La veille du Sommet Africa Forward à Nairobi, lors d’une conférence de presse avec le président Kenyan William Ruto, le dimanche 10 mai 2026, le président Emmanuel Macron a saisi l’occasion de revenir sur les récentes attaques dans notre pays et osé regretter le départ des militaires français du Mali. Une insulte à notre dignité, à notre souveraineté. Selon lui, celles-ci prouvent à suffisance que les autorités de la transition patriotique n’ont pas pris «la meilleure décision» pour le Mali en exigeant le départ de l’armée française. Voici sa hargne et sa bave sur notre pays :
« Il y a un coup d’État au Mali, vous ne voulez plus de la France parce que vous ne voulez plus lutter contre le terrorisme ? Nous partons. Comme on dit en bon français, « sans rancune ». Malheureusement, les événements actuels montrent que ce n’était probablement pas la meilleure décision que les autorités maliennes, les putschistes, avaient prise pour leur pays.»
Nte jege fe, Nte jege fe, nte bo kodala ? (Tu abhorres le poisson, mais tu es toujours à côté des pêcheurs au bord du fleuve ?) En insistant sur le fait que la France est partie sans rancune tout en soulignant que notre choix s’est révélé contre-productif pour la stabilité de notre pays, le président Emmanuel Macron ne fait pas que l’avocat du diable, sa rengaine pue la rancœur, l’amertume; l’hostilité, bien plus l’antipathie persistante et le désir de vengeance à peine voilée. Mais au Mali, sur cette terre de dignité, nulle naïveté, point d’incrédulité; chacun connait Binadjan pour ne pas le nommer par son nom.
C’est pour l’opinion africaine qu’ici au Mali nous nous inquiétons et appelons à la vigilance et la perspicacité. Car, quand la contrevérité, l’affabulation et la falsification sortent d’une bouche qui ne devrait débiter que l’exactitude et l’authenticité, mieux la franchise et l’honnêteté, on n’est en droit de se poser des questions ? Et la bonne question en l’état est : le président Macron s’est-il trompé ou veut-il tromper ?
En tout cas, les séquences chronologiques et les raisons de la détérioration des relations entre la France et le Mali depuis le coup d’État du 18 août 2020 disent autre chose.
Les faits vérifiables et
incontestables
La détérioration des relations entre la France et notre pays entre le 18 août août 2020 et 10 mai 2021 est marquée par une rupture progressive de la confiance, alimentée par des bouleversements politiques et un changement de paradigme stratégique et diplomatique. Pour qui sait lire entre les lignes :
– 18 août 2020 : Des militaires conduits par le colonel Assimi Goita renversent le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). La France condamne le coup mais maintient son soutien militaire à travers l’opération Barkhane.
– 24 mai 2021 : Selon le Président Macron dans le JDD, il y a eu le «Coup d’État dans le coup d’État». Suite à un remaniement bancal, le président et le Premier ministre de transition sont déchargés de leurs prérogatives. Le président Emmanuel Macron a qualifié les événements de « coup d’État inacceptable ». Il a menacé que l’Union européenne prendra des sanctions ciblées contre les responsables, lors d’un sommet européen à Bruxelles le 25 mai 2021. La France a exigé la libération immédiate et inconditionnelle du président de transition Bah N’Daw et du Premier ministre Moctar Ouane, ainsi que le respect du calendrier de transition vers un retour à l’ordre constitutionnel.
– Le dimanche 30 mai 2021, dans un entretien accordé au Journal du Dimanche (JDD) Macron a averti que la France pourrait retirer ses troupes de l’opération Barkhane si l’instabilité persistait ou si le Mali s’orientait vers un « islamisme radical » : « L’islamisme radical au Mali avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie ! Il y a aujourd’hui cette tentation au Mali. Mais si cela va dans ce sens, je me retirerai. »
– Dès le 3 juin 2021, la France a suspendu temporairement les opérations militaires conjointes avec les Forces armées maliennes (FAMa) et les missions de conseil nationales, en signe de protestation, en attendant des garanties sur le retour des civils au pouvoir. Cette décision a été l’une des réactions les plus fortes de Paris.
– 10 juin 2021 : Le 10 juin 2021, Emmanuel Macron a annoncé une « transformation profonde » de la présence militaire française au Sahel et la fin de l’opération Barkhane « en tant qu’opération extérieure », lors d’une conférence de presse à l’Élysée.
Conférence de presse tenue à l’Élysée en amont des sommets du G7 (au Royaume-Uni) et de l’OTAN. Macron y a fait un point large sur la politique étrangère française, y compris sur le Sahel.
Emmanuel Macron a annoncé ce jour une réduction significative des effectifs français au Sahel, passant de 5 000 à environ 2 500-3 000 soldats. Les grandes décisions étaient : fin de Barkhane sous sa forme actuelle (opération extérieure autonome de grande ampleur lancée en 2014); passage à un modèle d’appui, de soutien et de coopération aux armées des pays de la région qui le souhaitent; mise en place d’une alliance internationale plus large, associant États sahéliens et partenaires (notamment la task force Takuba avec des troupes européennes), recentration sur la lutte antiterroriste, avec fermeture progressive de certaines bases (notamment dans le nord du Mali).
Ces décisions marquaient un tournant : elles en avaient assez de la lassitude française (coût humain et financier élevé, sentiment anti-français croissant), de l’instabilité politique malienne et de la volonté de ne plus porter seule le fardeau sécuritaire.
– 25 Septembre 2021 : À l’ONU, le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, a accusé la France d’abandonner le Mali unilatéralement, justifiant ainsi la recherche d’autres partenaires : « Aussi, la nouvelle situation née de la fin de l’Opération Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome ou avec d’autres partenaires… »
La formule « abandon en plein vol » est devenue emblématique de la rhétorique malienne et africaine de l’époque et a fortement contribué à la dégradation des relations bilatérales entre la France (allergique à la critique) et notre pays.
– Première phase du retrait français
Le transfert des bases militaires françaises de l’opération Barkhane aux forces armées maliennes s’est déroulé à la fin de l’année 2021. Voici les dates précises de ces rétrocessions :
–Kidal : Le transfert a commencé le 12 octobre et s’est achevé officiellement le 13 octobre 2021.
–Tessalit : La base a été transférée le 13 novembre 2021, les derniers soldats français quittant le site le 15 novembre.
–Tombouctou : Le drapeau français a été abaissé le 14 décembre 2021 lors d’une cérémonie officielle marquant la restitution de l’emprise aux Forces Armées Maliennes (FAMa).
Ces départs successifs marquaient la première phase du retrait français du Nord-Mali, qui s’est conclu par le départ définitif de la force Barkhane de sa base principale de Gao le 15 août 2022.
– En décembre 2021, après des rumeurs sur l’arrivée du groupe Wagner au Mali, la France et ses 14 alliés ont condamné le 23 décembre 2021 dans un communiqué le lien qui se formait avec la Russie, même si le Mali n’avait pas encore fait d’annonce à ce sujet.
« Nous, partenaires internationaux résolus à soutenir le Mali et son peuple dans leurs efforts pour parvenir à une paix et une stabilité durables et à lutter contre le terrorisme, condamnons fermement le déploiement de mercenaires sur le territoire malien.
Ce déploiement ne peut qu’accentuer la dégradation de la situation sécuritaire en Afrique occidentale, mener à une aggravation de la situation des droits de l’homme au Mali, menacer l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger et entraver les efforts de la communauté internationale pour assurer la protection des civils et apporter un soutien aux forces armées maliennes.
Nous regrettons profondément la décision des autorités de transition maliennes d’utiliser des fonds publics déjà limités pour rétribuer des mercenaires étrangers au lieu de soutenir les forces armées maliennes et les services publics au bénéfice du peuple malien. »
– Le 9 janvier 2022, la CEDEAO, soutenue par Paris, impose un embargo sur le Mali. En effet, la réaction de Paris a été un soutien clair et rapide aux sanctions imposées par la CEDEAO et l’UEMOA.
La France a qualifié ces sanctions d’« inédites » et a annoncé qu’elle préparait des mesures européennes supplémentaires pour les renforcer, notamment des sanctions ciblées contre les dirigeants de la junte et des mesures économiques et financières alignées sur celles de la CEDEAO.
– Le 11 janvier 2022, Emmanuel Macron a publiquement apporté le soutien de la France (et de l’Union européenne) aux sanctions ouest-africaines lors d’une conférence de presse à l’Élysée avec Charles Michel, président du Conseil européen : « Nous soutenons les mesures diplomatiques et économiques prises par la CEDEAO et l’UEMOA à l’encontre du Mali. »
– Vendredi 28 janvier 2022, lors d’une interview sur RTL, Jean-Yves Le Drian a déclaré que la France et ses partenaires européens « ne peuvent pas rester comme cela » au Mali en raison de la « rupture du cadre politique et du cadre militaire ». Il a qualifié la junte d’« illégitime » et de prenant des « mesures irresponsables ».
Voici quelques extraits : « C’est la junte qui est illégitime », « Il y a une véritable fuite en avant de la junte, qui est inacceptable », « Vu cette situation, vu la rupture du cadre politique et du cadre militaire (au Mali), nous ne pouvons pas rester en l’état».
– Lundi 31 janvier 2022, le gouvernement de la transition a convoqué l’ambassadeur Joël Meyer et lui a donné 72 heures pour quitter le pays. Les autorités de la transition ont explicitement justifié cette décision par les « propos hostiles et outrageux » de Jean-Yves Le Drian. La France a rappelé son ambassadeur en réponse.
– Le 4 février 2022, une grande manifestation de soutien aux FAMa et à la transition a eu lieu sur le boulevard avec des drapeaux russes et des slogans anti-français en réaction directe à l’expulsion de l’ambassadeur.
– Le 22 février 2022, le mouvement Maliko (« La cause du Mali »), une plateforme d’associations patriotiques de soutien à la transition, a déposé une plainte devant le Pôle économique et financier du tribunal de Bamako contre Jean-Yves Le Drian et son fils Thomas Le Drian. Cette plainte a conduit à l’ouverture d’une information judiciaire par la justice malienne pour « atteinte aux biens publics et autres infractions » dans l’affaire de l’attribution (en 2015) du marché de confection des passeports biométriques maliens à une société liée à Thomas Le Drian. Le 11 mai convocation de Jean-Yves Le Drian par un juge d’instruction pour le 20 juin 2022.
– Le 17 février 2022, Emmanuel Macron a annoncé le retrait total et coordonné des forces françaises (opération Barkhane) et des partenaires européens de la Task Force Takuba du territoire malien lors d’une conférence de presse à l’Élysée.
Il s’agissait d’une réunion dînatoire de travail à l’Élysée avec une trentaine de dirigeants africains et européens, à la veille du Sommet Union européenne – Union africaine qui s’est tenu à Bruxelles les 17-18 février 2022. Macron s’exprimait aux côtés du président sénégalais Macky Sall, du président ghanéen Nana Akufo-Addo, et du président du Conseil européen Charles Michel. Il a dit :
-« En raison des multiples obstructions des autorités de transition maliennes, le Canada et les États européens opérant aux côtés de l’opération Barkhane et au sein de la Task Force Takuba estiment que les conditions politiques, opérationnelles et juridiques ne sont plus réunies pour poursuivre efficacement leur engagement militaire actuel dans la lutte contre le terrorisme au Mali et ont donc décidé d’entamer le retrait coordonné du territoire malien de leurs moyens militaires respectifs dédiés à ces opérations. »
-»Ce retrait sera effectué de manière ordonnée, avec les armées maliennes et avec la Mission des Nations unies au Mali (MINUSMA). Nous allons commencer à fermer des bases au nord, dans un exercice qui va prendre quatre à six mois. »
Sur le sens de cette
décision :
-« Nous ne pouvons pas rester militairement engagés aux côtés d’autorités de facto dont nous ne partageons ni la stratégie ni les objectifs cachés. »
– Le 18 février 2022, la réaction des autorités de la transition n’a pas tardé. Elle été ferme, rapide et bien accueillie par les Maliens. Le gouvernement de transition dans un communiqué « pris acte de la décision unilatérale et irrespectueuse» des autorités françaises de procéder au retrait des forces Barkhane et Takuba, tout en affirmant que le Mali assumait pleinement sa souveraineté et sa sécurité. Il a qualifié cette décision de « violation flagrante » des accords de défense liant la France et le Mali. Le gouvernement du Mali a exigé un retrait « sans délai » des troupes françaises et européennes, « sous la supervision des autorités maliennes ».
« Au regard de ces manquements répétés aux accords de défense, le gouvernement invite les autorités françaises à retirer, sans délai, les forces Barkhane et Takuba du territoire national, sous la supervision des autorités maliennes. » Cette phrase a été martelée à trois reprises par le colonel Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement, aujourd’hui Général et Premier ministre.
– 19 avril 2022 : dans le cadre du retrait progressif de l’opération Barkhane, l’armée française remet officiellement la base militaire de Gossi (nord du Mali) aux Forces armées maliennes (FAMa). Les soldats maliens s’y installent le même jour.
– 20–21 avril : un compte Twitter pro-malien/pro-russe (« Dia Diarra ») annonce puis diffuse des images de corps partiellement enterrés près de Gossi, accusant les Français d’avoir laissé un charnier derrière eux.
– 21 avril : L’armée française filme par drone (vers 9h50) des hommes de type caucasien (présumés Wagner) en train d’enterrer une dizaine de corps à environ 3-4 km de la base, certains filmant la scène. Elle rend ces images publiques le 22 avril pour contrer ce qu’elle qualifie de manipulation.
– 21-23 avril : L’armée malienne annonce avoir découvert le charnier lors d’une patrouille. Elle évoque des corps en état de putréfaction avancée (suggérant qu’ils datent d’avant la remise de la base) et ouvre une enquête. Bamako accuse ensuite la France d’espionnage (survol de drone) et de subversion.
C’est le début de la guerre informationnelle et communicationnelle contre notre pays.
– 2 mai 2022 : Le gouvernement malien (colonel Abdoulaye Maïga) annonce officiellement la dénonciation du traité de coopération en matière de défense de 2014 et des accords de statut des forces (SOFA) encadrant Barkhane (2013) et Takuba (2020). La décision prend effet six mois après notification.
Raisons : « Atteintes flagrantes à la souveraineté nationale », violations supposées de l’espace aérien, décisions unilatérales françaises (retrait, suspension des opérations conjointes), et « insuffisances graves » de la coopération. Paris juge cette dénonciation « injustifiée » et conteste toute violation des accords de son côté.
– 2-15 mai 2022 : le Mali dénonce officiellement le traité de coopération en matière de défense de 2014 et les accords encadrant les forces Barkhane et Takuba. Selon porte-parole du gouvernement, le colonel Abdoulaye Maïga, « Depuis un certain temps, le gouvernement de la République du Mali constate avec regret une détérioration profonde de la coopération militaire avec la France.
Eu égard à ces insuffisances graves ainsi qu’aux atteintes flagrantes à la souveraineté nationale du Mali, le gouvernement de la République du Mali décide de dénoncer le traité de coopération en matière de défense du 16 juillet 2014 conformément aux dispositions de l’article 26, alinéa 4. »
– Le 13 juin 2022, la base militaire française de Ménaka (nord-est du Mali) a été officiellement remise aux Forces armées maliennes (FAMa) dans le cadre du retrait progressif de l’opération Barkhane. Cette étape s’est déroulée de manière ordonnée, sans incident majeur rapporté entre les forces françaises et maliennes ? Les derniers militaires français (environ une centaine selon certains témoignages) ont quitté la base. Un convoi a pris la direction de la base de Gao, dernière grande emprise française au Mali.
La base de Ménaka abritait également des éléments de la force Takuba (européenne). Son transfert constituait l’avant-dernière étape majeure du désengagement français, avant celui de Gao (15 août 2022).
– 1er juillet 2022 : La France annonce la fin de l’opération Takuba (task force européenne de forces spéciales lancée en 2020 sous commandement français). Cette décision s’aligne sur le retrait global du Mali, les partenaires européens (Suède, etc.) quittant également le pays.
15 août 2022 : Le dernier détachement français quitte la base de Gao (principale emprise restante) et franchit la frontière vers le Niger vers 15 heures. Aucune cérémonie officielle n’est organisée ; le départ se fait discrètement. Le dernier soldat français de l’opération Barkhane quitte le Mali en traversant la frontière vers le Niger.
Les relations militaires sont rompues. Les liens diplomatiques désormais restent minimaux et très tendus. La France recentre son dispositif sur le Niger et d’autres pays du Golfe de Guinée. Le Mali célèbre ce départ comme une victoire souverainiste, tandis que Paris le présente comme une réarticulation réussie et ordonnée. La période marque la fin effective de neuf ans d’engagement militaire français au Mali (Serval + Barkhane).
– 16 août 2022 : le Mali a officiellement saisi le Conseil de sécurité de l’ONU le 16 août 2022, à travers une lettre adressée par le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, à la présidence du Conseil de sécurité. Bamako y accusait la France de violations de l’espace aérien malien et de soutien à des groupes terroristes, des accusations rejetées par Paris.
– 5 décembre 2023 : Le Mali a annoncé la dénonciation des accords de non-double imposition avec la France le 5 décembre 2023, dans un communiqué conjoint avec le Niger. Cette décision s’inscrivait dans la détérioration des relations entre Bamako et Paris, les autorités maliennes évoquant « l’attitude hostile persistante de la France » ainsi qu’un « manque à gagner considérable » lié à ces conventions fiscales.
– Le 14 août 2025, les autorités maliennes de transition ont annoncé avoir déjoué une « tentative de déstabilisation » visant les institutions de l’État. Dans un communiqué diffusé à la télévision nationale ORTM, le gouvernement affirmait qu’un réseau composé de militaires, de civils et d’un ressortissant français présenté comme un agent de la DGSE française avait été arrêté. Les autorités accusaient le Français identifié comme « Yann Vézilier » ou « Yann V. » d’avoir mobilisé des responsables politiques, des acteurs de la société civile et plusieurs officiers maliens afin de fragiliser la Transition et la Confédération AES.
– 3 septembre : Le JNIM (GSIM) a commencé sa stratégie de blocus du carburant et de sabotage économique du Mali à partir de juillet 2025, avec une intensification officielle annoncée le 3 septembre 2025. Le 3 septembre 2025, le JNIM a officiellement annoncé un blocus contre plusieurs villes du sud et de l’ouest du Mali, notamment Kayes, Nioro du Sahel et indirectement Bamako.
À partir de septembre 2025, les attaques contre les camions-citernes se sont multipliées, provoquant pénuries de carburant, flambée des prix, ralentissement des transports, fermetures d’écoles et perturbations économiques majeures.
– Le 17 septembre 2025, la France a franchi une nouvelle étape dans la rupture diplomatique avec le Mali en déclarant persona non grata deux diplomates maliens de haut rang en poste à Paris. Cette décision, assortie d’un délai de départ de 72 heures (soit avant le 20 septembre), visait spécifiquement des profils liés aux services de sécurité. Le Mali a réagi en appliquant un principe de « réciprocité asymétrique » en expulsant sans délais 5 diplomates français.
– 17 septembre 2025 : Parallèlement à ces expulsions, la France a annoncé la suspension définitive de sa coopération antiterroriste avec le Mali, mettant fin aux derniers échanges de renseignements sécuritaires qui subsistaient malgré les tensions. Les autorités de la transition ont officialisé le 17 septembre (par note confidentielle) la fin de toute coopération sécuritaire, s’alignant sur la position française tout en réaffirmant leur souveraineté face à ce qu’elles ont qualifié de tentatives de déstabilisation.
– Le 29 avril 2026 : face à une situation jugée « très volatile » après la mort du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, lors d’attaques coordonnées, la France appelle officiellement ses ressortissants à quitter le Mali. Face à une situation jugée « extrêmement volatile » et une capacité de coordination sans précédent des groupes assaillants, le ministère français des Affaires étrangères met à jour ses conseils aux voyageurs et recommande formellement aux Français de quitter le pays via les vols commerciaux encore disponibles. Le Quai d’Orsay a également incité les ressortissants ne pouvant pas partir immédiatement à rester confinés et à maintenir un contact régulier avec leurs proches.
-10 mai 2026 : selon le président Macron, la récente «actualité montre que la junte malienne n’a pas pris «la meilleure décision» pour le Mali en exigeant le départ de ce pays de l’armée française, qui y a combattu une insurrection jihadiste jusqu’en 2022 : « Il y a un coup d’État au Mali, vous ne voulez plus de la France parce que vous ne voulez plus lutter contre le terrorisme ? Nous partons. Comme on dit en bon français, « sans rancune ». Malheureusement, les événements actuels montrent que ce n’était probablement pas la meilleure décision que les autorités maliennes, les putschistes, avaient prise pour leur pays.»
L’injure de Nairobi
La déclaration récente d’Emmanuel Macron contre notre pays scelle la rupture définitive avec la retenue diplomatique habituelle. Prononcée à la veille du sommet France-Afrique de Nairobi, elle ressemble à un « procès en échec » intenté aux choix souverains de notre pays de la part d’un dirigeant qui n’a eu aucune empathie envers notre pays suite aux attaques terroristes du 25 avril 2026. Voici une analyse sans complaisance de cette sortie insultante pour notre pays et pour toute l’Afrique :
1. La fuite de responsabilité
En utilisant l’expression « sans rancune », le président français adopte une posture de supériorité morale et stratégique. Macron tire profit de la dégradation dramatique de la sécurité dans notre pays (marquée par la mort de Sadio Camara et le terrorisme économique) pour tenter de valider a posteriori l’opération Barkhane.
C’est une manière de renvoyer la responsabilité exclusive de la situation que traverse actuellement notre pays aux autorités de la transition, occultant le fait que l’insécurité s’était déjà largement propagée sous la présence française entre 2013 et 2022.
2. La délégitimation de la transition
En parlant de « putschistes » plutôt que de « gouvernement » ou d’« autorités de transition », Macron réaffirme que pour Paris, le pouvoir légal de notre pays manque de légitimité politique. Comme s’il n’y avait de légitimité que l’onction française.
En liant directement le départ de la France à un refus de « lutter contre le terrorisme », Macron veut nous faire croire que la transition a préféré sacrifier la sécurité du pays pour consolider son pouvoir personnel et s’affranchir du regard critique de la France sur les droits de l’homme et la démocratie.
3. Le constat du vide sécuritaire
L’affirmation macronienne selon laquelle ce n’était « pas la meilleure décision » s’appuie sur une réalité alternative de terrain qui n’est corroborée par personne au Mali : le soutien clair apporté aux terroristes pour poursuivre leurs actions de sabotage criminelle contre notre pays.
Les demi-vérités d’un
président
L’affirmation d’Emmanuel Macron du 10 mai 2026, selon laquelle le départ de la France était une «mauvaise décision» au regard de l’actualité sécuritaire, est un mélange de vérités factuelles sur l’état du terrain et de simplifications politiques majeures, détestables de la part d’un si grand président.
1. Sur le retrait des forces françaises : une vérité partielle
Macron n’a pas tout à fait tort de souligner que le retrait de Barkhane a laissé un vide capacitaire (renseignement aérien, logistique, vecteurs de frappe) que l’armée malienne n’a pas rapidement réussi à combler seule. La mort de Sadio Camara et la multiplication des attaques du JNIM valident son constat d’une dégradation sécuritaire.
Toutefois, il présente le départ comme une simple décision de la transition («Vous ne voulez plus de la France»). En réalité, c’est la France qui a pris la décision unilatérale de suspendre ses opérations conjointes en juin 2021, poussant notre pays dans une logique de rupture. Le président Macron omet aussi de dire que Barkhane, après 9 ans de présence, n’avait pas réussi à éradiquer la menace, laquelle n’a cessé de s’étendre vers le sud durant son mandat.
2. Sur le « crime déviationnisme russe»
– La part de vérité : Le choix de notre pays de remplacer la France par le partenaire russe pourrait, suivant certaines grilles de lecture, s’avérer, au 10 mai 2026, être un échec opérationnel. La multiplication des exactions contre les civils et le défi à sécuriser les routes et centres urbains contre le JNIM montrent que le partenariat russe tarde à apporter la stabilité promise.
– L’angle mort de Macron : Le président français qualifie ce choix de «déviationnisme» (sous-entendu : une erreur de parcours). Il ignore que pour la transition, ce choix n’était pas seulement militaire, mais politique et souverainiste. Le Mali cherchait un partenaire «qui ne donne pas de leçons» sur la démocratie ou les droits de l’homme. En critiquant ce choix, Macron confirme aux yeux du Mali l’attitude «paternaliste et condescendante» que les autorités maliennes et le Peuple du Mali dénoncent.
3. Le paradoxe de la «vérité» Macronnien
La déclaration de Macron est vraie sur les conséquences du changement de partenaire stratégique (notre pays fait aujourd’hui face à un défi sécuritaire plus complexe qu’en 2022) mais elle est contestable sur les causes.
En disant «sans rancune», il tente d’évacuer la responsabilité de la France dans l’enlisement de la crise sahélienne et dans le soutien aux groupes terroristes qui attaquent notre pays. Pour nous Maliens, la «vérité» est inverse : c’est l’échec de la France à stabiliser notre pays en 10 ans qui nous a forcé à chercher d’autres alliances, aussi imparfaites soient-elles.
Macron dit une demi-vérité militaire (l’insécurité explose mais non sans la main de la France), mais il ignore la vérité politique (la France a perdu la bataille des cœurs et de la souveraineté, rendant sa présence insupportable pour nous Maliens).
Face au mépris macronien
Face aux déclarations disruptives d’Emmanuel Macron le 10 mai 2026 à Nairobi, notre pays se doit d’opposer une parole d’État qui dépasse la simple invective pour s’ancrer dans une posture de dignité historique à la hauteur de notre peuple. Foin de réaction diplomatique ; mais un manifeste de souveraineté. L’enjeu est de neutraliser la rhétorique du «sauveur déçu» employée par Paris en recentrant le débat sur le droit inaliénable d’une nation à définir ses propres alliances.
La force de notre argumentaire devrait résider dans sa lucidité : en assumant la «rudesse» du contexte sécuritaire actuel, marqué par les épreuves d’avril et la disparition du ministre Sadio Camara, notre pays désarme l’accusation de déni et crédibilise son combat. En sortant du piège comptable des bilans militaires pour investir le champ symbolique du respect mutuel, le Mali doit déplacer le curseur vers les zones de vulnérabilité de la diplomatie française, condescendante et paternaliste.
En rendant un hommage vibrant aux martyrs nationaux, nous transformons notre crise sécuritaire en un ciment patriotique, soudant le peuple derrière ses dirigeants. Il ne s’agit plus de justifier un départ ou une arrivée, mais de réaffirmer que notre prix de la liberté, aussi élevé soit-il, ne se négocie plus dans les capitales occidentales, notamment à Paris. C’est une réponse de maturité politique face à l’arrogance, une fin de non-recevoir à la tutelle morale.
1. Le rejet du paternalisme
Le Mali prend acte des déclarations empreintes de condescendance et de mépris du président français à Nairobi. Macron feint de regretter nos choix souverains, mais ses propos trahissent surtout une amertume nostalgique. Le Mali n’est pas un enfant qui a pris une ‘mavaise décision’, mais un État qui a repris les rênes de son destin.»
2. Contrer l’idée du sauveur
Monsieur Macron invoque 2022. Rappelons qu’après neuf ans de présence massive des forces françaises, le terrorisme, initialement circonscrit à une localité en 2013, s’est métastasé sur l’ensemble du territoire et dans les pays voisins sous les yeux de Barkhane. Prétendre que la France était le rempart absolu est une réécriture de l’histoire : la France est partie car son modèle d’intervention avait échoué à stabiliser durablement le Sahel.
3. Défense de la diversification
Le Mali ne refuse pas de lutter contre le terrorisme ; il refuse de le faire sous une tutelle qui lui imposait des agendas contraires à ses intérêts. La diversification de nos partenariats stratégiques est le reflet d’un monde multipolaire. Si le prix de notre souveraineté est la difficulté actuelle, les Maliens préfèrent la rudesse de l’indépendance au confort illusoire de la subordination : «nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage».
4. La posture morale
L’expression ‘sans rancune’ utilisée par le Président français est une offense à la mémoire de nos soldats tombés au front, et à nos responsables tombés les armes à la main comme le général Sadio Camara. On ne traite pas de la sécurité d’un peuple avec une telle légèreté de langage. Le Mali ne nourrit pas de rancune, il nourrit des exigences : le respect de ses choix et la fin des ingérences diplomatiques visant à l’isoler sur la scène internationale.
5. L’appel à l’avenir
Le sommet de Nairobi aurait dû parler de l’avenir de l’Afrique. En se focalisant sur le Mali avec une telle obsession, la France prouve qu’elle n’a pas encore fait le deuil de son influence passée. Le Mali restera debout, avec ses partenaires choisis, pour construire une paix qui ne dépendra plus du bon vouloir d’une chancellerie étrangère.
LA RÉDACTION