Le Chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), Leonardo Santos Simão, a appelé, ce jeudi 7 août 2025, devant le Conseil de sécurité, à la coopération entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Alliance des États du Sahel (AES). Pour lui, celle-ci est cruciale pour remédier à une situation sécuritaire régionale jugée alarmante.
M. Leonardo Santos Simão, qui est aussi Représentant spécial du Secrétaire général, a d’emblée indiqué que la situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest « extrêmement préoccupante ».
En effet, cette rencontre est intervenue après une série d’attaques des groupes terroristes dans cet espace.
L’on se rappelle ainsi des attaques du 1er juillet, des groupes terroristes contre 7 localités de notre pays, notamment dans la région de Kayes qui était épargnée. Auparavant, dans le nord du Bénin, en avril, deux attaques terroristes ont tué des dizaines de soldats, tandis que Boko Haram connaît également une résurgence au Nigéria.
Les activités terroristes s’accroissent en termes d’échelle, de complexité et de sophistication, y compris par l’emploi de drones, a indiqué le Représentant spécial.
Cela aggrave une situation humanitaire déjà critique, a-t-il poursuivi, en rappelant que 12,6 millions de personnes devraient connaître une insécurité alimentaire aiguë pendant la saison sèche.
Un constat partagé par l’ensemble des délégations, dont la République de Corée qui a rappelé que 51% des victimes du terrorisme en 2024 dans le monde ont été recensées au Sahel.
« Pour faire face à la menace terroriste, les pays membres de l’Alliance des États du Sahel, à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ont mis en place une force de défense conjointe et créé des structures communes dans les trois domaines suivants : défense et sécurité, diplomatie, et développement », a ensuite expliqué M. Simão. Il a indiqué que la CEDEAO et l’AES commencent à travailler ensemble pour trouver des solutions pragmatiques afin de relever leurs défis communs.
Ainsi, le 22 mai, a-t-il rapporté, les premières consultations officielles de haut niveau entre la CEDEAO et l’AES ont eu lieu à Bamako.
Et le 19 juillet, l’agence spécialisée de la CEDEAO, le Groupe Intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), a accepté d’admettre les pays de l’AES en tant que membres non affiliés à la CEDEAO.
Une position pleinement partagée par la Sierra Leone qui a noté que les efforts de la CEDEAO et de l’Alliance visant à nouer un dialogue constructif sont cruciaux pour préserver les avancées de l’intégration régionale. La nomination de l’Envoyé spécial du Ghana auprès de l’Alliance et les exercices militaires communs menés avec le Togo et le Tchad constituent eux aussi des éléments positifs.
« Nous suivons avec attention la relation évolutive entre la CEDEAO et l’Alliance », a déclaré à son tour la Grèce qui a jugé qu’un engagement continu est essentiel pour prévenir une fragmentation accrue et faire en sorte que les initiatives de stabilisation se renforcent mutuellement. La République de Corée et la Chine ont, elles aussi, salué l’engagement renouvelé des dirigeants de la région à renforcer la coopération entre la CEDEAO et l’AES.
Les États du Sahel et leurs voisins d’Afrique de l’Ouest devraient tourner la page de leurs différends et riposter de façon collective face au terrorisme dans le respect de l’état de droit, par le biais d’une coopération militaire et d’un partage de renseignements, a renchéri la déléguée des États-Unis.
La France, jugeant préoccupante l’affaiblissement de l’architecture institutionnelle régionale, a également appuyé les efforts en faveur du renforcement du dialogue et de la coopération régionale. « Face à ces crises, il nous revient de travailler tous ensemble. », préconise son représentant.
De son côté, la Fédération de Russie a exhorté la communauté internationale à soutenir le Mali, le Burkina Faso et le Niger aux fins d’une stabilisation durable. Critiquant les ingérences étrangères, ce pays a rappelé que seuls les Africains doivent pouvoir décider de leurs stratégies de sécurité. Il a, par ailleurs, estimé que la rupture des relations entre les États de l’AES et Kiev était justifiée en raison du soutien qu’apporterait l’Ukraine au terrorisme au Mali.
La situation « alarmante » des femmes et des filles dans le Sahel a été au cœur de l’intervention de la Directrice exécutive d’ONU-Femmes qui a indiqué que dans des pays comme le Niger, le Mali et le Burkina Faso, plus d’un million de filles sont déscolarisées en raison d’attaques ou de menaces.
Dans l’ensemble de la région, 60% des filles non scolarisées n’ont jamais été dans une salle de classe, tandis qu’au Burkina Faso, le nombre d’enlèvements de femmes et de filles a augmenté de 218% en un an.
Lorsqu’une fille perd son éducation, elle devient vulnérable aux mutilations, au mariage précoce, aux grossesses précoces et à la traite des personnes, a expliqué Mme Sima Sami Bahous, notant qu’au Mali, au Niger, au Tchad et au Burkina Faso, les taux de mariages d’enfants sont parmi les plus élevés au monde.
Mme Bahous a également dénoncé le retrait progressif de la communauté internationale : en mai, seuls 8% des besoins humanitaires de la région étaient financés.
Au Burkina Faso, 45% des projets d’autonomisation des femmes ont été suspendus.
Face à cette situation, la Directrice exécutive de l’ONU-Femmes a notamment appelé à investir au moins 15% du financement de la prévention de l’extrémisme violent dans l’égalité des sexes, exhortant en outre les gouvernements et les organismes régionaux à garantir la participation pleine, égale, significative et sûre des femmes aux gouvernements de transition et aux efforts de paix et de sécurité.
Dans ce droit fil, la Directrice exécutive du West Africa Network for Peacebuilding (Réseau pour la consolidation de la paix en Afrique de l’Ouest – WANEP) s’est inquiétée des lacunes qui persistent dans la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) faisant état d’écarts persistants entre la politique et la pratique, et de l’isolement continu du programme pour les femmes et la paix et la sécurité de l’architecture de sécurité plus large.
Selon Mme Levinia Addae-Mensah, ce programme manque souvent d’appropriation communautaire, car les cadres nationaux ne reflètent pas les réalités vécues par les femmes et les filles, exacerbées par les barrières linguistiques et la domination des élites qui limitent le leadership, la pertinence et l’impact des femmes locales.
« Il faut repositionner la participation des femmes pour en faire un impératif de sécurité et non pas un simple ajout », a-t-elle insisté.
Par SIKOU BAH