C’est fait : un hélicoptère militaire de notre pays a transporté, le jeudi 10 juillet 2025, une tonne d’or du complexe Loulo-Gounkoto, comme annoncé par plusieurs sources. Il s’agit de la saisie d’une tonne d’or en vue de relancer le complexe minier à l’arrêt depuis janvier 2025 consécutif à un litige fiscal. La vente de ces lingots rapporterait plus de 58 milliards de FCFA à l’administration provisoire mise en place pour un mandat de 6 mois.
L’administration provisoire mise en place par le tribunal de commerce et dirigée par Zoumana MAKADJI, après sa rencontre avec le personnel et les fournisseurs, a entamé le processus de relance des activités du complexe Loulo-Gounkoto, le plus grand site minier de notre pays.
A défaut d’argent, l’équipe a saisi, selon des sources, une partie des lingots d’or du complexe le jeudi et est déjà mise sur le marché.
S’il n’y a pas une communication de l’administration provisoire sur ces actions, Barrick, en revanche, affirme que des hélicoptères ont atterri « sans prévenir » sur le site et ont emporté plus d’une tonne d’or estimée à plus de 58 milliards de FCFA.
Ses passagers ont été escortés par l’équipe de sécurité de la mine jusqu’à l’usine, où se trouve la salle d’or, indique une source rapportée par Reuters. L’hélicoptère a décollé environ cinq heures plus tard avec les lingots à bord.
« Tout projet de l’administrateur provisoire visant à relancer les opérations ou à vendre l’or du site serait non seulement illégitime, mais également malavisé », a déclaré Barrick dans un communiqué jeudi.
L’or saisi s’ajoute aux trois tonnes d’or saisies par le gouvernement de transition en janvier. Barrick, l’un des plus grands producteurs d’or au monde, a affirmé que le gouvernement n’a toujours pas communiqué sur le sort de ce métal.
Bien que les forages et autres activités d’extraction n’aient pas encore commencé, les opérations à l’usine du site, qui transforme les stocks de minerai en or, ont redémarré lundi, précise la même source.
Selon des estimations internes consultées par Reuters, il faudra compter entre 11 et 13 jours entre le redémarrage de l’usine et la production des premiers lingots d’or.
Le désaccord entre Barrick et le gouvernement est consécutif à l’adoption du nouveau code minier en août 2023.
Conformément au rapport d’audit minier, le nouveau code va intégrer des modifications phares, dont la possibilité pour le Mali d’obtenir jusqu’à 35 % d’intérêts dans un projet minier (dont une part de 5 % réservée aux investisseurs locaux), contre une participation maximale de 20 % prévue dans le précédent Code minier de 2019.
Ces dispositions suscitent ensuite de vifs débats entre les autorités maliennes et les compagnies minières.
Si des sociétés comme Resolute Mining ou B2Gold réussissent à conclure des accords avec Bamako, la situation est bien différente pour Barrick, qui détient 80 % des parts de Loulo-Gounkoto, tandis que l’État malien en conserve 20 %.
La situation est exacerbée par l’arrestation de quatre employés de Barrick en novembre 2024. Les raisons qui ont conduit à ces arrestations ne sont toutefois pas été évoquées.
Malgré cette escalade des tensions, la compagnie réaffirme sa volonté de poursuivre les discussions avec les autorités, bien qu’aucun accord final n’ait été trouvé depuis le début des pourparlers
Ensuite, l’entreprise a indiqué qu’un arbitrage avait été engagé auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, un organe d’arbitrage de la Banque mondiale.
« La résolution de la situation actuelle ne saurait se réduire à la conclusion d’une transaction. Elle nécessite un socle fondé sur le respect mutuel, la bonne gouvernance et un partenariat à long terme. Malheureusement, le processus actuel a été marqué par des revers dans le dialogue et des actions unilatérales de la part du gouvernement, ce qui risque de nuire à la crédibilité économique du Mali et à son statut de destination d’investissement », avait prévenu Barrick dans un communiqué.
Par ailleurs, il est important de noter que, en parallèle de la procédure devant le CIRDI qui suit pleinement son cours, Barrick, selon ses responsables, reste engagé à dialoguer avec le gouvernement du Mali pour identifier une solution constructive et mutuellement acceptable.
« L’arbitrage est un mécanisme de résolution des conflits neutre et reconnu internationalement, et il n’exclut pas un dialogue continu. La préférence constante de Barrick est de résoudre les différends par le biais d’un engagement basé sur le respect mutuel, la certitude juridique et un engagement partagé pour un partenariat à long terme », avait indiqué la société minière.
PAR SIKOU BAH