Le Haut-Commissariat de l’ONU et la Commission de l’Union Africaine (UA) ont exprimé leur vive préoccupation suite à la décision du gouvernement de suspendre les activités des partis politiques. Mieux, l’UA demande une feuille de route visant à achever le processus de transition en cours.

La transition a décidé lors du Conseil des ministres du mercredi 10 avril de suspendre les activités des partis politiques pour des raisons d’ordre public. La mesure prise jusqu’à nouvel ordre est décriée au plan national et international. En effet, plusieurs partis politiques et organisation de la société civile à caractère politique ont levé le ton contre la mesure qui marque un recul démocratique.
La communauté internationale, à l’image de la commission de l’Union africaine, s’est aussi indignée. Son président dans un communiqué rendu public le 13 avril « exprime sa vive inquiétude quant à cette suspension qui est de nature à entraver la mise en œuvre d’un processus de transition inclusive dans le pays ».
Le Président de la Commission souligne avec force le droit à la participation citoyenne, religieuse et politique, comme droit fondamental et appelle les autorités de transition à reconsidérer ladite décision et à travailler à une feuille de route visant à achever le processus de transition en cours.
Le Président de la Commission réaffirme le soutien continu de l’Union africaine au peuple malien et réitère la volonté de l’Organisation de travailler avec les autorités de transition et toutes les parties prenantes maliennes au rétablissement de l’ordre constitutionnel, dans les délais prescrits, en vue de promouvoir une paix, une stabilité et un développement durables au Mali.
Également, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme s’est dit « profondément préoccupé » par la suspension des activités des partis. Le décret « doit être immédiatement abrogé », a-t-il dit sur le réseau social X.
Dans la foulée, le porte-parole du Département d’État américain, Matthew Miller, a dénoncé jeudi cette décision et a appelé le Mali à organiser des élections. « La liberté d’expression et la liberté d’association sont essentielles à une société ouverte », a-t-il déclaré devant la presse.
« Nous appelons le gouvernement de transition du Mali à honorer ses engagements envers ses citoyens et à organiser des élections libres et équitables », a-t-il dit.
Au plan national, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), dans la mise en œuvre constante de son mandat légal de promotion et de protection des droits humains, a souligné aussi avoir appris avec regret et une grande inquiétude la poursuite de la tendance systémique de restriction de l’espace civique et politique.
Aussi, la CNDH déconseille-t-elle au gouvernement ces atteintes à certaines libertés fondamentales, notamment les libertés d’association, d’opinion et d’expression.
« La Commission reste convaincue qu’au lieu d’apaiser le climat social, ces restrictions aux droits et libertés fondamentaux constituent des facteurs potentiels de troubles et de tensions dont le pays n’a pas besoin », a alerté le président de la CNDH. Des avis, selon lui, qui s’inscrivent dans le cadre du respect de l’article 5 de la Loi n°2016-036/ du 7 juillet 2016 qui charge la CNDH « d’émettre des avis ou de formuler des recommandations à l’attention du gouvernement ou de toute autorité compétente sur toutes les questions relatives aux droits de l’homme ».
Aussi, se fondant, entre autres, sur la Constitution du 22 juillet 2023, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, la CNDH a rappelé les responsabilités de l’État sur la protection des citoyens, et sur la garantie des libertés fondamentales dont la liberté d’opinion, d’association, conformément à la réglementation, en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance ; appelé l’attention des autorités sur le fait que l’exercice des droits civiques et politiques ci-dessus évoqués constitue l’essence d’un État démocratique respectueux des droits de l’Homme.
Également, elle a invité les populations, les hommes de médias et les utilisateurs de réseaux sociaux à s’abstenir des propos incitatifs à la haine et à la violence tout en encourageant les autorités à persévérer dans la promotion du dialogue inclusif, constructif, gage d’une paix durable.

PAR SIKOU BAH

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