 2020, pourtant soutenu encore du bout des lèvres par des Maliens, les autorités de la transition choisissent de se fourvoyer dans la segmentation, d’approfondir le fossé de la divergence pour ne dire de la Fitna afin de ne faire plaisir à Iyad et à ses assassins qui pensent qu’Allah leur appartient.
Un mandat de 5 ans aux forceps
La décision du gouvernement de ce mercredi 11 juin 2025 de soumettre au CNT un projet de révision de la Charte de la transition pour octroyer un mandat de 5 ans à Assimi GOÏTA et de faire l’économie des élections pour sortir de la transition qui dure depuis 5 ans ne peut que diviser davantage notre nation, dont une grande partie des enfants est considérée aujourd’hui à tort par les relais krikra de fasodendjuguw, de 5e colonne de complices de terroristes ou des apatrides exilés au service de la déstabilisation.
Un semblant de présidentielle comme celle que les démocrates avaient organisée en 1997 entre Alpha et Mamadou Batrou (paix à son âme) aurait eu plus l’adhésion des Maliens qu’une auto-attribution d’un mandat présidentiel aux forceps, diakoya, et contre tous les principes connus de respect.
Les Maliens sont d’accord avec les militaires, beaucoup plus que ce qu’ils ont été amenés à vivre avec la gestion dite des démocrates, à la condition de ne pas les prendre comme des benêts qui boivent par leurs narines.
Comme au moment, ils avaient choisi pour s’auto-octroyer le grade de général au groupe des 5 colonels +1, le régime de la transition n’est pas en phase avec les Maliens pour l’auto-attribution d’un mandat d’au moins 5 ans sans passer par les urnes au président de la transition, le Général d’armée Assimi GOÏTA. Beaucoup de patriotes qui ne sont pas contre Asso ka ta nayé estiment que la décision du gouvernement frise la victoire à la Pyrrhus qu’on aurait pu éviter en faisant un triomphe Assimi à l’occasion d’une présidentielle, même taillée sur mesure, où il aurait écrasé tous ses adversaires, de l’intérieur comme de l’extérieur.
Pour d’autres, la décision maladroite consacre l’absence d’expertise politique autour des militaires qui sont loin d’être de mauvaise foi, mais dont la formation et l’expérience incitent peu au compromis. La gestion d’un pays étant loin de celle d’une caserne ou d’une opération militaire, le passage en force du Général Assimi GOÏTA, qui fait économiser au Mali en guerre 81 milliards de FCFA, sonne pour toute une partie des Maliens comme un franchissement du Rubicon, pardon comme un autoritarisme de trop : ‘‘Môgô bi se kola, i be i tô to», dira le Dr Diawara ancien président de Yélema.
Les stratégies du JNIM et ses alliés
Pendant que les ennemis de notre pays prennent la poile de la bête, s’organisent et tentent de créer une large coalition avec tous les déçus, les mécontents et opposants de la transition, tant de l’intérieur que l’extérieur, pour accroître leur légitimité, la transition qui bat de l’aile et qui a besoin d’un nouveau souffle se fourvoie. Depuis quelques semaines, de manière concertée, les ennemis multiplient les attaques contre nos forces de défense et de sécurité ainsi que contre nos localités et progrès de développement (mines, routes et unités industrielles incendiées).
Pour asseoir leur emprise locale, le JNIM et ses alliés affutent leur stratégie territoriale. Outre les attaques contre les emprises de notre armée, ils consolident leur assise territoriale par un système d’administration parallèle. Ils imposent des taxes (zakat) aux villages, contrôlent les routes, dictent les codes vestimentaires et sanctionnent les communautés soupçonnées de coopérer avec les forces armées et de sécurité. Les groupes armés terroristes financent leurs activités par les rançons, le vol de bétail, les « péages » sur les routes minières, et l’extorsion dans les zones d’orpaillage. Ce n’est pas tout. Les otages civils et militaires leur servent également à asseoir cette domination. Des dizaines de fonctionnaires, enseignants, humanitaires et villageois restent détenus par le JNIM sans informations précises. L’enlèvement d’un ressortissant turc, non démenti récemment, ou encore la rétention depuis août 2024 de deux ressortissants russes au Niger, illustrent cette méthode terroriste et de chantage permanent.
Toutefois, au regard du rapport de force sur le terrain de la confrontation, rien n’indique encore que le JNIM et ses alliés soient en mesure d’aller au-delà de leur guérilla terroriste et capables de prendre Bamako. Mais, il convient de compter avec leur progression territoriale, leur résilience militaire, leurs nombreux relais communautaires et leur capacité d’adaptation idéologique. Toutes choses qui font d’eux, selon plusieurs observateurs, des acteurs politiques incontournables dans plusieurs zones et localités du nord et du centre du Mali.
En annonçant le 11 juin 2025, au même moment, le futur mandat de 5 ans d’Assimi, sa volonté de mettre en place un gouvernement d’union pour remplacer les militaires, le JNIM ne change pas de doctrine, de vision et de stratégie. Il change seulement de paradigme. Autrement dit, d’habillage pour épater et enrôler les politiques affamés.
Conscient de ses limites à conquérir et surtout à gouverner seul Bamako, le JNIM envisage et propose une offre politique nouvelle : former une coalition avec non seulement ses alliés traditionnels rebelles du FLA, mais aussi les figures religieuses connues comme l’Imam Dicko en exile, ou d’autres fondamentalistes islamistes dormants à Bamako, et des leaders politiques en rupture totale avec les militaires. L’objectif d’Iyad Ag Ghaly, de ses combattants et de parrains extérieurs est désormais clair : il ne s’agit plus de combattre l’Etat laïc du Mali, mais de le remplacer, de se substituer à la République. Pour le Cheikh Iyad Ag Ghaly et les terroristes travaillant sous sa direction, il s’agit de s’institutionnaliser et d’asseoir une autorité non seulement islamique, mais aussi politique sur le Coran et la Sunna. Pourront-ils réussir dans un Mali qui s’interroge sur l’orientation et l’issue de la transition ?
Aujourd’hui beaucoup de Maliens ne trouvent pas très empathique qu’au moment où les opérations se poursuivent sur le terrain et que l’armée n’a pas déclaré avoir mis hors d’état nuire la jonction terroriste constituée par le JNIM, le FLA et EIGS ainsi que leurs sponsors, que les plus hautes autorités de la transition ne pensent qu’à la politique, pardon qu’à s’octroyer un ‘‘mandat de 5 ans renouvelable’’ en se cachant derrière des forces vives de la nation.
Oui, les Maliens soutiennent la transition. Oui, les Maliens tiennent à leurs FAMa comme à la prunelle de leurs yeux. Oui, rien ni personne ni aucun discours ne pourra détourner les Maliens de leur résilience et de leur détermination à continuer de soutenir les FAMa et la transition pour l’émergence du Mali Kura qu’ils attendent de tout leur rêve. Toutefois, il serait une erreur pour les autorités de la transition de prendre les enfants du bon Dieu comme des canards sauvages, ou d’espérer sur la probabilité que les Maliens soient tellement tourmentés par la crise économique et qu’ils ont tellement tiré le Diable par la queue qu’ils se fichent de savoir la différence entre Président de la transition et président de la République.
La rétropédale au CNT
Pour le commun des mortels, alors pour amuser la galerie, il faille divertir le bon peuple, bon à rouler dans la farine. Et pour l’arnaque, on ne trouve rien d’autre comme dérivatif et exutoire que cette cocasse histoire de réduction d’indemnités des honorables membres du Conseil national de transition (CNT) qui, au moment où le peuple réclamait, avaient clairement tranché travers un vote souverain : dorom_ kelen te bo a la. Sauf que le président du CNT, Malick DIAW, dans son discours solennel d’ouverture de la session d’avril, avait exhorté les membres de son institution à consentir des efforts de réduction de certains de leurs avantages.
Si aujourd’hui, les impératifs de la conjoncture politique et sécuritaire les obligent à rétropédaler, qu’on ne présente pas cela comme une bienveillance soudaine envers les Maliens qui crèvent dans le silence et dans l’indifférence tous les jours.
Sinon, rien n’empêchait les honorables membres du CNT de faire comme Adama Ben Diarra dit Ben Le Cerveau qui, dès le 17 janvier 2021, avait renoncé à toutes les primes du CNT au profit des victimes du M5-RFP. Dans une tribune qu’il a publiée à cette occasion, il avait expliqué pour l’histoire que ‘‘le CNT n’est autre qu’une tribune pour moi de porter la voix des SANS-VOIX au niveau institutionnel, à travers le contrôle de l’action gouvernementale et le vote des lois, contre les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur…
Comme Oumar Mariko, Bourama Bananzolé Traoré, Moussa Mara et Assane Sidibé, le travail parlementaire, c’est servir et non se servir !
D’après Modibo Keïta : «Le leader est le premier sacrifié et le dernier servi !»
Ma conviction est plus chère que ma vie elle-même !’’. Aujourd’hui, le jeune Ben Diarra croupit en prison pour atteinte au crédit de l’Etat.
Du reste, que représente l’indemnité de monture, parmi la tonne d’indemnités qu’ils se sont octroyées sans être des élus de la nation ? Ce n’est pas une magnanimité de la part des honorables membres du Conseil national de la transition, ce n’est qu’un tout petit pas vers la rationalisation des dépenses, pour laquelle l’Etat du Mali avait opté depuis que Moussa Mara était Premier ministre, donc il y a dix (10) ans.
Depuis qu’on parle de réduction du train de vie de l’Etat ou de rationalisation des dépenses publiques, où est-ce que cela a pu amener notre Maliba devenu Mali kura ?
Toujours, ce sont les Maliens qui triment, qui se démènent comme de beaux diables pour soutenir l’armée et la transition, qui sont taxés et obligés de payer. Au même moment, impuissants face à leur sort souverain, ils constatent la mort dans l’âme que les budgets des principales institutions prennent l’assesseur, dans le tumulte de la non-redevabilité.
Doit-on applaudir pour cette arnaque, ce folklore politique pathétique dont la trame est des députés nommés payés à 2,5 millions par mois, falaki, informés de la réduction de leur salaire de 400-500.000 FCFA et sommés de voter à l’unanimité, le jeudi 12 juin 2025. Soit le lendemain de l’octroi par le gouvernement et le CNT d’un mandat de 5 ans renouvelable au président Assimi. Comme si les gens qu’il nommait pouvaient le nommer eux aussi. Quel affligeant jeu de ping-pong… ?
Combien de millions chaque membre du CNT a-t-il bénéficié indument sur le dos du peuple malien pour lequel il a avalisé le lundi 2 juin 2025 sans murmure par 124 voix pour, 0 contre et 0 abstention la ‘‘taxe’’ dit gaillardement ‘‘Fonds de Soutien aux Projets d’Infrastructures de Base et de Développement Social, destiné à financer des initiatives structurantes pour les populations maliennes’’.
Sauf que ce jour-là, ce qu’on ne dit pas, le CNT a donné son ‘‘quitus’’ à deux (2) projets de loi portant ratification d’ordonnances modifiant le Code général des Impôts, dont celle précitée pour le renforcement du cadre fiscal de notre pays ‘‘en vue d’une mobilisation équitable et durable des recettes dans le cadre de la consolidation des finances publiques et en vue d’atteindre un taux de pression fiscale de 20 %’’. Ce qu’on ne dit aux Maliens, c’est que le taux de pression fiscale de 20 %, n’est pas un objectif de bonne gouvernance de la transition, mais un critère de convergence de l’UEMOA suspendu en 2020.
Dans un document officiel du ministère de l’Economie et des finances intitulé ‘‘Plan stratégique 2021-205’’ notre pays s’était déjà engagé à poursuivre l’élargissement de l’assiette fiscale ‘‘pour assurer la mise en œuvre des recommandations pertinentes (de l’UEMOA) dans les secteurs agricole, informel et des nouvelles technologies et pour lesquels les contributions actuelles aux recettes fiscales restent limitées’’.
Selon le dernier rapport du Fonds Monétaire International (FMI) d’avril 2025 sur l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), publié ce 10 juin 2025, s’il y a des avancées réelles à saluer, les efforts restent fragmentés et insuffisants pour garantir une trajectoire budgétaire viable à long terme. À ce rythme, le FMI estime que cet objectif ne serait atteint qu’en 2048, voire après 2060, selon les projections les plus prudentes. Aussi, l’UEMOA reste donc confrontée à une alternative : soit accélérer sa transition fiscale ou soit subir le coût politique et économique d’une dépendance encore prolongée à l’endettement et à l’aide extérieure.
Pour s’en sortir, le FMI formule un double appel à l’action. Aux autorités régionales, il recommande de revoir les directives communautaires (TVA, IS), de mieux encadrer les incitations fiscales, et d’organiser des plateformes de concertation technique entre États. Aux gouvernements nationaux, il suggère d’élargir l’assiette fiscale, de numériser l’administration, de simplifier la fiscalité des PME et de renforcer la transparence.
Au cœur de cette dynamique se trouve un enjeu politique, qui est de restaurer la confiance des citoyens dans l’impôt. Sans un contrat social renouvelé et visible, les meilleures réformes resteront lettres mortes, selon le FMI dont le diagnostic est sans ambiguïté : l’UEMOA peut et doit faire plus pour financer son développement par ses propres moyens. Les ressources internes existent, mais leur captation reste entravée par des choix politiques hésitants, une gouvernance fiscale inégale et un manque de coordination régionale.
Face à des dettes croissantes, le FMI préconise une pression sociale forte et des besoins d’investissement massifs, l’alternative consiste à réformer la fiscalité maintenant, ou s’exposer à une perte de souveraineté budgétaire durable.
PAR SIKOU BAH