Agacées par les vols récurrents de leurs animaux, les femmes de Parandougou dans le cercle de Tominian sont sorties massivement pour barricader la route en vue d’interpeller les autorités. Munies de spatules, les femmes ont exprimé leurs mécontentements et dénoncé le comportement des Dozos. Si d’habitude ce sont les terroristes qui étaient accusés de vols de bétails, cette fois ci, des villageoises sont sorties pour pointer du doigt les Dozos. Ceux-là mêmes qui s’organisent et qui se donnent comme mission de protéger les populations contre les agressions.

« Nous avons décidé de barricader la route et d’interpeller les autorités. Les Dozos nous font beaucoup souffrir dans nos villages. Il y a deux jours, ils sont partis avec nos animaux et nous ne savons plus à quel saint se vouer. Ils viennent jusque dans le village pour voler les animaux. Nous voulons savoir si nous sommes des Maliens car trop c’est trop », a lancé une manifestante.
En effet, depuis le début de cette crise sécuritaire, les vols récurrents de bétails sont signalés un peu partout à travers notre pays.
Du Nord au Sud, en passant par le centre, des milliers de têtes de mouton, bœufs ou chèvres disparaissent sans être retrouvés. Généralement, les accusations sont formulées contre les groupes terroristes.
Le vol de bétail au Mali a fortement augmenté en 2021 et se poursuit à un rythme sans précédent, les principaux auteurs étant des groupes extrémistes violents opérant dans le pays.
L’ampleur du vol de bétail au Mali aujourd’hui découle d’une décennie qui a vu cette pratique s’intensifier. Il constitue désormais un élément central et peu médiatisé de la crise sécuritaire dans le pays, à la fois comme moteur de conflit, mécanisme de gouvernance et d’intimidation, et source majeure de revenus pour les groupes armés non étatiques.
Cette situation a des conséquences humanitaires, sociales et économiques dramatiques sur les communautés.
Depuis le début de la crise, le vol de bétail est au cœur de l’économie de guerre au Mali.
Les groupes rebelles Touaregs (depuis les années 1990) et les groupes extrémistes violents (depuis 2012) se financent en pillant le bétail et s’appuient sur un réseau plus large pour le vendre, puis utilisent le produit des ventes pour financer leurs opérations (par exemple, l’achat de carburant, de véhicules et d’armes).
Le vol de bétail est cette pratique sous-tendue par un réseau et une chaîne d’approvisionnement complexes, et s’accompagne d’une violence de plus en plus prononcée. De plus, si dans leur quête de ressources, les groupes extrémistes violents se livrent à toute une série de pratiques économiques illicites, notamment au trafic de cigarettes, de carburant et de stupéfiants, à l’extraction artisanale d’or et aux enlèvements contre rançon, le vol de bétail s’avère être une source de revenus particulièrement durable et globalement stable.
Le vol de bétail est aussi lié aux frustrations et ressentiments de longue date des populations pastorales : c’est donc un élément essentiel pour comprendre le conflit régional.
Le vol de bétail et les représailles à l’encontre des responsables déclenchent des cycles de violence. Les communautés touchées réagissent en créant des groupes armés pour se protéger, dont beaucoup finissent par se livrer à leur tour à des exactions.
Les groupes armés se servent également du vol de bétail pour terroriser les populations et les priver d’un moyen de subsistance essentiel. Des centaines de villages ont ainsi été pillés et incendiés, et le bétail volé.
Les groupes armés, en constante expansion, doivent en effet acquérir toujours plus d’armes, de recrues et de véhicules. Le vol de bétail, très répandu dans les régions les plus touchées par le conflit, est une importante source de financement. Le bétail est facile à vendre grâce à un vaste réseau de commerçants, d’intermédiaires et de transporteurs, les revenus tirés de ces ventes étant utilisés pour nourrir les membres des groupes, mais aussi pour acquérir du matériel, y compris des armes.

PAR MODIBO KONE

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